[Critique] The Secret (Pascal Laugier)

Pascal Laugier, réalisateur du controversé et peu ragoutant Martyrs, traverse l’Atlantique pour son 3ème long-métrage. Avec The Secret, il livre un thriller à twist qui a beau soulever une problématique intéressante, l’aspect artistique du film pêche tant que l’histoire se délite au fil des minutes.

Seul(e) contre tous

Il est commun d’entendre à propos d’un film « Je n’ai rien compris, c’est nul ». La compréhension d’un film – ou du point de vue du réalisateur – a des répercussions directes sur son appréciation, quoiqu’une certaine ouverture d’esprit puisse mener à l’appréciation sans avoir saisi toutes les clés d’une oeuvre – comme Lost Highway ou Mulholland Drive de David Lynch, formidables expériences sensorielles pour quiconque, même ceux qui se seraient égarés dans le dédale narratif. Or, certains films, ou plutôt, certains cinéastes, n’ont pas le droit à cette bienveillance – Holy Motors a reçu un accueil mitigé de la part du public, alors que la presse a été unanime et, à l’inverse, le très intéressant mais ésotérique Post Tenebras Lux a été conspué lors de sa présentation au 65ème Festival de Cannes. Si j’aborde ce point pour débuter cette chronique, c’est pour rebondir sur le débat avec Pascal Laugier ayant suivi la projection du film – débat auquel je n’ai pas assisté à la conclusion, et sans intervenir, par faute de temps –, plus que mécontent à l’égard de la presse écrite qui avait qualifié Martyrs d’un film à l’idéologie d’extrême droite, sans chercher à comprendre le véritable point de vue du cinéaste – le réalisateur français en profita pour opposer à cela les louanges accordées à Michael Haneke, dont le cinéma à caractère moraliste le révulse. The Secret joue avec les attentes du spectateur, sans vraiment troubler les éléments appelant à la compréhension de l’oeuvre, mais en exploitant un mouvement narratif à contrecourant de ce que l’on pourrait appeler le cinéma de studio, qui emprunte généralement un chemin balisé de bout en bout. Laugier revendique ici une certaine singularité narrative, empruntée jadis par des cinéastes pour la plupart « déchus » aujourd’hui, comme John Carpenter. Mais si le cinéma de Big John ne séduit plus, n’est-ce pas à cause de ses déficiences artistiques plutôt que l’idéologie de ses derniers longs métrages ? L’appréciation d’un long-métrage ne peut pas faire abstraction de ses éléments constitutifs, de la mise en scène au montage, en passant par le jeu d’acteur, même si le message véhiculé par le film est d’un intérêt conséquent.

Le principal problème affectant The Secret est de nature purement artistique. Ce thriller, mettant en scène Jessica Biel dans un rôle ambigu et physique, ne parvient jamais à développer une atmosphère qui amènerait le spectateur à être saisi lors des divers rebondissements parsemant le récit, axé autour de mystérieuses disparitions d’enfants dans le petit village de Cold Rock, aux Etats-Unis. Le film, qui joue sur les registres du thriller horrifique et du drame, mène à une problématique intéressante et originale, mais le parcours emprunté et, surtout sa mise en forme, sont d’une grande maladresse. Les quelques séquences astucieuses et réussies ne peuvent effacer la médiocrité de l’ensemble, souvent sur-découpé, exploitant à tort et à travers de courts mouvements de zoom. La connexion émotionnelle entre le spectateur et les personnages ne s’établit pas, la dimension sonore confine à la série B, l’action aussi, quant au gore, il porte le spectre de l’ampoulé Martyrs. Tant d’éléments qui se retournent contre le scénario de The Secret, hautement perfectible pour mieux désorienter le spectateur dans l’approche des personnages et de leurs motivations, puisque c’est l’ambivalence et le mystère qui stimulent avant tout Laugier. Au final, si cette oeuvre est loin d’être appréciable, ce n’est pas pour son idéologie – le spectateur est d’ailleurs inviter au questionnement, aucun point de vue n’est imposé –, ni son audace à aborder ainsi le sujet des enlèvements, mais par sa piètre confection.

Parenthèse de conclusion, si jamais M. Laugier lisait cette chronique, et toujours pour rebondir sur le débat : tous les blogueurs n’aspirent pas à une carrière de critique dans la presse papier, et la notation des films avec des étoiles est, pour la plupart d’entre nous, un indice qualitatif et non une notation stricte, au sens scolaire. Les étoiles peuvent blesser, je n’en doute pas une seule seconde – et j’espère être confronté moi-même à ce problème en travaillant dans le milieu du 7ème art. Toutefois, hormis peut-être quelques personnages aigris, nul ne s’amuse à démonter un film par plaisir. L’appréciation est totalement subjective, mais les problèmes que nous relevons sont parfois de nature objective. Est-il possible d’améliorer son art sans critique, sans le regard extérieur ? Je pense que la tâche est plus que difficile.

1.5 étoiles

 

The Secret

Film américain, canadien
Réalisateur : Pascal Laugier
Avec : Jessica Biel, Jodelle Ferland, Stephen McHattie, William B. Davis, Samantha Ferris
Titre original : The Tall Man
Scénario de : Pascal Laugier
Durée : 106 min
Genre : Thriller, Drame, Epouvante
Date de sortie en France : 5 septembre 2012
Distributeur : SND

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Oui quelques maladresses, mais la tension et le suspense reste efficace jusqu’au twist (un peu tôt mais pourquoi pas ?!). Et question émotion je ne suis pas resté hermétique. Fan de « Martyrs » je trouve que Laugier reste cohérent avec une morale ambigüe mais assez fascinante… 3/4

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