[Critique] Real, réalisé par Kiyoshi Kurosawa

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Kiyoshi Kurosawa plonge à nouveau dans un cinéma résolument fantastique avec Real, l’histoire d’un jeune homme qui tente de sortir sa femme du coma en pénétrant son inconscient. Un concept séduisant que le réalisateur japonais ne parvient pas à développer efficacement.

Voyage atone

Atsumi (Haruka Ayase) et Koichi (Takeru Sato) forment un couple en apparence normal, équilibré, jusqu’au jour où, suite à une tentative de suicide, Atsumi se retrouve plongée dans le coma. Grâce au « contact », certaines personnes sont capables de pénétrer le subconscient de la personne inconsciente afin de dialoguer avec elle et de tenter de la ramener sur notre rive. Parfaitement compatible, Koichi va donc retrouver sa femme dans leur appartement où elle continue péniblement de dessiner des mangas. Son geste pourrait s’expliquer par une panne d’inspiration et cette dernière demande à son mari de retrouver un dessin de plésiosaure qu’elle lui avait donné quand ils étaient encore enfants, le couple ayant grandi ensemble. Comme dans Inception de Christopher Nolan, le subconscient que dépeint Kiyoshi Kurosawa reste confiné aux abords de la réalité, présentant seulement un épais brouillard et des connaissances et voisins dans une étrange apparence, comme vidés de leur humanité. Rien d’inquiétant d’après les docteurs, ces personnes que voit Koichi dans l’inconscient de sa compagne ne sont rien d’autres que des zombies philosophiques, inoffensifs. La première apparition étrange et inquiétante se retrouve d’emblée cataloguée. Un des problèmes de Real est de réduire le fantastique à l’anecdotique, de lancer des explications rationnelles là où le mystère pourrait s’étendre et donner de la vitalité à cette exploration amorphe de l’inconscient, loin de la folie d’un Paprika ou de la mélancolie enchanteresse d’Eternal Sunshine of the Spotless mind.

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Adapté du roman Un jour parfait pour le plésiosaure de Rokurô Inui, Real épouse la forme d’un jeu de piste où l’enfance insulaire du couple resurgit, notamment au travers d’un étrange enfant trempé qui apparaît ça et là – parfois avec des effets hasardeux comme un terrible zoom numérique. S’inscrivant dans la tradition de films d’horreur contemporains venant du Japon, le nouveau long métrage du réalisateur de Kaïro pousse ses personnages à l’introspection pour se confronter à la culpabilité. Un parcours alors classique mène à la résolution de cette œuvre qui achoppe d’autant plus par un rebondissement malvenu, retournant les enjeux du film dans une vaine tentative de dynamisation. Avec sa photographie qui se limite à des tonalités blanches et grises ainsi qu’un rythme effroyablement lent pour un tel récit, Real se montre particulièrement repoussant malgré quelques idées intéressantes autour du travail d’un artiste et auteur. Au final, rarement Kiyoshi Kurosawa ne se sera montré aussi peu à l’aise pour composer dans cet espace étroit où réel et fantastique s’enlacent pour notre plus grand trouble. Une vraie déception.

2 étoiles

 

Real

real-kurosawaFilm japonais
Réalisateur : Kiyoshy Kurosawa
Avec : Takeru Sato, Haruka Ayase, Miki Nakatani, Jô Odagiri, Shôta Sometani
Titre original : Riaru: Kanzen naru kubinagaryû no hi
Scénario de : , Sachiko Tanaka, Kazumi Matsuzawa, d’après un roman de Rokurô Inui
Durée : 127 min
Genre : Fantastique, Drame
Date de sortie en France : 26 mars 2014
Distributeurs : Version Originale sous-titrée / Condor

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Sujet de départ vraiment passionnant, mais vraisemblablement très mal traité.
    Le cinéma Japonnais a vraiment du mal a sortir la tête de l’eau.
    Le financement doit y être pour quelque chose et peut-être aussi un complexe par rapport au cinéma Coréen???
    Bizarre, les acteurs sont là, les sujets aussi….

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