[Critique] The Ward (John Carpenter)

John Carpenter, alias Big John, s’était écarté de l’industrie du cinéma depuis 2001. C’est avec un sentiment d’excitation mêlée d’inquiétude, le cinéaste n’ayant pas brillé dans les années précédant sa pause, que l’on découvre The Ward, avec, en tête d’affiche, la superbe Amber Heard.

Retour perdant

Inutile de se voiler la face plus longtemps : John Carpenter ne maîtrise plus les codes de l’horreur ni du thriller. Pire encore, aucune énergie n’anime ce film d’outre-tombe qui cloître le spectateur dans un asile dépeuplé. Après Zack Snyder et son Sucker Punch, c’est au tour de Carpenter de placer des jeunes filles plus ou moins dérangées dans service psychiatrique au milieu des années 60. Le mystère tourne autour de deux axes : le passé de l’héroïne, Kristen (Amber Heard), qui, avant son internement, a brûlé une ferme sans connaître la raison de son geste, et la présence d’une revenante, qui assassine violemment les filles isolées dans une aile spéciale de l’asile. Ecrit par deux frangins inconnus au bataillon, The Ward conduit le spectateur sur une intrigue à twist déjà exploitée, et avec plus de panache, dans d’autres longs-métrages qui ne seront pas cités pour préserver l’effet de surprise aux courageux qui oseront le regarder après avoir lu cette chronique.

Aucun lieu commun propre aux films d’asile n’est oublié : infirmière sévère, docteur aux intentions obscures, personnages aliénés dont l’appel à l’aide est ignoré, prise de médicaments rituelle, traitement aux électrochocs, etc. Mais le manque d’originalité narrative n’est pas ce qui accable le plus The Ward, c’est l’indolence dans laquelle il a été tourné qui le confine à une simple série Z, et ce, malgré une photographie de bonne facture et une performance convaincante d’Amber Heard – une qualité qui ne s’applique pas au reste du casting.
John Carpenter manque de s’emparer de cet espace restreint qu’est l’asile qu’il parcoure comme une âme en peine et ne parvient jamais à développer une atmosphère inquiétante alors que la mort rôde chaque nuit. Le cinéaste est réduit à surprendre grâce aux pitreries que sont les jump scare, mais la tension, l’effroi et le suspense restent enfouis dans les précédentes œuvres de sa filmographie. Lorsque ce long-métrage au rythme claudiquant prend des allures de film d’évasion, la sentence est d’autant plus sévère : The Ward transpire le toc et sa vacuité sidérante prend à la gorge. L’assassin, le véritable, n’est pas une revenante : c’est l’ineptie. Espérons que John Carpenter reprenne du poil de la bête pour son prochain projet qui mettra en scène des vampires : Fangland.

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The Ward

Film américain
Réalisateur : John Carpenter
Avec : Amber Heard, Mamie Gummer, Danielle Panabaker, Lyndsy Fonseca, Jared Harris
Scénario de : Michael Rasmussen, Shawn Rasmussen
Durée : 88 min
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie en France : inconnue (disponible à la vente en import)

Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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14 commentaires

  1. Merci pour l’info 😉 le trailer ne donne pas envi de voir le film, mais ton avis encore moins !

  2. Le film à twist est un genre très peau de banane et le spectateur et de plus en plus habitué a ce genre de retournement et donc de moins en moins surpris .

    Je trouve que le twist de la piel que habito même si il se situe au milieu est incroyable et il ma choqué pendant toute l’autre moitié du film

    Dommage pour Carpenter … Il est quand même l’auteur de grand film ….

  3. Carpenter s’est éteint le jour où il a réalisé Ghost of Mars….Je pense qu’il est temps pour lui de raccrocher sa caméra.

  4. @Romain : oui, je pense aussi que les twists ne doivent pas être une finalité dans le récit. Un bon scénario (et un bon film) doit se tenir sans cet élément. Ce qui n’est pas le cas ici.

    @Bruce : ne perdons pas espoir, il peut se refaire, être touché par le génie un soir et nous servir 1 chef d’oeuvre tous les 6 mois. J’y crois ! presque… :p

  5. Moi y a belle lurette que je n’y crois plus. Il fait partie de ces réalisateurs qui, plus jeunes, étaient vraiment baigné dans leurs jus de révolté et critique de la société….puis cette révolte s’est envolée laissant place à de simples réalisateurs pas mauvais mais sans vie, ou génie au choix.

