Les Arcs 2016 : glorieux final

Les deux derniers jours de festivités aux Arcs 2016 avec le programme court métrage 1, Corniche Kennedy, une soirée riche en émotion (et tartiflette), Les Derniers Parisiens, le palmarès, l’ultime film La Communauté et la folle soirée de clôture.

Le matin du jeudi 18 décembre, je retrouve, à quelques pas de la Salle des festivals des Arcs 2000, Grégory Audermatte, non plus en tant que festivalier au badge presse autour du cou mais membre du jury court métrage. Il me présente à François Theurel, le Fossoyeur de Films et nous entrons dans la salle, très peu peuplée, hélas, pour un programme de courts métrages rallongé de deux films, n’ayant pas pu être projetés auparavant au Taillefer, Journal animé et L’Ours noir, deux films très réussis et déjà vus à Clermont Ferrand en début d’année.

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De ce programme, on retiendra surtout le norvégien Ambulance de Sebastian Torngren Wartin, qui traite du regard porté sur l’étranger et de la communication. Une urgentiste fait face avec sa collègue à un groupe de roumains qui semble avoir demandé de l’aide pour leur voler du matériel. Un film plutôt fort par sa capacité à conduire le spectateur exactement où il le souhaite. Le programme s’ouvrait avec le très amusant A Brief History of Princess X de Gabriel Abrantes, documentaire délirant sur un phallus de bronze de Brancusi, narré de la voix de Laetitia Dosch. Le suédois Bitchboy de Berthas Måns proposait aussi un film intéressant sur les non-dits et traumatismes familiaux au travers de la volonté d’un petit garçon fan de black metal à brûler son grand-père tout juste décédé. Hormis le punitif Blanc de Paul Cioran, le programme 1 proposait une belle diversité des genres et sujets.

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Belle surprise que de se rendre un peu en avance de nouveau à la Salle des festivals en compagnie de Cyrille de Cinédingue, nous sortons du cabriolet pour tomber nez à nez avec Lola Créton et les deux autres comédiens de Corniche Kennedy, le film que nous allions voir. C’est donc en compagnie de Kamel Kadri (à gauche), Alain Demaria (à droite) et Lola Créton que nous faisons la route. L’année dernière, j’avais déjà sympathisé avec la comédienne française qui faisait partie du jury court métrage.

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Nous revoilà donc perchés au-dessus de Bourg Saint Maurice, cette fois pour le tout nouveau film de Lola, réalisé par Dominique Cabrera, Corniche Kennedy. Dans cette adaptation d’un roman éponyme de Maylis de Kerangal (Réparer les vivants), Suzanne (Lola Créton), se retrouve attirée par une bande de jeunes jouant à un jeu dangereux : un groupe d’ados se jette dans l’eau depuis des hauteurs vertigineuses, risquant de se fracasser sur les pierres en contrebas. Attirée par le manège, la jeune fille, issue de bonne famille, s’immisce parmi ces jeunes qui ont déserté les cours avant même l’été. Elle-même fuit le bac et trouve ici de nouvelles sensations fortes, un goût pour le danger que tutoient Mehdi (Alain Demaria) et Marco (Kamel Kadri) depuis des années. Impressionnant par les images de ces sauts, ce film, qui construit rapidement un triangle amoureux, porte un regard sensible sur cette jeunesse qui a trouvé son sport, son exutoire. Cet interdit qu’ils bravent et qu’ils essaient de réinventer. Mais si la police rôde, ce n’est pas seulement à cause des sauts, mais des activités de chauffeur de Marco pour un parrain de la drogue. Malgré cet élément, le film reste à hauteur de sa jeunesse, flottant dans le rêve d’une vie meilleure, d’une romance pour tout plaquer. Le mélange des comédiens amateurs (Kadri/Demaria) avec les professionnels (Créton/Maïga) fonctionne parfaitement et la réalisatrice Dominique Cabrera utilise la musique à la perfection pour insuffler du lyrisme à son film qui connaît seulement une baisse rythme après sa première moitié. Alors que l’étau se resserre sur Marco, la vraie nature de chaque membre du trio se révèle. Un film lumineux. A l’issue de la projection, les acteurs prennent la parole. On apprend alors qu’Alain et Kamel ont été repérés sur place par la réalisatrice, sur place en train de pratiquer des sauts qui demandèrent de l’entrainement à Lola – mais elle avoue que son plus grand saut fut doublé. Ayant aimé leur expérience face aux caméras, Kamel et Alain aimeraient continuer sur cette voie. Quant au travail de Lola avec des non-professionnels, il s’est déroulé le plus naturellement possible, sans prendre le dessus sur eux ni leur imposer de consignes.

