[Cannes 2013] #09 Division par trois

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On souhaiterait être partout en cette amorce de la fin du festival. C’est la tradition, dès le jeudi de la deuxième semaine, certains professionnels, journalistes et festivaliers plient déjà bagages. Pourtant, le sprint final s’annonce passionnant avec Jarmusch et Polanski alignés samedi. Au programme de cet article, Nebraska, La Vie d’Adèle, 3x3D et Joeystarr à la Villa Schweppes.

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Sur le papier, dormir moins de temps que la durée des deux premiers films de la journée (environ 5 heures) aurait de quoi déprimer. Mais il y a un effet euphorisant qui accompagne les films que l’on attend, les cinéastes et acteurs que l’on aime. De la plage Magnum au Nebraska il n’y a qu’un pas. Alexander Payne revient au road movie qu’il affectionne particulièrement (Sideways, Monsieur Schmidt), à la différence qu’ici, la couleur a été délaissée pour un joli noir et blanc. Noir et blanc, contraste qui définit parfaitement les sentiments que provoquent ce film, drôle et nostalgique, simple et joli, parfois fin et balourd. C’est l’histoire d’un vieil homme (Bruce Dern) qui décide de quitter son Montana à pied pour rejoindre le Nebraska dans le but de collecter le million de dollar que lui promet une publicité qu’il a reçu. Son fils, joué par Will Forte, ne parvenant pas à le convaincre d’abandonner va alors l’accompagner dans un voyage qui les amènera à revoir des membres de leur famille et amis d’antan. Une relation père/fils touchante, troublée par un personnage de mère trop porté sur l’humour, grinçant et critique. Tout comme dans The Descendants, c’est la notion d’héritage qui se trouve au coeur de ce récit dans des vies simples, touchées par un quotidien d’ennui, de soirées devant la télévision ou au bar local. Avec cette nouvelle balade, Payne livre peut-être un de ses films les plus faibles, car la trajectoire ne surprend plus, et la répétition de son propre cinéma se fait trop ressentir – le noir et blanc, bien que témoignant de cet état de fatigue, apportant un côté vieillot, ne pourrait être qu’un simple effet de mise en scène. Un beau long métrage, quoique trop classique dans son genre.
Nebraska, un film d’Alexander Payne, date de sortie française inconnue.

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Adaptation de la bande dessinée « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, La Vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche faisait partie des films les plus attendus de cette compétition – et il ne déçoit pas. C’est la révélation d’une actrice, prodigieuse, émouvante, d’un naturel et d’un charisme époustouflants, Adèle Exarchopoulous. Adèle est en première lorsqu’elle découvre sa sexualité et l’amour, le coup de foudre, le vrai, celui qui, comme il en débattu en classe au début du film, laisse un vide dans le coeur si on laisse filer cette chance de vivre une grande histoire. Et c’est une jeune femme aux cheveux bleus qui a frappé l’adolescente. Au hasard d’une sortie dans un bar gay, elles se retrouvent et débute alors une relation fusionnelle et charnelle – les scènes de sexe, particulièrement intenses et filmées avec fascination, dévient tout caractère érotique, voire pornographique, pour dégager la beauté de la passion. Hymne à la tolérance à l’égard de la communauté gay, éloge de la femme et de l’amour, La Vie d’Adèle se montre intelligent, dans ses dialogues, dans les petits à côté du quotidien de ces personnages fondamentalement simples, humains. Toujours dans une logique naturaliste, Kechiche concentre toute son attention sur les performances de ses acteurs – et nul doute que ses actrices décrocheront un prix d’interprétation bien mérité. Ample, ce long métrage accompagne ce couple sur plusieurs années, avec une progression elliptique dans la seconde partie – l’un des points les plus faibles de ce film de 3 heures qui, dans son premier segment, se concentre sur une période très resserrée de la vie d’Adèle. Captivant et amer, La Vie d’Adèle fait partie des très grands films de la Sélection Officielle.
La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche, en salle le 9 octobre 2013.

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Un peu d’apéro sportif avec un cocktail à la plage Martini tout en jouant au tennis de table sur fond de musique électronique. Oui, un sacré mélange avant un choix difficile : se rendre à la dernière reprise de Sarah préfère la course, à celle de Jodorowsky’s Dune ou bien découvrir 3x3D en clôture de la Semaine de la Critique. Il y a des soirs où l’on aimerait pouvoir se diviser en trois à Cannes…

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C’est donc 3x3D qui aura été l’élu de ma soirée, un triptyque réalisé par Peter Greenaway, Jean-Luc Godard et Edgar Pêra. Trois segments qui marquent la première exploitation de la 3D pour ces cinéastes, réunis autour d’une ville, Guimarães, Capitale Européenne de la Culture en 2012. Chacun a donc livré un court métrage d’une vingtaine de minutes, avec, en premier Juste à temps de Greenaway. C’est un voyage temporel, en steadicam, comme si le spectateur se retrouvait dans un musée « vivant », où les informations sont omniprésentes – il n’est pas possible de tout lire. La division horizontale de l’écran en 3 parties crée aussi des effets intéressants, comme des boites profondes que l’on peut explorer à sa guise. Godard, lui, joue avec nos attentes : son Les Trois Désastres s’interroge sur la troisième dimension, offrant peu de plans en 3D, ce qui les rend d’autant plus fascinants. Foisonnant, ésotérique, dans la veine de Film Socialisme, son segment dévoile de magnifiques surimpressions en 3D, comme une nouvelle forme de traiter la peinture au cinéma. Il est intéressé aussi par le dispositif, ces deux appareils photos liés pour créer le relief. Fidèle à son cinéma et à sa philosophie, Godard déçoit sur certains aphorismes – il déclare que le numérique sera une dictature, mais ceci est en marche depuis plusieurs années déjà. Pêra place avec Cinesapiens le spectateur à la charnière de l’écran de cinéma et de la salle, jouant comme Godard avec la surimpression pour parler, avec beaucoup d’humour, du cinéma, de son histoire, pour virer dans un délire hallucinant, digne d’une série B de science-fiction. Malheureusement les propos parfois pédants atténuent la loufoquerie de cette ultime partie. En somme, 3x3D est particulièrement foutraque et hétéroclite, une expérience sous le signe de la réflexion, du tâtonnement, pas toujours séduisante mais à l’intérêt certain.
3x3D, un film de Peter Greenaway, Jean-Luc Godard et Edgar Pêra, date de sortie française inconnue.

La nuit continue avec le même souci de division. Le bateau Arte est ouvert pour sa dernière nuit, sur la plage Magnum se tient un concert d’Eric Serra, et à la Villa Schweppes DJ Cut Killer et Joeystarr (entre autres) montent sur scène. Encore heureux que l’on ne sache pas ce qui se déroule ailleurs. C’est donc à la Villa Schweppes que nous nous sommes rendus pour une ambiance assez éclectique, entre hip-hop, rap et électro où Joeystarr et ses camarades ont rencontré des difficultés pour secouer un public endimanché et mou – fatigue de fin de festival ? L’énergie dégagée sur scène a toutefois fini par gagner une partie des festivaliers présents. Ci-dessous, quelques clichés de cette soirée.

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Article rédigé par Dom

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