[Critique] Sexe, mensonges et vidéo (Steven Soderbergh)

Steven Soderbergh détient un joli record dans le monde du 7ème art : celui du plus jeune cinéaste à recevoir la Palme d’Or, à 26 ans, pour son premier film, Sexe, mensonges, et vidéo. Trois mots et quatre acteurs suffisent à Soderbergh pour étudier la relation de couple et la sexualité avec brio.

Vidéothérapie

Ann Millaney (Andie MacDowell) est une femme au foyer modèle, sans enfant, mariée à John (Peter Gallagher), un avocat qui adore l’effet que provoque son alliance sur les femmes. Tandis qu’Ann se confie à un thérapeute sur ses angoisses et sa vie sexuelle au point mort, John met ses clients entre parenthèses pour rejoindre le lit de Cynthia (Laura San Giacomo), qui n’est autre que la sœur d’Ann. Ce trio aurait pu continuer sa routine longtemps sans l’arrivée de Graham, un ami de John qu’il n’a pas vu depuis neuf ans. Jadis coureur de jupons, Graham semble avoir radicalement changé. Outre la finesse des dialogues et la direction d’acteur exemplaire, Steven Soderbergh s’adonne à une utilisation sémantique du montage remarquable. Dans Sexe, mensonges, et vidéo, les plans de coupe deviennent de véritables contrepoints qui assurent la continuité de l’action entre les duos de protagonistes. Alors que la partie de jambes en l’air s’apprête à débuter entre John et Cynthia, Soderbergh nous envoie dans un restaurant dans lequel Ann confie à Graham qu’elle trouve l’acte sexuel surévalué, surtout pour les femmes. Ce dernier lui avoue alors être impuissant. La réaction d’Ann, inconsciente et immédiate, est d’ordre sexuel : sa main caressera son verre jusqu’à la fin de la conversation qui nous reconduira à John et Cynthia, hors du lit. Dans un flux parallèle, la superficialité de la baise et le tissage relationnel de la confidence ont été exposés !
Le mot d’ordre est la subtilité, et pas seulement pour la mise en scène puisque, malgré le titre racoleur, aucune scène de sexe ne sera montrée. Une des zones les plus érogènes est le cerveau ; le doux érotisme jaillira par les mots.

Graham est un curieux personnage dont la totalité des biens repose dans le coffre de sa voiture, abritant une caméra vidéo ainsi que de nombreuses cassettes. Son plaisir est de filmer des femmes qu’il questionne sur leur sexualité, sans aucun tabou. Aucune fin mercantile ici puisqu’il conserve ces archives pour lui seul. Graham est en quête de vérité et se positionne naturellement à l’opposé de son ancien ami devenu avocat. La caméra vidéo est le médium qui permet la mise à nu de la personne qui se confesse et ainsi, se libère. Les révélations que feront Cynthia et Ann face à l’objectif modifieront irrémédiablement leur relationnel. Plus qu’une étude sur la sexualité des classes moyennes américaines, Sexe, mensonges et vidéo confère au cinéma, par une habile mise en abyme, la propriété de révélateur. Le dialogue thérapeutique classique est un échec alors que par le biais de la caméra, les êtres parviennent, dans la confidence guidée, à la métamorphose intérieure.

Quand un jeune réalisateur parvient à une telle profondeur cinématographique avec aussi peu de moyens, il est tout naturel de le voir récompensé ; le jury cannois présidé par Wim Wenders lui octroie la Palme d’Or, n’en déplaise à Spike Lee qui, malgré son excellent Do The Right Thing, quittera le Festival de Cannes 1989 bredouille.

4 étoiles

 

Chronique réalisée dans le cadre d’un concours spécial Palme d’Or organisé par Price Minister qui m’a gentiment envoyé le DVD du film. Voir la fiche Sexe, mensonges et vidéo sur leur site.

Sexe, mensonges et vidéo

Film américain
Réalisateur : Steven Soderbergh
Avec : Andie McDowell, Peter Gallagher, James Spader, Laura San Giacomo
Titre original : Sex, lies and videotape
Scénario de : Steven Soderbergh
Durée : 100 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 2011
Disponible en DVD depuis le 24 février 2010
Distributeur : Sony Pictures


Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Ce film est un grand chef d’oeuvre , je suis totalement d’accord avec toi et j’approuve ta critique viscérale et hypnotisant c’est le genre de film qui peuvent t’aider a évoluer ton point de vue !

    Dommage que Soderberg ai perdu de sa splendeur ces derniers temps …. (aussi faire un film par an c’est pas forcément un super idée )

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