[Critique] Total Recall mémoires programmées (Len Wiseman)

Déjà adaptée en 1990 par Paul Verhoeven, la nouvelle « Souvenirs à vendre » de Philip K. Dick fait l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique. Alors que le premier opus de Total Recall proposait un film d’anticipation violent, parfois gauche, mais intéressant, ce remake signé Len Wiseman condense 20 ans de science-fiction dans un produit fade et foncièrement sans intérêt.

Totalement recalé

Tant que des producteurs véreux auront le soutien des studios pour recycler certaines oeuvres, il faudra s’habituer à voir, régulièrement, ce genre d’inepties naitre sans raison apparente – à moins que le box-office les refroidisse, et encore. L’année dernière, c’était The Thing de Matthijs van Heijningen Jr. qui massacrait le souvenir du chef d’oeuvre de John Carpenter – pourtant réalisant lui-même un remake, mais avec une véritable vision de cinéaste -, dans un remake des plus putassiers, déguisé en prequel ! Avec ce Total Recall mémoires programmées, l’arnaque est moindre, il n’y a aucune tromperie sur la marchandise, et le titre connote d’ailleurs étrangement ce qu’il demande au spectateur : d’oublier ce qu’il a déjà vu. Imaginez un monde où la mémoire évacuerait au bout d’une quinzaine d’années les films découverts : plus la peine de se creuser la tête sur des scénarios, il suffirait de recycler les films passés à renfort de nouveaux effets numériques, de créer une routine qui assurerait de beaux jours à ces personnes qui font pencher le cinéma du côté d’une industrie sans âme plutôt que du côté d’un art véritable et noble. C’est un peu la démarche de ce film, qui ne se contente pas de se baser sur le film de Verhoeven, auquel il fait des clins d’oeil dont le but est assez obscur – est-ce autant de doigts d’honneur à l’égard de Verhoeven ou juste un moyen de rappeler au spectateur, ça et là, qu’il a déjà vu ce film sous une meilleure forme auparavant ? -, mais de piocher dans tous les films de science-fiction à succès, de Blade Runner à I, Robot. Certes, certains films de SF condensant d’autres univers s’avèrent parfois très réussis et appréciables, comme Avatar ou Source Code, mais l’on trouve derrière ces projets de véritables cinéastes, caste à laquelle n’appartient pas Len Wiseman.

Total Recall mémoires programmées est une dystopie se déroulant sur Terre, devenue un enfer invivable, dans laquelle Douglas Quaid (Colin Farrell, qui apporte plus de sensibilité au personnage précédemment campé par Schwarzenegger), un ouvrier qui n’est plus satisfait de sa condition, décide un jour d’acheter des souvenirs artificiels pour améliorer son quotidien. Le processus révèle qu’il serait alors un agent secret et que la vie qu’il mène n’est qu’une illusion destinée à le dévier de sa véritable mission. Si vous avez déjà vu l’original, la trame reste similaire, malgré que tout le film se déroule sur Terre, et que quelques détails modifient le déroulement et l’atmosphère de l’oeuvre originale – dans une direction déplorable. A un certain stade, on est amené à se demander si les scénaristes n’ont pas choisi délibérément d’empirer la situation, étape par étape. Si les acteurs se montrent plus que corrects dans leurs rôles, même Kate Beckinsale, jouant la fausse femme de Quaid, ici transformée en une véritable Terminator, rares sont les séquences qui surpassent celles du premiers opus, malgré les effets numériques à foison, dans cet univers proche de Blade Runner. Il faut dire que la réflexion sur l’identité, la mémoire et le travail du suspense ont quasiment disparu, reste alors des séquences d’action techniquement peu ou prou abouties et rarement impressionnantes – on peut surtout compter sur les premiers affrontements et une course-poursuite vertigineuse. Derrière la caméra, Len Wiseman semble aussi à l’aise qu’une autruche aux commandes d’une formule 1, son film est un bolide qui progresse cahin-caha vers une issue aux pauvres enjeux. Alors qu’il est déjà douloureux de regarder un film d’action stérile, Wiseman tacle violemment J.J. Abrams sur le terrain des effets de lens flare, ruinant un peu plus l’esthétique de ce navrant blockbuster. Encore un remake à jeter aux oubliettes.

1 étoile

 

Total Recall mémoires programmées

Film canadien, américain
Réalisateur : Len Wiseman
Avec : Colin Farrell, Kate Beckinsale, Jessica Biel, Bryan Cranston, Billy Nighy, Bokeem Woodbine, John Cho
Titre original : Total Recall
Scénario de : Kurt Wimmer, Jon Povill
Durée : 118 min
Genre : science-fiction, action, aventure
Date de sortie en France : 15 août 2012
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

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2 commentaires sur “[Critique] Total Recall mémoires programmées (Len Wiseman)”

  1. selenie dit :

    Je trouve ça sévère, s’il souffre de la comparaison il n’est, de toute façon, pas un remake mais une seconde adaptation de la nouvelle. En quoi Wiseman a pris autant de liberté (voir moins) que Verhoeven… Mais effectivement je préfère le second degré et surtout le maintien du thème princiâl à savoir le flou entre réalité et rêve… 2/4

  2. Dom dit :

    Seconde adaptation de la nouvelle ou remake du Verhoeven, la différence est si ténue : l’action est de « refaire » un film. Comparaison ou non, je l’ai trouvé aussi excitant que l’horrible World Invasion : Los Angeles de l’année dernière.

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