[Critique] Rock Forever (Adam Shankman)

Seconde comédie musicale pour Adam Shankman – il a réalisé en 2007 le remake de Hairspray –, Rock Forever propose de revisiter certains tubes des années 80 sous une étrange tonalité. Partagé entre amourettes sans intérêts et second degré des plus plaisants, le film laisse dubitatif malgré son lot de séquences savoureuses.

Riffs difformes

L’action se déroule à Los Angeles, en 1987, dans un club où passent les plus grandes stars du rock, au grand dam de la mairesse interprétée par une épouvantable Catherine Zeta-Jones, souhaitant voir fermer ce lieu de culte pour les pires sataniques. Mais avant toute chose, il conviendrait de faire un état des lieux de la musique rock en cette époque : les plus grands batteurs avaient été enterrés, et les guitaristes ayant survécu aux années 70 composaient leurs pires morceaux sous héroïne. 1987, c’est l’heure de gloire du hard rock et du métal, des Slayer, Anthrax – Arsenal, le groupe fictif du film, exploite une typographie similaire à celle du groupe –, Metallica, Megadeth, Motörhead, Guns N’ Roses, Van Halen, Twisted Sister, … Alors, pourquoi mentir sur la marchandise ici ? Le film exploitant toute l’iconographie métal et ses stéréotypes. Probablement parce que le terme « rock » est plus vendeur, mais l’amateur de ce courant musical redécouvrira des morceaux remodelés à la sauce Glee, transformant des hymnes rock en hymnes de chorales, lisses et dépourvus de leur style original, de leur sonorité. Certes, la production est de qualité, et l’insertion des morceaux est toujours en écho avec les sentiments des personnages, mais une violente sensation de trahison artistique affecte la plupart des chansons, désormais dans la veine des reprises inondant la TV par le biais des émissions de chant.

En dehors de l’aspect musical qui prête à débattre, le film n’assure à aucun moment du côté de la mise en scène. Avec son découpage incohérent et ses cadrages qui ne profitent jamais aux chorégraphies, Adam Shankman semble éprouver des difficultés à mettre en image cet étrange scénario écrit par Justin Theroux, Allan Loeb et Chris D’Arienzo. Etrange car, s’il se montre des plus classiques (et barbant) en contant l’histoire d’amour entre Sherrie (Julianne Hough) et Drew (Diego Boneta), rêvant tous deux de gloire musicale, Rock Forever se montre capable d’afficher un humour dévastateur, toujours en s’appuyant sur des stéréotypes, et grâce au talent des acteurs plus confirmés, avec en tête Tom Cruise, dans le rôle de Stacee Jaxx, rock star hallucinante, rappelant quelque peu son personnage dans Magnolia, accompagné ici par un singe déjanté. Le délire crypto-gay entre Alec Baldwin et Russell Brand, le producteur véreux joué par Paul Giamatti et la journaliste perspicace et sexy interprétée par Malin Ackerman contribuent à cette réelle alacrité, malheureusement diluée par la pauvreté de la double intrigue principale, centrée sur la fermeture du club et le béguin des deux jeunots. Rock Forever cherche au fond une chose délicate : plaire à tout le monde, amateurs de comédies musicales dans l’air du temps et vétérans d’une musique aux heures de gloires passées. En naviguant ainsi sur plusieurs terrains avec un piètre réalisateur, l’entreprise échoue, malgré quelques fulgurances apportées par ses acteurs les plus charismatiques. Pour un véritable hymne rock, il est préférable de revoir Presque célèbre, ancré dans la bonne époque et livré par un passionné.

2.5 étoiles

 

Rock Forever

Film américain
Réalisateur : Adam Shankman
Avec : Julianne Hough, Diego Boneta, Tom Cruise, Paul Giamatti, Alec Baldwin, Russell Brand, Malin Akerman, Catherine Zeta-Jones, Bryan Cranston, Mary J. Blige
Titre original : Rock of ages
Scénario de : Justin Theroux, Allan Loeb, Chris D’Arienzo
Durée : 122 min
Genre : Comédie musicale
Date de sortie en France : 11 juillet 2012
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Trop d’écart entre le rock rebelle des anciens et la rom com niaise des jeunes… Oui on lui préférera largement « Presque célèbre » !… 2/4

  2. Dommage, ça aurait pu être une vibrante déclaration à un genre musical passé de mode (heureusement diront certains). Ceci dit, rien que la vue de Tom « Hubbard » Cruise déguisé en Axl Rose, ça vaut son pesant de cacahuètes !

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