Critique : Desierto

Second long métrage de Jonás Cuarón, fils d’Alfonso Cuarón (Les Fils de l’homme, Gravity), Desierto est un film de survie dans lequel des mexicains, immigrants clandestins, se retrouvent traqués à la frontière américaine. Un film efficace pour le genre, sans rien transcender.

Modique traque

Une panne de voiture conduit un groupe de mexicains à terminer leur traversée clandestine vers la terre de l’oncle Sam à pied, en plein désert. Dès lors, la loi du plus fort prend le dessus : les plus vaillants lâchent les traînards, et ces derniers assisteront à une scène ignoble. Le premier groupe sera abattu froidement par un amateur de chasse, peu ouvert à la présence d’étrangers sur le sol américain. Le groupe de retardataires, alors épargné, prendra la fuite avec à leur tête Moïse – quelle subtilité –, joué par Gael García Bernal. Si la mise en scène d’Alfonso Cuarón, favorisant les plans séquences, impressionne, on ne peut pas dire que son fils ait hérité de son style ni de sa vision. Hormis quelques scènes qui saisissent l’aride beauté du désert (au début et à la fin du film), c’est la caméra épaule qui est favorisée dans un film parfois sur-découpé, mais qui surtout, ne développe ses rapports de force qu’au travers de l’action et non du cadre, du placement des comédiens au cœur d’un décor atypique et hostile où même la musique de Woodkid semble sous influences multiples au lieu de travailler une matière inédite.

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Si Gael García Bernal se montre impeccable en proie rusée, le personnage de chasseur dont hérite Jeffrey Dean Morgan séduit moins, ou pour être plus précis, n’offre pas un visage du mal assez marquant. Ce raciste nauséabond, qui s’adonne à la chasse à l’homme avec son fidèle compagnon à quatre pattes Tracker, est peut-être trop présent à l’écran mais également écrit à la va-vite, sans densité. On est loin de la puissance du camionneur (sans visage) de Duel de Steven Spielberg, une référence avouée par Jonás Cuarón, ou encore du vicieux et misogyne Stuntman Mike joué par Kurt Russell dans Boulevard de la mort. Difficile d’attraper le spectateur aux tripes dans un film minimaliste où le mal est ainsi représenté, dur à cuire finalement pathétique. Certes, certaines séquences provoquent une poussée d’adrénaline, embarquent le spectateur par leur suspens tendu, comme la poursuite avec le chien au milieu de cactus, mais sur son ensemble, Desierto se déroule comme un film de survie juste efficace pour le genre. On est en droit d’attendre plus d’une œuvre qui utilise l’immigration comme simple cadre pour dépeindre une traversée de l’enfer. A côté de longs métrages récents tels que The Revenant ou encore Essential Killing, Desierto fait figure de série B honnête. Pour Cuarón fils, avec la casquette de réalisateur, la route vers Hollywood est encore longue.

3 étoiles

 

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Desierto

Film mexicain, français
Réalisateur : Jonás Cuarón
Avec : Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo, Diego Catano
Scénario de : , Mateo Garcia
Durée : 94 mn
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie en France : 13 avril 2016
Distributeur : Version originale sous-titrée / Condor

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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