Critique : La nuit a dévoré le monde

Ils sont rares, les films de zombies français, et d’autant plus rares quand ils sont réussis. Le premier long métrage de Dominique Rocher, La nuit a dévoré le monde, adaptation d’un roman éponyme de Pit Agarmen, tient de ces petites réussites que l’on aimerait voir plus souvent dans le genre, de France et d’ailleurs.

Homme alone

Lors d’une soirée, Sam (Anders Danielsen Lie) vient récupérer des affaires chez son ex, Fanny (Sigrid Bouaziz), des cassettes audio d’enregistrements de percussions datant probablement de son adolescence. Un peu par hasard, il s’enferme et s’endort dans une chambre. Lorsqu’il se réveille, c’est l’horreur absolue, l’appartement, déserté, est saccagé. Les murs sont maculés de sang. Il n’a presque pas le temps de passer la porte que des zombies, sur le palier, tentent de l’attaquer. Le voilà unique survivant d’un immeuble isolé comme une île, la rue étant infestée de créatures et le peu de survivants ayant succombé sous le regard impuissant de Sam. Seul, il va préparer sa défense et sa survie en explorant tous les appartements de l’immeuble. Seul, mais avec un étrange compagnon, un mort-vivant qu’il baptisera Alfred, nouvelle carte au jeu unique de Denis Lavant. La nuit a dévoré le monde impressionne par la qualité de ses maquillages et effets gores, éléments que Dominique Rocher exploite sans emphase, en restant toujours au plus près de Anders Danielsen Lie, à la fois résigné mais habité par l’instinct de survie et ce besoin humain de communiquer, de partager avec autrui. Il y a Alfred évidemment mais aussi des événements le poussant à l’erreur, comme lorsqu’il tentera d’attirer un chat dans son bâtiment.

Difficile de ne pas penser à 28 jours plus tard et son réveil solitaire dans un hôpital londonien, mais contrairement au film de Danny Boyle, le lieu initial constitue l’unique décor d’une œuvre volontairement statique. De ce confinement découle une certaine langueur, une certaine austérité, épousant le triste quotidien de Sam qui s’évade dans la musique, qu’il s’agisse de jouer avec fureur de la batterie, quitte à attirer une cohorte de zombies sous ses fenêtres que dans des installations expérimentales avec des objets du quotidien. De cette situation extrême et accablante, le film dépasse le simple acte de survivre pour interroger la survie, notion aux tenants et aboutissants obscurs dans un tel contexte. Dans Je suis une légende, le solitaire Robert Nevill joué par Will Smith avait un but, celui de créer un antidote. Dans la plupart des films de zombies, il y a un objectif, celui d’un abri à atteindre, une ville ou un lieu qui serait préservé. L’espoir d’un Eden. Rien de cela n’existe dans cette œuvre coupée de toute information sur le monde extérieur, extérieur à ce bunker de fortune au cœur de Paris. Malgré tout, il manque comme un ingrédient, le dépassement d’un point de départ loin d’être original ou bien une tension supplémentaire pour faire de La nuit a dévoré le monde un grand film de zombies, mais ne boudons pas notre plaisir face à une œuvre réalisée avec du cœur et une vraie maîtrise technique. Un long métrage recommandé à tous les fanas de genre.

3 étoiles

 

La nuit a dévoré le monde

Film français
Réalisateur : Dominique Rocher
Avec : Anders Danielsen Lie, Denis Lavant, Golshifteh Farahani, Sigrid Bouaziz
Scénario de : Dominique Rocher, Jérémie Guez, Guillaume Lemans, d’après le roman éponyme de Pit Agarmen
Durée : 93 min
Genre : Horreur, Fantastique
Date de sortie en France : 7 mars 2018
Distributeur : Haut et court

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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