[Critique] 300 : la naissance d’un empire / Diplomatie

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Dans 300 : la naissance d’un empire, Athènes et toute la civilisation grecque sont menacées par l’impressionnante armée Perse menée par le vindicatif Xerxès. Dans Diplomatie, c’est Paris, sa population et ses monuments qui sont menacés de la destruction totale alors que les troupes alliées approchent de la capitale française en août 1944. Les mots sont-ils plus forts que les armes ? Réponse dans cette double critique.

En 2006, Zack Snyder créait la surprise avec 300 grâce à ses affrontements jouissifs, son concept radical et son esthétique unique. Suivirent de nombreux débats quant aux messages véhiculés par le film – difficile de faire un divertissement bête et méchant sans revers de la médaille. Puisque le succès était considérable, il était naturel de voir naître une suite, d’autant plus que l’univers de Frank Miller proposait notamment un comic baptisé Xerxès. Plus une préquelle qu’une suite à part entière, 300 : la naissance d’un empire plonge dans le passé de Xerxès et de l’affrontement en mer qui se déroule en parallèle du combat spartiate aux Portes chaudes.

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Dans cet épisode, c’est Thémistocle (Sullivan Stapleton) qui mène littéralement la barque contre l’armada de navires de guerre d’Artémise (Eva Green). Si l’on peut saluer l’effort dans la caractérisation des nouveaux personnages principaux – ainsi que le travail sur Xerxès (Rodrigo Santoro) –, ce nouveau volet expose presque tous les défauts que l’on pouvait attendre depuis les premières images et vidéos du film. Zack Snyder, producteur et co-scénariste a laissé sa place derrière les caméras à Noam Murro qui prend la position délicate de successeur et imitateur d’un style très précis. Loin d’être un bras cassé, Murro trouve rarement l’énergie, le sens du placement et du rythme de Snyder pour ses séquences d’action, la majorité se déroulant en pleine mer et faisant fi de pas mal de lois physiques et de bon sens stratégique.
Autre disparition douloureuse, celle du directeur de la photographie Larry Fong, qui laisse sa place à Simon Duggan, responsable des horreurs numériques de Gatsby le magnifique de Baz Lhurmann. 300 : la naissance d’un empire n’est pas non plus une horreur visuelle, d’autant plus que l’exploitation du film en 3D atténue les effets d’incrustation les moins réussis. Seulement, le film est bridé dans cette volonté d’imiter le travail artistique effectué sur 300 sans jamais parvenir à l’égaler. La lumière orageuse spécifique du premier volet revient avec moins d’éclat, les confrontations au ralenti et le bestiaire sont moins impressionants et même Sullivan Stapleton s’inscrit dans cette lignée d’un 300 au rabais, leader bien moins charismatique que Gérard Butler en Léonidas. Certes, Eva Green compose une méchante charismatique et certains seconds rôles comme Calisto (Jack O’Connell) donnent de la vigueur à ce cinéma très artificiel qui a perdu de son essence, cette saveur jouissive et régressive. Malgré quelques moments de bravoure, le film de Noam Murro tient du coup d’épée dans l’eau, exploitation d’un succès inattendu et qui pourrait voir naître d’autres suites encore un peu plus fades, moins couillues et foncièrement un peu plus inutiles.

2 étoiles
300 : la naissance d’un emire, un film de Noam Murro, en salles depuis le 5 mars 2014.

 

Si les négociations avec l’ennemi sont bannies de 300 : la naissance d’un empire, elles sont au cœur du nouveau film de Volker Schlöndorff, adaptation de la pièce Diplomatie de Cyril Gély. L’action se déroule dans la nuit du 24 au 25 août 1944 dans une chambre de l’hôtel Meurice où le consul suédois Raoul Nordling (André Dussollier) va tenter de convaincre le Général Dietrich Von Choltitz (Niels Arestrup) de ne pas détruire Paris comme lui a ordonné Hitler. Presque un huis clos complet, le film de Schlöndorff permet à Dussollier et Arestrup de développer un jeu passionnant où tout est question d’arrondir les angles avant de trouver un terrain d’entente et d’avancer ses arguments en fin stratège.

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Si l’événement historique a déjà été dépeint dans Paris brûle-t-il ? de René Clément, il trouve ici une dimension intimiste particulièrement captivante, car des échanges délicats entre le consul et le général, aucune solution favorable au sort de la capitale française ne semble possible. Face à la nervosité des troupes allemandes sur le point de perdre Paris et, par conséquent, la France, Nordling doit faire preuve de ruse et de compréhension, Choltitz, présent à Paris depuis une quinzaine de jours, n’éprouvant aucun remord à l’exécution des ordres. L’affrontement verbal à la fois cordial et tendu, en équilibre sur une passerelle diplomatique ténue où de nombreux incidents pourraient couper court au dialogue et sceller le destin de la ville où se dressent la Tour eiffel, le Louvre et le Sacré cœur – autant de merveilles dont se contrefiche Choltitz, se justifiant toujours derrière les bombardements alliés ayant détruit notamment Hambourg.

Naturellement, le film du réalisateur allemand imagine les échanges qui ont pu prendre entre les deux hommes. Par la force des interprétations et un véritable sens de l’urgence, développé notamment grâce à la photographie de Michel Amathieu, évoluant de la nuit noire à une aube vacillante entre espoir et condamnation, Diplomatie parvient à nous placer dans une étonnante position d’incertitude : et si Paris pouvait bien exploser de toute part au bout de ce film ?
Par touches subtiles, Volker Schlöndorff s’éloigne du théâtre filmé, travaillant dans sa mise en scène tout l’espace offert par la chambre et ses fenêtres donnant sur la ville. Néanmoins, la réussite du film tient avant tout à la direction d’acteur, Arestrup et Dussollier se livrant un duel d’arguments et de contre-arguments qui se montrerait peu intéressant sans leurs interprétations aussi brillantes.
Loin du cours d’histoire, Diplomatie est une leçon sur l’art de négocier en temps de crise autant qu’un hommage à l’une des plus belles capitales d’Europe que nous, les plus jeunes générations, aurions pu ne jamais voir de nos propres yeux.

4 étoiles
Diplomatie, un film de Volker Schlöndorff, en salles depuis le 5 mars 2014.

Article rédigé par Dom

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