[Critique] Frankenweenie (Tim Burton)

Un film de Tim Burton sans Johnny Depp rime souvent avec film d’animation. C’est le cas avec ce Frankenweenie qui s’inscrit dans la lignée de L’Etrange Noël de Mr. Jack et des Noces funèbres. Rien de bien nouveau puisque Burton ressort de ses cartons une trame qu’il avait déjà exploité au milieu des années 1980 pour livrer une œuvre aussi classique que paresseuse.

La Science du recyclage

Tim Burton tourne en rond depuis plusieurs années, rencontrant plus ou moins de succès, avec des films plus ou moins aboutis. Pour Frankenweenie, le cinéaste pousse un peu loin son art d’exploiter la même iconographie dans un récit proche du conte gothique puisqu’il a déjà réalisé un court métrage du même nom, basé sur la même narration : un petit garçon ramène son chien à la vie au cours d’une expérience similaire à celle du célèbre Frankenstein, d’où le titre de l’oeuvre. Rien de mal à reprendre un projet qui n’avait pas abouti comme souhaité – Burton voulait faire un long métrage en stop motion et avait été contraint de faire un court métrage en prises de vue réelles –, d’autant plus que l’on entre dans la Nouvelle Hollande, ville où se déroule l’action, avec un réel plaisir, procédant autant de la qualité de l’animation des marionnettes que de l’univers drôlement lugubre de Burton. Exploité avec une 3D immersive et réussie, ce film d’animation en noir et blanc compte une grande galerie de personnages au physique ingrat mais appelant pourtant à la sympathie. Difficile de ne pas s’éprendre de ces figures lunaires vivant le rêve américain dans une insouciance que seule de mauvaises expériences scientifiques ne viendra troubler.

Pourtant, cette histoire de tendre amitié entre un enfant et son fidèle compagnon déterré, amorçant un regard critique sur les dérives de la science, vire rapidement en un distrayant mais si limité bal des horreurs. Un véritable abandon du développement narratif se produit au cours du film qui s’enlise dans des hommages à n’en plus finir à la littérature gothique et aux classiques de l’épouvante. Peu à peu, toute la magie mise en place dans la première moitié du film s’éteint. En recyclant ses propres idées et en saluant ses influences principales, Burton serait-il en train d’annoncer qu’il est définitivement à court d’idée ? Ou bien s’efforce t-il à répondre toujours et encore aux besoins de ses fans, à la recherche des mêmes sensations qu’ils ressentirent face à Edward aux mains d’argent ou L’Etrange Noël de Mr. Jack ? Entre ses films de studios ratés et ses recyclages incessants, Burton semble répondre par l’affirmative à ces deux questions. Une logique suivie par Danny Elfman, se reposant aussi sur ses lauriers : la bande originale se rapproche souvent des compositions réalisées sur les Batman. Frankenweenie est assurément charmant et drôle, mais il apparaît comme la fin du cul-de-sac dans lequel Tim Burton s’est engagé il y a fort longtemps. Si c’est d’un électrochoc dont il a besoin, il se trouve peut-être dans la collaboration avec de nouveaux scénaristes, mais sûrement pas dans un jet de foudre sur ses propres cadavres, aussi délicats soient-ils.

3 étoiles

 

Frankenweenie

Film américain
Réalisateur : Tim Burton
Avec les voix de : Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau, Martin Short
Scénario de : Leonard Ripps, Tim Burton, John August
Durée : 87 min
Genre : Animation, Comédie
Date de sortie en France : 31 octobre 2012
Distributeur : The Walt Disney Company France


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Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Moi j’ai beaucoup aimé… techniquement c’est la perfection, l’histoire manque sans doute d’un poil plus d’originalité mais la magie opère… 4/4

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