[Critique] An American Crime (Tommy O’Haver)

2007 aura été une grande année pour la jeune actrice Ellen Page, explosant aux yeux du grand public dans son rôle attachant d’adolescente enceinte dans Juno. Quelques mois auparavant, elle donnait la réplique à Catherine Keener dans un autre film indépendant, An American Crime. Ce drame n’aura pas bénéficié d’une sortie en salles en France et arrive désormais dans les bacs, en DVD. Grandes actrices pour un petit film.

Personne n’est innocent

« Inspiré de faits réels. » « Tous les témoignages sont fidèlement reportés. » Les photos du corps d’un enfant mutilé ne laissent aucun doute sur le drame survenu au milieu des années 1960, aux Etats-Unis. En annonçant la fin tragique d’entrée de jeu, Tommy O’Haver écarte tout suspense pour jouer sur l’émotion brut de la véracité de l’enfer enduré par Sylvia (Ellen Page), une véritable martyre. Présentant le procès en parallèle des faits, An American Crime montre les responsabilités de chacun : des parents ayant confié leurs deux jeunes filles à une parfaite inconnue, élevant tant bien que mal ses six enfants ; une femme dépressive et pernicieuse ; des voisins ayant préféré ignoré les hurlements ; des gamins insensibles à la souffrance d’autrui, ayant pris plaisir à la torture d’une fille accusée injustement d’avoir nuis à leurs proches.

Catherine Keener excelle dans son rôle de mère rongée par la misère, incapable d’accepter les torts de ses enfants, vicieuse exceptionnelle pour une femme ne manquant jamais la messe dominicale. Les ignobles sévices qu’elle inflige à Sylvia – et qu’elle inculque à reproduire à ses propres enfants – ne tiennent pas d’un sadisme pur mais d’une volonté de punir Sylvia, pour des pêcher qu’elle n’a jamais commis. Les remontrances qui devraient être destinées à ses propres enfants sont reportées en châtiments sur l’enfant accueillie, acceptant d’être la seule victime pour protéger sa soeur cadette. Prisonnière de cette maison d’une petite ville rurale, Sylvia accepte son sort, regrette le mal qu’elle n’a pas causé. Dans ce rôle aussi effacé que difficile, Ellen Page s’exprime avec naturel ; dans la souffrance, son jeu ne se dirige jamais vers l’expressivité exagérée.

La mort assurée de Sylvia reporte tout l’intérêt du film sur ses acteurs, car, bien qu’il soit réalisé avec soin, An American Crime ne séduit pas grâce à ses choix artistiques trop limités. Ainsi, l’intensité va decrescendo jusqu’à la dernière séquence avec Sylvia qui redonne un peu de souffle au film avant d’atteindre sa conclusion. Un drame touchant, mais traité avec trop de prudence et sans habileté pour marquer.

3 étoiles

Critique réalisée grâce à CineTrafic. Voir leur thématique Enlèvement et Kidnapping.

 

An American Crime

Film américain
Réalisateur : Tommy O’Haver
Avec : Catherine Keener, Ellen Page, Ari Graynor, Evan Peters, James Franco
Scénario de : Tommy O’Haver, Irene Turner
Durée : 97 min
Genre : Drame
Disponible en DVD depuis le 1er juin 2011
Editeur : Metropolitan Filmexport

Bande Annonce (VO) :

An American Crime sur Amazon.fr :

