Critique : Mad Max Fury Road

Dans une ère contaminée par les remakes, reboots et suites infinies, un nouvel opus de la saga Mad Max semblait tout simplement s’inscrire dans le désolant mouvement qui remâche du déjà-vu, et ce, malgré la présence de George Miller, derrière chaque film de la trilogie. Pour une fois, il y a méprise, Mad Max : Fury Road offre plus qu’un spectaculaire retour à l’univers post-apocalyptique de tôle et de sable, c’est un film d’action hors-norme et sidérant de maîtrise technique.

Il était une fois la révolution

Il était une fois un réalisateur australien qui, du haut de ses 70 ans, allait remettre en place la plupart de ses cadets, si ce n’est tous, dans le domaine des plus industriels du cinéma d’action. Ne nous plaignons pas, le genre nous livre toujours de bons films, régulièrement, mais la tendance est au nivellement par le bas, avec des franchises aux ressorts narratifs éculés, aux thématiques vues et revues sans finesse, et à la mise en scène de plus en plus limitée, perdant toute saveur dans une surenchère numérique sur fond vert – dernier exemple en date avec Joss Whedon et Avengers 2. La trilogie culte Mad Max donna naissance à un acteur et réalisateur de renom, Mel Gibson, et c’est aussi la source d’un univers post-apocalyptique dont l’esthétique envahira le monde au-delà du cinéma, de l’univers du jeu-vidéo au Burning Man. Malgré des méthodes de production et de tournage qui ont considérablement évolué depuis les années 80 et le poids d’une franchise adulée, George Miller parvient à convoquer le miracle, révolutionnant sa propre création au travers d’une œuvre inouïe qui s’appuie sur la mythologie des premiers films sans s’y embourber. Mad Max : Fury Road pourrait se dérouler après le premier épisode, alors que Max, désormais joué par Tom Hardy, a perdu les siens, mais il peut tout aussi bien se situer ailleurs, dans un espace où il n’est même pas nécessaire de connaître la trilogie d’origine, le film dressant ses portraits au cours de la longue et exceptionnelle course-poursuite qui le constitue. La révolution de l’univers de Mad Max se parachève avec une mutation de la figure du héros historique : si Max a bien un rôle clé dans le film, l’héroïne véritable, c’est l’Imperator Furiosa jouée par Charlize Theron, saisissante de hargne mais aussi par l’émotion qu’elle génère au milieu de ce dantesque vacarme mécanique. Un personnage qui fera date autant par son look, que par sa force.

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La révolution démarre par une fuite désespérée, vers un Eden où la vie aurait un peu plus de sens que dans la citadelle gouvernée par Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, qui avait déjà le rôle de l’infect Toecutter dans le premier Mad Max). Immortan Joe, un tyran qui règne telle une divinité : son peuple malade est cruellement rationné en eau et il cultive son groupe de fanatiques, les War Boys, prêts à se sacrifier pour lui et accéder au Valhalla. Parmi eux, Nux (Nicholas Hoult), fidèle soldat qui s’est dégoté le parfait « globulard », Max, capturé pour fournir du sang à son infernal équipage, réduit à l’état de bête que nourrissent parfaitement les grognements de Tom Hardy. Lorsque Furiosa et son convoi de guerre se détournent de la route vers Pétroville pour un ravitaillement, Immortan Joe découvre avec effroi que son harem a été dépeuplé : la guerrière au bras gauche métallique a trahi son clan, menant les femmes de Joe loin des vicissitudes où elles ne sont que l’objet d’un homme qui désire un héritier sain. Démarre alors une intense chasse dans un désert sans limite, où sont lancés des bolides de combat d’une diversité et d’une inventivité si rares. La fabuleuse direction artistique du film donne à cet univers un foisonnement extraordinaire de détails, des costumes aux véhicules en passant par le maquillage. Ahurissantes et presque continues, les séquences d’action tirent profit des qualités d’un tournage en prise de vue réelle qui s’appuie sur les avancées du numérique, George Miller composant sa fureur comme un artiste visionnaire, maître du mouvement, du découpage et du sous-découpage de l’action. Car si le convoi de Furiosa est attaqué par des engins motorisés, la bataille a aussi lieu sur les remorques et capots, et même dans les airs, le tout, au rythme d’une musique énergique, partiellement diégétique avec un char où se trouvent des tambours et un guitariste aveugle. Nerveux mais précis, esthétiquement fabuleux, Mad Max : Fury Road étend son univers et développe ses personnages sans jamais baisser en rythme, bien que quelques respirations permettent de reprendre son souffle avant de repartir de plus belle, Miller allant de prouesses en prouesses pour notre plus grand plaisir. Un exploit absolu, qui renvoie le récent Fast & Furious 7 au rang de triste promenade digestive.

