[Critique] Foxfire, confessions d’un gang de filles (Laurent Cantet)

Récompensé par une Palme d’Or en 2008 pour Entre les murs, Laurent Cantet observe à nouveau la jeunesse, en adaptant un roman de Joyce Carol Oates. Direction les Etats-Unis au beau milieu des années 1950 pour suivre le destin d’un groupe de fille s’insurgeant contre leur condition. Une chronique qui entrevoit un mouvement féministe avant de tourner à une pénible étude sociologique.

Mauvaise graine

Bien qu’il soit narré par la timide Maddy, ayant consigné à l’écrit toutes les actions de Foxfire, le film gravite autour de la créatrice et meneuse de ce petit clan, Margaret, surnommée Legs pour son endurance à pied. Une adolescente à l’enfance troublée par un abandon parental, décidant avec Maddy de se soutenir entre filles face aux épreuves de l’adolescence dans une Amérique machiste et perverse. Elle est là, la base du mouvement féministe, se concrétisant dans le sauvetage de Rita face aux brimades du professeur de mathématiques avec des méthodes peu orthodoxes – accusation de pédophilie. Et elle est là, la première erreur candide qui prête à sourire : la création officielle du gang, avec son rite de passage et son tatouage d’admission permettant d’identifier si facilement ces jeunes filles s’éveillant sur le monde en cette période de la vie propre à la rébellion. Du groupe de soutien, Foxfire dérive dans un vandalisme puéril, un éveil anticapitaliste qui ne poussera pas ce groupe grandissant à vivre autrement, mais à embrasser le système conspué – pour payer un loyer, la nourriture, l’essence, il est nécessaire de gagner de l’argent –, à coup de pièges tendus à l’encontre de la libidineuse gent masculine.

Menée avec justesse par Laurent Cantet, la troupe d’actrices, pour la plupart non professionnelle, peine à gagner l’empathie du spectateur, confronté aux dérives de Legs qui, dans sa lutte motivée par une haine aveugle, tord le cou à toute possibilité de poursuivre le combat initial en s’intégrant à la société – à défaut de chercher à ouvrir les esprits –, et ce, malgré des mains tendus. Ainsi, le film devient aussi rebutant que sa figure centrale à la dérive, entraînant dans son sillon des filles aux visages marqués par l’incertitude, balayés nonchalamment par une caméra exclusivement portée – un autre point qui, à terme, diminue toute puissance évocatrice des images, malgré un beau travail sur la lumière et la reconstitution de l’Amérique des années 1950 –, sombrant parfois dans les travers des infects zooms furtifs. Avec ses pointes démagogiques et son point de vue relativement distancié, le film, trop long, se montre irritant, à renforts de lieux communs habitant la plupart des séquences. Le réalisateur salue-t-il l’action de ce groupe ou bien les blâme-t-il ? Difficile à déterminer tant la voix de Maddy s’efface sous le poids des agissements rapportés d’une communauté rapidement corrompue. A l’image de ses héroïnes s’égarant dans leurs combats, Foxfire, confessions d’un gang de filles est une belle promesse de révolution qui sombre dans une vanité malsaine et repoussante.

2 étoiles

 

Foxfire, confessions d’un gang de filles

Film français, canadien
Réalisateur : Laurent Cantet
Avec : Raven Adamson, Katie Cosseni, Madeleine Bisson, Claire Mazerolle
Scénario de : Laurent Cantet, d’après un roman de Joyce Carol Oates
Durée : 143 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 2 janvier 2013
Distributeur : Haut et Court


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Pas aussi dur que toi mais assez d’accord… 2/4

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