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Après un apéro avec l’équipe du film sponsorisé par Cyrille – sa fameuse bouteille de champagne gagnée le deuxième jour du festival en course de luge –, retour à 2000 mètres, toujours ensemble, pour nous rendre au diner de clôture du Sommet des distributeurs-exploitants. Couverts comme jamais, équipés de flambeaux électroniques, nous continuons l’ascension à pied dans un froid incroyable pour gagner le Chalet des Arcs situé un peu plus haut sur les pistes. Une belle centaine de festivaliers se retrouve alors réunie pour déguster du vin et aussi se revigorer grâce à une délicieuse tartiflette. Repus, nous redescendons quelques heures plus tard à 1950 pour une nuit folle O’Chaud, avec une playlist rétro des plus plaisantes. Comme à son habitude, Lola Créton dynamite l’ambiance du bar, accompagnée par Lola Bessis, membre du jury court. En parlant de jury, on ne voit que Sebastian Schipper ce soir : quand on lui demande où sont passés ses camarades, il répond en riant « Tu ne veux pas savoir. » Le réalisateur et producteur allemand est un homme de mystères !

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Le lendemain règne la triste odeur de la fin. On ne connait pas le nom des courageux qui se sont attaqués aux dernières séances de 9H mais beaucoup ont réservé ces dernières heures pour dévaler une dernière fois les pistes ou profiter des espaces détente. Pour ma part, c’est un démarrage de journée en douceur avec la projection du film Les Derniers Parisiens à 14h, toujours en salle des festivals, mon fief de l’année, bien que le Taillefer propose un écran bien plus impressionnant : la proximité de la salle avec le village permet de circuler d’un point à l’autre en une dizaine de minutes maximum, tandis que le Taillefer rend dépendant des bus et de déplacements de 40 minutes minimum. Mais venons en au premier film de Hamé et Ekoué, du groupe de rap La Rumeur. Dans ce film, le duo saisit l’atmosphère d’un quartier, Pigalle, en suivant le parcours de deux frangins, Nas (Reda Kateb), tout juste sorti de prison, et de l’aîné Arezki (Slimane Dazi), proprio du bar Le Prestige. Filmé en caméra épaule, le film nécessite quelques minutes pour opérer son emprise sur le spectateur, cartographiant le célèbre quartier parisien au gré des déplacements de ses personnages. Pour Nas, il faut se tenir à carreau, garder un emploi – dans le bar de son frère – afin de ne pas regagner une cellule. Entre les deux frères, une tension, une incompréhension : un dialogue rompu. Grâce à d’anciens contacts, Nas se met en tête d’organiser des soirées au Prestige qui feront ses beaux jours. Avec sa galerie de personnages et ses digressions, Les Derniers parisiens se présente comme un film particulièrement organique, animé par des séquences de musiques électroniques entraînantes – pas de rap dans la bande originale –, mais aussi porté par le talent immense de Reda Kateb. Dans cette chronique qui tente de contrecarrer la fatalité et le déterminisme social, seuls la parole et l’humanité peuvent venir à bout des coups les plus durs. Une proposition de cinéma imparfaite mais sincère, avec un cachet original par ses scènes nocturnes.

