Critique du film Whiplash

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Couronné du Prix du public et du Grand prix à Sundance et à Deauville – pour ne citer que deux festivals où il fut primé -, Whiplash, premier long métrage de Damien Chazelle, est une œuvre exceptionnelle dans l’univers grisant du jazz.

Prodige rythmique

La première séquence suffit pour se rendre compte que Whiplash est un film spécial, hors-norme, poussé par la même passion et le désir ravageur d’excellence qui habitent ses protagonistes. Sur un écran noir, nous entendons Andrew (Miles Teller) battre la mesure sur sa caisse claire de plus en plus vite. Stop. Le voilà installé derrière un kit où il se lance dans un exercice qu’il a probablement répété maintes fois tandis que la caméra, dans un couloir, se rapproche de lui dans un travelling au ras du sol. Ce n’est pas seulement le spectateur qui s’approche du jeune homme mais aussi Terence Fletcher, à la tête du meilleur groupe du conservatoire de Schaffer, prestigieuse institution formant les plus grands musiciens. Surpris, Andrew s’arrête lorsqu’il s’aperçoit de la présence de Fletcher. Ce dernier lui demande pourquoi a-t-il arrêté de jouer ? Le jeune homme reprend, mais la figure en noire l’arrête à nouveau : « Je t’ai demandé pourquoi tu as arrêté, pas de jouer à nouveau. » Fletcher veut alors voir ses bases, très brièvement, puis de jouer sur un tempo de double swing. Andrew a tout juste le temps de se lancer que la porte se claque. Panoramique sur la sortie, Fletcher revient, uniquement car il oubliait sa veste. Ainsi est définie la relation qu’entretiendra Andrew et Flecther, un jeune musicien donnant son maximum face à un homme qui ne se contente pas du maximum : il faut aller au-delà, dépasser l’excellence, toucher au génie, et ce, coûte que coûte.

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Il n’y avait qu’un amoureux de musique de jazz pour réaliser un film avec une mise en scène aussi impressionnante dans cet univers peu représenté au cinéma. Dans la lignée des Martin Scorsese et David Fincher, Damien Chazelle maîtrise les mouvements de caméra et le sens du montage comme un cinéaste chevronné. La musique dicte le mouvement, les changements d’axe, introduit des inserts sur les musiciens et leurs instruments : Whiplash déroule ses scènes comme s’il courrait sur une partition de jazz endiablé. Et pour tenir les baguettes, il aurait été inconcevable de voir un comédien sans aucune expérience derrières des fûts. Avec dix ans d’expérience à la batterie, Miles Teller aura quand même été contraint de suivre des leçons de batterie de quatre heures par jour, à raison de trois sessions par semaine. Teller se montre absolument brillant, consumé par sa passion qui l’écarte de toute vie sociale, entrant dans des états de transe et de rage dans sa quête pour devenir l’un des plus grands. Un but qui passe par une souffrance à la fois physique et morale. Il y a les blessures aux mains, causées par le frottement frénétique et continu avec le bois des baguettes, et les horribles attaques de Fletcher, débitant insultes et attaques personnelles à un rythme parfois délirant. Car dans le Studio Band qu’il mène, Fletcher exerce une pression incroyable sur ses jeunes musiciens, instaurant un cruel esprit de compétition pour anéantir toute zone de confort. Et si la musique donne le rythme, Fletcher est le seul a pouvoir briser le mouvement d’un simple geste. Il lance et stoppe les batteurs, les exhorte et les détruit. C’est un véritable monstre dans lequel s’est glissé J.K. Simmons, tout en muscles, vaines saillantes et paroles destructrices. Grâce à des performances superbes et une écriture réfléchie et perspicace, le duel entre Andrew et Fletcher fascine à chaque instant.

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Ce percutant drame musical soulève plusieurs problématiques sur le domaine de la musique, et par extension, artistique. A la façon d’un Black Swan, le parcours du protagoniste porté vers l’excellence est une route pavée de souffrance, route sur laquelle est sacrifiée vie sociale et sentimentale. Andrew voit rapidement la récente relation qu’il mène avec Nicole (Melissa Benoist) comme un obstacle pour se réaliser. Parfaite illustration lorsque le jeune homme regarde une vidéo d’un batteur sur son téléphone et qu’un message de sa copine vient interrompre la lecture, en surimpression de la vidéo. Pourtant, un bref plan au début du film entre le batteur du Nassau Band et sa copine montre qu’au fond, Andrew désire une vie de couple. Pas d’amitié non plus avec les autres musiciens, juste de discrets gestes pour se saluer dans la salle. Grisant, parfois poignant et dégageant une énergie spectaculaire, Whiplash développe magnifiquement son récit jusqu’à un final ahurissant. Frissons garantis au générique de fin, et nul besoin d’être un adepte du jazz pour recevoir une telle déflagration ! Tourné en un temps record – 19 jours –, Whiplash – l’anglais pour « coup de fouet » – porte bel et bien son titre. Une œuvre géniale, qui marque la naissance d’un futur grand nom du cinéma américain : Damien Chazelle.

5 étoiles

Bonus : le portrait chinois de Damien Chazelle, tourné à Deauville.

 

Whiplash

whiplash-afficheFilm américain
Réalisateur : Damien Chazelle
Avec : Miles Teller, J.K. Simmons, Paul Reiser, Melissa Benoist, Austin Stowell, Jayson Blair
Scénario de :
Durée : 106 min
Genre : Drame, Musique
Date de sortie en France : 24 décembre 2014
Distributeur : Ad Vitam

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. Un très bon film à défaut d’être le chef d’oeuvre promis

  2. Joli ton sinopsis
    Mais si tu observes bien la scene ou il lui demande de jouer un swing doublé puis s’en va.
    Sur ce plan il part sans sa veste mais la veste n’y est plus sur le porte manteau.
    Le plan ou J.K. Simmons reviens pour récuper sa veste , elle reapparait sur le porte manteau.
    bisous

  3. Ah, tu as l’oeil Mehdi : j’ai vu le films 3 fois sans prêter attention à ce faux-raccord !

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