Critique : Crimson Peak

Deux ans après l’affrontement entre robots et kaijus de Pacific Rim, Guillermo Del Toro revient à un cinéma plus intimiste avec Crimson Peak où d’inquiétants fantômes et une glaçante sœur troublent une idylle.

Fantômes et mauvais esprit

Crimson Peak est un film quelque peu paradoxal, tiraillé entre son esthétique ahurissante et son histoire sans relief, prévisible. L’action se déroule au début du XXe siècle et Mia Wasikowska campe une jeune femme rêvant d’une carrière de romancière, marquée par la mort de sa mère et capable de voir et communiquer avec les morts. C’est d’ailleurs l’étrange (et violente) mort de son père qui la poussera à quitter son Amérique natale pour rejoindre au Royaume-unis Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston), qu’elle épouse malgré la méfiance du docteur Alan McMichael (Charlie Hunnam, peu convaincant dans ses accoutrements d’antan). Edith rejoint donc l’impressionnante demeure des Sharpe, son époux occupant la maison familiale avec sa sœur Lucille Sharpe (Jessica Chastain), une pianiste au regard glacial. Dans cette demeure délabrée, où la neige tombe sur le plancher de l’entrée, Edith sera poursuivie par des esprits tourmentés. Quelque chose se trame et il ne sera pas difficile pour les amateurs de thriller et films d’épouvante pour retrouver les pièces manquantes d’un puzzle simple et trompeur. Trompeur dans le sens où Guillermo Del Toro use et abuse des effets en vogue dans le cinéma d’horreur (jump scare, musique grandiloquente en présence des créatures de l’au-delà) alors que Crimson Peak ne vise pas à répandre le mal ainsi. Il y a un détournement de l’attention – ou du moins de l’émotion – du spectateur tout à fait inutile, si ce n’est que pour composer des images d’une beauté funeste remarquable, la lumière de Dan Laustsen ainsi que les décors de Jeffrey A. Melvine et Shane Vieau faisant de ce conte fantastique l’un des plus marquants de ces dernières années sur le plan visuel.

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Difficile pour Del Toro de maintenir le fin mystère qui habite Crimson Peak, mais le réalisateur mexicain parvient à transcender en certains points son scénario par une mise en scène parfois vertigineuse. Il y a cette première danse entre Edith et Thomas, alors encore loin des ténèbres de la maison familiale, où le spectateur est emporté avec les personnages, saisi par la musique jouée par Lucille que l’on découvre derrière son instrument de prédilection. Jessica Chastain, qui trouve ici un sombre sombre où son visage a rarement été aussi inquiétant, a d’ailleurs pris des cours pour assurer elle-même les séquences musicales. Outre les déambulations dans la demeure aux échos angoissants, on pourrait aussi évoquer la violence d’un dernier acte frénétique mais noble dans son découpage, qui prouve encore que Del Toro est un metteur en scène de grand talent. Pourtant, le cœur de l’ouvrage ne fonctionne pas tout à fait, la passion entre Thomas et Edith se limite à des mots, au point de réduire à zéro la possibilité de douter, de s’interroger alors que la vie d’Edith s’avère en danger. Même le grain de folie qui s’installe dans le dernier acte du film semble inopportun, placé dans la recette avec incertitude. On quitte les lieux avec cet étrange et rare arrière-goût où le ravissement et la déception se sont rencontrés. Si Crimson Peak est un vrai plaisir pour les yeux, il ne reste qu’un film d’épouvante assez commun pour le cœur.

3 étoiles

 

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Crimson Peak

Film américain
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Avec : Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain, Charlie Hunnam, Jim Beaver
Scénario de : , Matthew Robbins
Durée : 119 min
Genre : Epouvante, Romance, Drame
Date de sortie en France : 14 octobre 2015
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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