[Critique] Cloclo (Florent-Emilio Siri)

Le biopic a toujours la côte : entre Margaret Thatcher (La Dame de Fer) et Marilyn Monroe (My week with Marilyn), Claude François se retrouve exhumé par le 7ème art. Alors que les non initiés – comme votre humble serviteur – auraient tendance à associer l’artiste égyptien à un simple chanteur de variété, Cloclo dresse le passionnant portrait d’un homme plus complexe qu’il n’y paraît. Un grand moment de cinéma.

Ces années-là

Dans l’inconscient collectif, Claude François est associé à des tubes des années 1970, une myriade de costumes flamboyants et une armada de danseuses appelées les Claudettes – ce qui n’est pas faux, mais bien réducteur. Dans ce biopic tout simplement intitulé Cloclo, Florent-Emilio Siri perce la façade de l’artiste pour étudier l’homme, dans toute son ambivalence. De l’enfance en Egypte au décès prématuré à Paris, c’est tout le destin de Claude François qui est parcouru en 150 minutes, filant à une vitesse extraordinaire. Il ressort le portrait d’un être passionné par la musique, avide de succès, blessé par la relation paternelle rompue par ses choix de carrière, téméraire, parfois visionnaire, génial entrepreneur, terriblement jaloux avec ses différentes compagnes et maniaque dans les plus fins détails. Le film trouve l’équilibre parfait entre la narration d’une ascension et d’un drame familial sans négliger la musique, souvent intégrée avec brio dans des séquences qui révèlent que de nombreux textes des chansons de Cloclo trouvaient leur source dans sa propre vie.

Qui d’autre que Jérémie Rénier aurait pu se glisser dans la peau du créateur de Podium ? L’acteur belge excelle dans ce rôle très physique, impliqué dans de nombreuses chorégraphies et scènes de concert tout au long du film, où la ressemblance physique, peut-être trop recherchée parfois, est ternie par des maquillages trop appuyés. Un rôle physique et complexe : la vie de Claude François est comparable à des montagnes russes, se rapprochant toujours des cieux pour redescendre de plus belle, encore plus bas. Rénier trouve alors son rôle le plus marquant, et nul doute que son nom se trouvera sur les listes de prétendants à de prestigieuses récompenses. Autour de lui, le reste du casting se montre également brillant : de Paul Lederman (méconnaissable Benoit Magimel) à Isabelle Forêt (Ana Girardot), en passant par la mamma (Monica Scattini), chacun livre une interprétation juste et riche en émotions.

Loin d’une simple hagiographie en images, le film frappe par son dynamisme incroyable, sa mise en scène spectaculaire et son montage détonnant. D’impressionnants mouvements de caméras nous emmènent dans les fêtes organisés par le chanteur et son quotidien jonchés de ferventes groupies et mannequins. On pourrait rapprocher le travail accompli par Florent-Emilio Siri de celui de Paul Thomas Anderson sur Boogie Nights, biopic qui retrace le destin d’une star du porno interprétée par Mark Wahlberg. Au service des émotions du protagoniste, les outils cinématographiques confinent à l’épique par leur maitrise et le faste déployé. Galvanisant, émouvant et drôle, Cloclo est l’un des plus beaux films à rejoindre les salles de cinéma cette année-là.

4.5 étoiles

 

Cloclo

Film français
Réalisateur : Florent-Emilio Siri
Avec : Jérémie Renier, Benoit Magimel, Monica Scattini, Ana Girardot, Sabrina Seyvecou
Scénario de : Julien Rappeneau
Durée : 148 mn
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie en France : 14 mars 2012
Distributeur : Studio Canal


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Article rédigé par Dom

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7 commentaires

  1. bien d’accord avec toi ! J’ai trouvé ce film sur claude Francois très bien rythmé , ce qui est pour un biopic pas si facile .
    J’ai trouvé le personnage de claude Francois extrèmement intéréssant et très bien tenu par Jérémy Renier très bon comme tu le dis .

    Bref je trouve que les francais ne sont pas si mauvais en biopic après Gainsbourg ,on a le droit à un autre très bon film

    D’ailleurs par curiosité qu’as tu pensé de Gainsbourg

  2. Eh bien je ne peux pas en parler car je n’ai pas vu « Gainsbourg, vie héroïque » en entier, tout comme « Coluche, l’histoire d’un mec »…

  3. Coluche l’histoire d’un mec ma oins toucher en revanche …

  4. Je pense que dans tout biopic, quelque soit ses qualités intrinsèques, il y a la sensibilité et la connaissance du personnage à considérer. Pour Cloclo, je ne connaissais vaguement que l’image publique du chanteur, et j’ai vraiment plongé avec passion dans le film ; j’ai pu discuter avec certains fans de l’artiste qui ont moins apprécié le film… Tout comme j’adore Marilyn Monroe et je n’ai pas supporté la manière de la faire revenir sur grand écran avec My Week with Marilyn.

  5. J’ai une amie qui à jouer 2 scènes dans ce film, rien à voir avec Podium mais je ne saurais dire lequel j’ai préféré.

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