Article rédigé par Dom

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4 commentaires

  1. C’est sciemment que Tommy O’Haver a traité avec « prudence » ce film tiré d’une histoire vraie et qui, de ce fait en fait un film dont le réalisme des personnages est à la fois poignant et bouleversant. L’acharnement de Gertrude Baniszewski envers Sylvia ne peut se résumer au simple fait que cette dernière ait la volonté « de punir Sylvia pour des pêchés qu’elle n’a jamais commis » ou d’en faire la victime de remontrances que son hôte ne saurait infliger à ses propres enfants. Sylvia est une martyre car elle est l’incarnation même de ce que Gertrude n’a jamais été, à savoir une enfant innocente, loin des pêchés et des tentations auxquels le personnage de Catherine Keener n’a su résister. Car à l’âge de Sylvia, Gertrude Baniszewski était déjà mère. Pire encore, sa tentative de combat quotidien pour que ses enfants ne connaissent jamais son sort a été anéantie à la découverte du lourd secret porté par sa fille et qu’elle refuse néanmoins d’admettre. Là encore, Sylvia est le symbole même de l’échec de l’éducation inculquée à sa progéniture puisque sa fille Paula est en passe de connaître le sort qu’elle aurait voulu lui éviter: celui de devenir une jeune fille mère, abandonnée par le père de l’enfant qu’elle porte. Tout comme Gertrude en son temps. Alors non, on ne peut excuser les brimades et autres tortures infligées par cette femme mi-dévote, mi-démon. Mais on peut néanmoins essayer de comprendre le lourd fardeau de son quotidien: éduquer seule de nombreux enfants, leur éviter un sort qu’elle ne connaît que trop bien et tenter de survivre au quotidien. Peut-on également reprocher aux enfants de Gertrude d’avoir reproduit sur Sylvia la haine viscérale de leur mère envers cette jeune enfant qui malgré les souffrances endurées à donner sa vie pour sauver celle de sa sœur??. Comment un jeune enfant peut-il condamner les actes perpétrés par son géniteur puisque l’adulte est supposé faire preuve d’exemplarité. Lui seul peut inculquer le bien, le mal et insuffler l’expérience de vie. Ces enfants dont la mère présentait de graves dysfonctionnements psychologiques n’ont-ils pas eux aussi développés une forme de sociopathie?? Les véritables responsables ne sont-ils pas ces enfants venus de l’extérieur qui prenaient part à la souffrance de Sylvia alors qu’ils auraient pu la sauver. Ou encore le voisinage qui a feint de ne même pas remarquer l’absence prolongée de Sylvia. Et qu’en est-il de sa sœur Betty?? N’a-t-elle jamais eu l’occasion de prévenir un tiers de ce qui se passait dans le sous-sol de cette petite maison américaine?? C’est en cela que l’on ne peut parler de « prudence » pour évoquer la manière dont Tommy O’Haver a choisi de tourner ce film et de nous conter l’histoire de la – trop courte – vie de Sylvia. Chaque personnage fait montre d’humanité la plus bouleversante; y compris dans les moments d’horreur que doit subir Sylvia sous l’emprise de ses bourreaux. Et si Tommy O’Haver cherchait à nous faire prendre conscience que dans les drames les plus atroces, nous sommes tous – en tant que collectivité – plus ou moins responsables de ce qui se passe autour de nous et que nous passons sous silence. A l’heure où l’individualisme prône dans nos sociétés et où la violence se fait de plus en plus brutale, de plus en plus médiatique et de plus en plus juvénile, posons-nous d’abord la question de savoir pourquoi un être humain est capable d’infliger tant de souffrance avant même de la condamner. Car comprendre n’est pas excuser…. mais permet de trouver des solutions pour éviter que de telles choses ne se reproduisent. Mais encore faut-il ouvrir ses sens à l’autre pour pouvoir percevoir ce qui se trame.

  2. Merci pour ce commentaire très intéressant Katell. Vous avez donc appris ailleurs que Gertrude Baniszewski était mère à l’adolescence ? C’est un fait qui est masqué dans le film, et c’est fort dommage !

  3. Comme dans la plupart des films issus d’histoires vraies, certains faits sont travestis, imaginés ou passés sous silence. Gertrude s’est mariée avec son premier époux à l’âge de 18 ans. De cette union sont nés 4 enfants, le premier ayant été conçu bien avant que Gertrude n’atteigne la majorité. Au bout de 10 années de mariage, elle finit par divorcer et se maria avec un second homme. Leur vie commune fut brève et Gertrude reprit sa liaison avec son premier mari avec lequel elle eut 02 autres enfants. Et ils se quittèrent à nouveau…. Le dernier né que l’on voit dans le film quant à lui est le résultat de rapports sexuels non consentis avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle et qui – comme les autres – finira par la quitter. Bref, Gertrude dut s’occuper de 07 enfants alors qu’elle n’avait qu’une trentaine d’années et ne disposait pas de diplômes ni de qualifications professionnelles. Pour le reste, un certain nombres de faits ont été modifiés par le réalisateur et un certain nombre de tortures infligées à Sylvia, passées sous silence (c’est d’ailleurs ce qui fait de ce film qu’il ne sombre dans le 100% morbide). Par exemple (et sans conter la véritable histoire car cela serait trop long), la petite sœur de Sylvia dont le véritable prénom est Jenny a fini elle aussi dans le sous-sol de Gertrude bien qu’elle ait – tout comme les autres enfants – elle aussi pris part active aux souffrances infligées à sa sœur. Quant au physique de Catherine Keener dans le film, l’on est bien loin de la réalité. Malgré un rôle ingrat qu’elle joue à merveille, elle reste néanmoins une très jolie femme. Ce qui n’est pas le cas de la véritable Gertrude.
    Pour ceux qui souhaitent connaître ce fait divers tel qu’il s’est réellement produit et qui comprennent assez bien la langue anglaise, la wikipédia retrace l’histoire de Gertrude et son escalade dans la violence (Gertrude Baniszewski – Wikipedia, the free encyclopedia).

  4. Merci pour ces précisions. Je pense que le film aurait gagné à présenter brièvement le passé de Gertrude.

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