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Quatre heures au Taillefer, c’est long, et c’est la durée que nous sommes restés assis pour enchaîner la cérémonie de clôture avec le nouveau film de Thomas Vinterberg, La Communauté. Une cérémonie somme toute classique, marquée par l’humour d’Olafur Darri Olafsson qui nous gratifia de l’étrange cri de guerre du jury, l’émotion tétanisante de la réalisatrice récompensée pour Layla M, Mijke De Jong, et des apparitions via Skype toujours aussi touchantes et drôles des primés absents.

Palmarès complet du 8ème Festival de cinéma européen des Arcs :

Flèche de Cristal
La Flèche de Cristal, en partenariat avec Hiventy, a été remise au long-métrage de Kristina Groseva et Petar Valchanov, Glory, distribué par Urban Distribution

Grand Prix du Jury
Le Grand Prix du Jury a été attribué à Home de Fien Troch et une mention a été remise à The Fixer d’Adrian Sitaru

Prix du Public
Le prix du Public, remis en partenariat avec France 4, a récompensé Layla M de Mijke de Jong.

Prix d’interprétation féminine
Le Prix d’interprétation féminine a été attribué à Nora El Koussour dans Layla M de Mijke de Jong

Prix d’interprétation masculine
Le prix d’interprétation masculine a récompensé le comédien Tudor Istodor dans The Fixer d’Adrian Sitaru, qui sortira le 1er mars 2017, distribué par Damned Distribution.

Prix de la Meilleure musique originale
Le prix de la meilleure musique originale, doté par la SACEM, a été attribué à Nicola Piovani pour L’Indomptée de Caroline Deruas, qui sortira le 1er février 2017

Prix de la Meilleure photographie
Le prix de la meilleure photographie a été décerné à Gösta Reiland pour Pyromaniac d’Erik Skojblærg.

Prix du Meilleur court-métrage
Le prix du Meilleur court-métrage, doté par Transfuge, a été attribué à Rhapsody de Constance Meyer. Une mention a été décernée à Ambulance de Sebastian Torngren-Wartin.

Prix du Jury Jeune
Les lycéens de Bourg Saint Maurice, Albertville et Chambéry ont remis le prix du Jury Jeune au film L’Indomptée de Caroline Deruas et une mention spéciale à Zoology d’Ivan Ivanovitch Tverdovskiy.

Prix Du Jury Presse
Le prix de la Presse, décerné par un jury de 4 journalistes des rédactions de Transfuge, Elle, La Repubblica et Le Journal des Femmes a été remis au film Glory de Kristina Groseva et Petar Valchanov. 

Prix Cineuropa
Le prix Cineuropa, attribué à un film produit ou co-produit par un pays participant au programme MEDIA ou membre du programme Eurimages, a été remis au film Lady Macbeth (The young lady) qui sortira le 12 avril 2017, distribué par KMBO.

Prix Work-in-Progress
− Le prix « Eurimages Lab Project Award » d’un montant de 50.000 euros en numéraire. Ce prix est destiné à un projet innovant et non traditionnel en terme de contenu et de production. Il a été remis à « The Hidden City » de Victor Moreno produit par El Viaje Films (Espagne) et Pomme Hurlante Films (France)
– Le prix Hiventy, d’une valeur de 10.000 euros sous forme de prestations de post-production offerts par le laboratoire Hiventy. Il a été remis à « Good Luck » de Ben Russell (US) produit par KinoElektron (France) et CaSk Films (Allemagne) 

Prix Arte-Village des Coproductions
Le prix Arte International – €. 4.000 euros en numéraire pour le développement d’un projet – a été remis à : « The Father Who Moved Mountains » de Daniel Sandu produit par Mobra Films (RO).

Le Prix 20Minutes d’Audace
Le Prix 20Minutes d’Audace remis par un jury de six journalistes du quotidien « 20 Minutes » a été remis à Zoology, d’Ivan Ivanovitch Tverdovskiy, distribué par Arizona Distribution.