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Il était une fois la rédemption d’un père, la conversion d’un fanatique, la vengeance d’une femme, la révolte des femmes, contre l’infâme patriarcat, empire du mâle ayant conduit l’humanité au bord de l’extinction. Avec un élan écologique et féministe, le salut naît dans une tempête de sable et de flammes, choc de la chair et de la tôle, provoquant une union imprévue entre des êtres qui ont conservé dans leur vocabulaire le mot espoir, l’espoir de revenir à une monde débarrassé de ses monstres en haut lieu, horreurs donnant la cadence à un quotidien aride et insupportable. Vivre, et non survivre. L’essence et la référence du cinéma d’action contemporain sont là, dans ce phénoménal Mad Max : Fury Road.

5 étoiles

 

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Mad Max : Fury Road

Film australien, américain
Réalisateur : George Miller
Avec : Charlize Theron, Tom Hardy, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Nathan Jones, Zoë Kravitz, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Abbey Lee
Scénario de : , Brenda McCarthy, Nick Lathouris
Durée : 120 min
Genre : Action, Aventure, Science-fiction
Date de sortie en France : 14 mai 2015
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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15 commentaires

  1. En parfait accord avec ton analyse, bien que j’ajouterai le côté animal des personnages (la traite du lait, les pondeuses, Max qui est un animal sauvage qui grogne), ce film redonne un peu d’espoir au cinéma d’action, distrait comme jamais, et prouve qu’un « remake » peut dépasser son statut de profit « facile » en allant jusqu’à la révolution comme tu le dis.

  2. Difficile de se remettre de cette chasse!
    Difficile de trouver des mots assez forts pour décrire cette oeuvre unique qui atomise absolument tout, y compris Mad Max II.
    Difficile d’expliquer que cette enfer est d’une beauté absolue!
    Difficile d’expliquer que 120 minutes de hurlements, de cris, de musique déchaînée, de tôles explosées, de camions fracassés etc sont une pure jouissance.
    Difficile aussi de penser que Grand’pa Miller à 70 balais ait une vision aussi incroyable et aussi fidèle de son monde vieux de 30 ans….
    Le plus grand film du genre et de très très loin, et l’un des plus incroyable film de tous les temps….
    Et j’ajouterai une différence de point de vue avec Burtoniac, je pense que ce film vient de tuer le film d’action pour très longtemps.
    Rien n’arrivera avant longtemps, rien qui te donne envie de hurler à la fin d’un film.
    Hurler pour évacuer toute cette énergie que tu viens de te prendre durant 105 minutes sur les 120.
    Bien sûr il va y avoir d’autres grands films d’actions, mais comme dit Dom, ce ne seront que des clones de clones de clones.
    Bref merci Georges, car le cinéma, c’est exactement ça!
    J’ajouterai pour finir, qu’en plus le film est une véritable poésie visuelle.
    Autant de beauté au milieu de ce désespoir et de cette violence…
    Très pressé que le BR arrive.

  3. Idem … toujours sous le choc … Bravo, critique bien sentie !

  4. On devrait avoir quand même de belles choses avec les prochains James Bond et Mission Impossible, mais ce sont des univers aux codes bien différents, tout comme le Stars Wars au pied du sapin.

    Par contre j’ai lu que Miller envisage deux suites, dont une déjà scénarisée, « Mad Max : the Wasteland » il me semble. Seul hic : Charlize Theron n »est pas hyper motivée pour redevenir Furiosa et encore moins pour travailler à nouveau avec Tom Hardy, qui visiblement, sur le plateau restait tout le temps dans son rôle, ce qui a fini par horripiler la sud-africaine. Mais le second opus devrait être centré sur Max.
    Le défi est immense après ce film…

  5. Je pense que Mission Impossible est très mauvais depuis bien longtemps, et les James Bond pompent les gros films d’actions.
    Star Wars est unique et inimitable !! (qu’on aime ou pas).
    Pour ce qui est des suites de Mad Max… Je ne sais même pas quoi penser.
    Mais franchement, si Max est chiant sur le tournage, et vu que c’est vraiment Charlize la vraie héroïne du film, Georges devrais faire des séquelles avec uniquement cette pépite de guerrière !! Toute façon Mad Max c’est MEL !!!!

