Critique : Psychomagie, un art pour guérir

Artiste aux multiples facettes, Alejandro Jodorowsky présente dans ce documentaire l’art de la psychomagie, une méthode développée par ses soins pour guérir de maux épouvantables, d’un trauma provoqué par un proche jusqu’à un soulagement du cancer. Tombant dans le piège du voyeurisme, Psychomagie un art pour guérir se limite également à la simple illustration sans aucun argumentaire.

D’un acte à l’autre

Alors qu’il nous livrait, dans une véritable économie de moyens, un bijou surréaliste en 2016 avec Poesía Sin Fin, Jodorowsky tombe dans le piège du documentaire complaisant et fondamentalement assez vain. Comme il l’explique lui-même au début de ce long métrage, si la psychanalyse permet de guérir au travers de la parole, la psychomagie permet de guérir au travers d’actes. Des rituels symboliques où il est souvent question de mise à nue, d’expier le mal, de poigne sur les testicules – afin de corriger un bégaiement, une première étape –, ou bien d’arroser un arbre séculaire pour une femme âgée profondément dépressive – pour renouer avec les racines de la vie. Déjà mise en lumière dans plusieurs ouvrages – dont un tout récent justement intitulé Psychomagie, un art pour guérir chez Albin Michel et que je n’ai point lu –, la psychomagie de Jodo n’expose jamais ses origines dans ce film qui se contente d’aligner des exemples, des actes. Carton : une personne a un problème, Jodorowsky l’accompagne lors d’un acte alors filmé. Quelques jours ou semaines plus tard, la personne qui a consulté le chilien va mieux. Formidable. A aucun moment ce documentaire ne se penche sur les mécanismes déployés par Jodorowsky, nous ne saurons jamais qui sont ces assistants découpant les vêtements d’une jeune femme qui ne sait pas si elle pourra avoir un enfant et lui apporter de l’amour. Et ce n’est pas une dimension mystique qui se développe ici dans ce documentaire tourné caméra au poing par Pascale Montandon-Jodorowsky, plasticienne qui partage la vie du cinéaste à qui l’on doit La Montagne sacrée. Element intéressant : les parallèles qui s’établissent entre les actes prodigués dans le documentaire et les actions des personnages des fictions de Jodorowsky, de Fando y Lis jusqu’aux œuvres des années 2010.

Hormis une présentation lacunaire de la psychomagie au travers d’un nouveau médium, on peut vraiment questionner l’intérêt d’un tel documentaire. A l’écrit, l’entretien avec Gilles Farcet, Le Théâtre de la guérison (ed. Albin Michel), s’avère bien plus pertinent et complet sur le sujet, revenant aux sources du travail d’Alejandro Jodorowsky, de l’acte poétique à l’acte psychomagique. Pourquoi ne pas avoir axé ce film sur cet aspect au lieu d’aligner des exemples qui, parfois touchent, et d’autres fois donnent la désagréable sensation de voler quelque chose de très intime à la personne face à la caméra – après tout, la majorité des actes psychomagiques n’ont pas vocation à être filmées, ce sont des démarches personnelles sauf lors d’expériences collectives où les images d’archives exposent des phénomènes plus intéressants. Que l’on adhère ou non aux méthodes de Jodorowsky, ce versant de sa vie aurait mérité un tout autre traitement pour séduire, car il aligne ici les arguments parfaits pour que ses détracteurs le qualifient de charlatan. Curieusement déconcertant.

2.5 étoiles

 

Psychomagie, un art pour guérir

Film français
Réalisateur : Alejandro Jodorowsky
Scénario de : Alejandro Jodorowsky
Durée : 100 min
Genre : Documentaire
Date de sortie en France : 2 octobre 2019
Distributeur : Nour Films

 

Article rédigé par Dom

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