  6. Je crois que je vais pleurer…
    Même pas un bout de synthé pour la musique dans la BA !!
    Il ne fait meme plus la musique de ses films?
    Bon, on va pas enterrer sur un film un vrai génie du cinéma de genre?! non?
    Faut pas exagéré, il a réalisé des chef-d’oeuvre avec 50 balles…
    Et je ne suis pas d’accord pour dire que Ghost of mars est une nullité. La première fois que je l’ai vu, j’ai detesté, et puis je trouve que le film s’est bonifié avec le temps et maintenant c’est un film que j’apprecie beaucoup.
    Je vais quand meme regarder « the ward » parce que…… ben parce que ça ira comme raison.

  7. Déçu aussi par ce film, que Carpenter n’as pas su s’approprier et qu’il ai trop joué sur les sursauts de peur…
    Mais je garde espoir pour l’avenir en tout cas, malgré qu’aux States il soit mal considéré, il devrait tourner à l’étranger.

  8. Peut etre que le fait de voir un remake de « the thing » qui a l’air d’être une copie plan pour plan l’a persuadé de réaliser une daube pour ne pas être copié betement ??
    Au moins sa version remake de the thing était suffisament differente et surtout parfaitement touchée de sa patte personnelle.
    Pourtant pas facile de refaire ce film en noir et blanc qui est une merveille.
    Moi je le verrais bien allez faire un bout de carriere en suede ou norvege. Il me semble que c’est la que le renouveau du cinema fantastique à lieu.
    A noter que « les annees laser » ont plutot bien critiqué le film?!

  9. @Bruce : c’est pas faux, y a un caractère « désabusé » désormais.

    @domdom2006 : et non, il n’a pas daigné faire la musique. Je n’ai quasiment aucun souvenir de Ghost of mars, il faudrait que je le revois. Bon courage pour The Ward ! Quant à The Thing 2011, eh bien, je n’ai pas le droit d’en parler avant le 12 octobre hum hum, mais tout ça pour dire que, certains magazines et sites de cinéma ont des accords avec des distributeurs pour arrondir les angles. Sur cinq journalistes travaillant un même mag, il y en aura toujours un pour défendre plus ou moins un long-métrage qui aura été détesté par les quatre autres !

    @burtoniac : peut-être que ça lui donnerait de nouvelles idées en effet.

  10. oui j’avais entendu dire que le film était pas terrible en effet… sera-t-il un jour visible en france ? il serait plus urgent d’y diffuser « my soul to take » de wes craven, qui lui est une vraie réussite !

  11. J’ai lu du bien de « my soul to take » mais je ne l’ai toujours pas vu. Craven est probablement plus constant que Carpenter avec l’âge. Duel de papy de l’horreur !

  12. @ Phil Siné: My soul to take une réussite? Un de mes chroniqueurs m’affirme pourtant le contraire!!! (C’est Flow, qui en plus, est plutôt bon public!!).

  13. Une immense déception que ce « The Ward » trainant en longueur. Je m’étonne même qu’il soit sorti en salles. Ca pue le DTV. Et pourtant c’est un fan absolu du Big John qui vous parle.
    Vous vous rappelez ? Big John, le real anar par excellence, le punk d’hollywood, celui qui avec 2 francs (dollars) et 6 sous vous pondait « Invasion Los Angeles » et en parallèle d’un scénario captivant et de scènes anthologiques déglinguait au passage les dérives du capitalisme avant l’heure. Big John, quoi ! Bon, je ne vais pas vous refaire la bio mais vraiment ce film est un non évènement que je vais vite oublier en allant me mater « The Thing » pour la 200ème fois. Ah, une dernière chose : personne n’a vu « Identity » de James Mangold ? Je m’étonne que nulle part on ne cite ce monument, pourtant j’y trouve quelques ressemblances assez frappantes avec ce « The Ward »…

  14. @blablacine : J’avais vu « Identity » lors de sa sortie en salle, j’en ai gardé une bonne impression – et surtout, un twist qui fonctionne. Par contre, il est trop loin pour moi pour y établir un parallèle avec « The Ward ».

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