  6. Je ne l’ai pas encore vu mais par curiosité j’irai le voir en espérant ne pas être déçue.

  7. Salut Dom,
    Je te trouve très dur concernant Mission Impossible, les premiers opus m’emmerdent un peu , le trois est épuisant mais le 4 offre pour moi un vrai lustre concernant la qualité de l’écriture, du rythme et de la mise en scène. Concernant James Bond, je considère Skyfall comme la Sixtine de la série. Les plus anciens ayant prit involontairement une tournure parodique, au moins ringarde, depuis l’effet OSS 117. Cette histoire d’agent mythique revenu d’entre les morts est une authentique résurrection. La mise en scène est somptueuse et la photographie à se damner. Si tu en as l’occasion, revois un jour sur un « 165 4K » ce crépuscule du super espion et je suis persuadé que tu vas vite réévaluer l’ensemble!
    Bravo en tout cas pour ta réjouissante critique du monumental Mad Max Fury Road. Incontestablement la grande claque de ce nouveau siècle de cinéma !
    Amicalement,

  8. @natieak : n’hésite pas à venir nous donner ton avis ensuite.

    @Francisco : attention c’est Domdom2006 qui s’exprimait sur les Mission Impossible et non moi. Les M:I il n’y a que le 2 que je n’apprécie pas et j’aime beaucoup « Skyfall » qui justement a redressé la barre sur tous les plans grâce à Sam Mendes.

    Bon, Fury Road, je compte le revoir une troisième avant qu’il ne soit plus que dans des petites salles. Mais en attendant, ce sera « Jurassic World ».

  9. Autant pour moi ! J’apprends à lire et je reviens !

  10. Oui, je pense que Jurrassic World est du cinéma pop-corn totalement assumé

  11. Hello Francisco,
    Je suis d’accord, je suis assez dur envers le cinéma de divertissement « AAA ».
    Je n’ai pas vu le dernier Mission Impossible, mais j’ai du mal avec cette vision de l’agence. Pour James Bond, ma critique vise le copié/collé avec la série Bourne. Visuellement.
    Et c’est là que Mad Max va rester et marquer l’histoire du cinéma. Le film est unique sur beaucoup de points de vues, et c’est pourtant le 4ème….
    J’ai du mal à 44 ans de voir des licences complètement adaptées pour les ados.
    Une des raisons pour lesquelles je vais au cinoche tous les x années….
    Pour le 165/4k, je prend tous les cadeaux que l’ont me fera!!!!
    (je ne boude pas mon plaisir devant un 47″ fhd.)
    Rien vu en 4K de mieux que le FHD.
    De plus il me semble qu’une technologie beaucoup moins cher et très au dessus ne devrait pas tarder….
    Bon week end !!!!!

  12. ps: et j’attends avec impatience l’avis de « Dom » sur Jurrassic world, qui me semble être une somptueuse fumisterie (une de mes licence préférée!!!).

  13. @Domdom2006 : Salut. C’est dommage de ne pas regarder le dernier M:I, il a vraiment un sens du spectacle et de l’action des plus agréables. Mais si la comparaison Bourne/James Bond tient depuis l’arrivée de Daniel Craig, il y a un vrai virage avec « Skyfall ».

    Pour « Jurassic World », l’article sera en ligne demain matin. Personnellement, le second et le troisième m’insupportent, et celui là redresse la barre malgré des facilités et faiblesses scénaristiques. C’est un bon divertissement, au potentiel un peu galvaudé. Propos plus étayé demain donc !

  14. Je précise que les « Bond », je les regarderai jusqu’à ma mort. Mais ils ont perdus quelque chose d’unique dans cette licence. Il ressemble beaucoup au reste de la production « action ».
    Je regarderai le dernier M.I si tu me dis que c’est pas mal.
    Et je vais de ce pas du coté de JP IV….

  15. Génial, le meilleur film 2015 à ce jour et sans doute l’un des tous meilleurs tout court dans son genre. Must déjà culte

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