Critique : Judas and the Black Messiah

Montré directement sur la plate-forme MyCanal sans passer par la case cinéma, Judas and the Black Messiah de Shaka King établit un double portrait à l’aube des années 70 dans l’Illinois, lorsque le Black Panther Party s’érigeait en une menace de plus en plus forte aux yeux du gouvernement américain. L’histoire d’un jeune militant ambitieux et fédérateur, d’un infiltré tiraillé et ce qui les a tristement réuni.

Mauvais rôle

Le second long métrage de Shaka King, dont la carrière se déploie aussi dans le milieu du court métrage et de la série télévisée, s’inspire de faits réels pour retracer le rôle de William O’Neal (Lakeith Stanfield) dans la lutte du gouvernement américain face au Black Panther Party. Petite frappe solitaire, William se voit contraint de collaborer avec le FBI pour éviter une lourde peine de prison. Puisqu’il est indifférent à la lutte des droits des afro-américains, il ne voit pas le mal à infiltrer le Black Panther Party de Chicago afin de renseigner les fédéraux sur leurs agissements, jusqu’à devenir la pièce maîtresse d’une opération abominable. William gagne la confiance du leader local, Fred Hampton (Daniel Kaluuya), militant qui compte mettre un terme aux confrontations de gangs afin de renforcer leurs actions – et son action dépasse la condition raciale puisqu’il va même jusqu’à rencontrer des sudistes arborant le drapeau des confédérés. En somme, la convergence des luttes, qui inquiète fortement le FBI. Dans le contexte tendu qui suit l’assassinat de Martin Luther King, le combat passe autant par les discours habités que des confrontations mortelles avec la police. Dans sa position, William tente de sauver sa peau en mettant sa vie en péril au moindre faux pas auprès « des siens » comme avec la police.

Avec une réalisation pleine d’assurance, sans effets de style superflus et déployant quelques séquences percutantes, dans le choix des cadres et au montage, Judas and the Black Messiah nous conduit vers l’inéluctable, en faisant de Fred Hampton un meneur d’hommes et de femmes marqué par le sceau de la tragédie. Daniel Kaluuya brille dans ce rôle de tempérament, cette force qui se contraste par une véritable douceur sur le versant sentimental : ce militant qui dérange est un futur père. De Sicario à Queen & Slim sans oublier Get out, le charismatique acteur britannique s’est rapidement distingué au cinéma après des débuts à la télévision, jusqu’à cette consécration avec l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle en 2021 pour ce rôle. Face à lui (et étrangement placé dans la même catégorie aux Oscars), Lakeith Stanfield est aussi bluffant : fondamentalement, la proposition qu’accepte William lui donne le mauvais rôle, et celui qui se revendiquait apolitique le devient, en arme secrète du gouvernement. Autre élément passionnant soulevé par le film, la position également étrange de l’agent du FBI en contact avec William, Roy Mitchell (Jesse Plemons) : s’il nous est présenté comme un agent fidèle aux ordres de sa hiérarchie et convaincu qu’il faut déstabiliser les Black Panthers par tous les moyens, la tournure des événements laisse éclore une forme d’amertume, une infime fêlure qui interroge.

Alors que les bavures policières continuent d’agiter les Etats-Unis, comme très récemment avec la mort de Daunte Wright à Minneapolis, Judas and the Black Messiah permet d’étendre le regard sur une personnalité plus méconnue dans la lutte des droits des afro-américains par le prisme d’une figure effrayante, où s’exposent les terribles ficelles qui l’animent. Ou comment une institution gouvernementale peut corrompre les hommes jusqu’à la moelle en balayant d’un simple revers les lois. Il n’y a bien sûr aucune révélation ici, mais une piqûre de rappel qui glace toujours autant le sang.

4 étoiles

 

Judas and the Black Messiah

Film américain
Réalisateur : Shaka King
Avec : Lakeith Stanfield, Daniel Kaluuya, Jesse Plemons, Dominique Fishback, Ashton Sanders, Martin Sheen, Dominique Thorne
Scénario de : Will Berson, Shaka King
Durée : 126 min
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie en France : 24 avril 2021 sur MyCanal
Distributeur : Warner Bros. France

 

Images Copyright Warner Bros. France

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Beaucoup aimé ce film, ludique forcément, passionnant assurément, je mettrais un bémol sur le traitement de cet indic, car le film utilise des images d’archives qui contredisent le personnage du film je trouve, un peu façon balle dans le pied, qui démontre un certaine démagogie le concernant. mais ça reste très bon.

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