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La dernière séance est donc assurée par Thomas Vinterberg. Sur scène, le réalisateur danois nous indique qu’il a souhaité raconter sa propre et joyeuse expérience dans une communauté mais qu’en bon scandinave, la noirceur prendra forcément le dessus dans le récit. C’est vrai, il se passe des choses douloureuses dans La Communauté, mais ce film qui traite principalement des sentiments, de la naissance et de la disparition du désir, du désir qui change d’objet, est loin d’être un film cafardeux. Erik (Ulrich Thomsen), professeur d’architecture, hérite d’une vaste demeure. Sa femme Anna (Trine Dyrholm), présentatrice TV, et leur fille Freja (Martha Sofie Wallstrøm Hansen) souhaiteraient l’investir mais l’entretien d’un tel lieu est trop important. Sous l’impulsion d’Anna, Erik accepte de partager ce toit avec des amis et inconnus, de former une communauté. Sur un ton léger, le film de Vinterberg glisse alors qu’Erik est charmé par une étudiante, Emma (Helene Reingaard Neumann). Erik ne cache pas la vérité à sa femme et part vivre son aventure avec Emma, résidant dans l’université sans aucun confort. Anna propose alors un test, approuvé par les autres membres de la communauté, laisser Erik venir avec sa nouvelle compagne, mais la présentatrice ne se doutait pas du mal qu’elle allait alors s’infliger à elle-même puis à tous les autres résidents. Ce film nostalgique, parcouru par des balades rock, confronte la femme au temps, Emma étant un miroir vers la jeunesse d’Anna. L’actrice Trine Dyrholm impressionne, périclitant au fil des jours face à l’abandon de son mari, cette nouvelle femme dans la demeure, d’une grande sympathie, mais à l’origine de cette situation malsaine pour tous. Une situation si délicate pour Anna que même son boulot se retrouve en péril, nourrissant le mal être déjà horrible. Sans tomber dans le sentimentalisme exacerbé ou dans le mélodrame maladroit, Vinterberg saisit avec ce noyau central une problématique rarement traitée avec autant de finesse, et même si le danois sort une carte facile en fin de film – sans pour autant duper le spectateur –, La Communauté se positionne comme son film le plus intéressant depuis Submarino. Alors que le festival c’était ouvert sur un groupe de jeunes en chaises roulantes, solidaires face à leurs accidents respectifs, il s’achève ici sur un autre groupe, des colocataires solidaires dans le quotidien comme face à la douleur. Les Arcs 2016 aurait-il voulu faire passer comme message qu’ensemble, tout n’est peut-être pas possible mais chaque épreuve plus facile ?

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Le repas de clôture se déroule chez Luigi avec un cocktail dînatoire à base de gratin de crozets. Je tombe sur les équipes de Studio Uha ! qui me proposent d’apparaître dans leur prochaine vidéo de French Food Porn. Le rendez-vous est pris et mis à exécution peu après la fin du concert de The Pirouettes, suivi un peu en dilettante. Auparavant, avec Cyrille, nous avons la joie de nous entretenir avec le réalisateur de The Young Lady, William Oldroyd, et la comédienne Florence Pugh. Nous parlons du film bien entendu, de la force de son récit et de sa photographie, du jeu de Florence, des courts métrages précédemment réalisés par William, et puis, nous passons au climat, pas ce froid qui nous gratifie d’une température ressentie de – 11°C mais du climat politique, du Brexit, de l’avènement de Trump et de l’avenir de la France. William nous dit qu’il suivra nos élections de près. Suite à ça, désertion de la soirée de clôture pour retrouver O’Chaud une dernière fois. C’est d’ailleurs là aussi que se trouve le jury – Radu Mihaileanu aura d’ailleurs dit quelques tendres mots sur ce bar lors de la clôture. Il y a naturellement moins de festivaliers, la plupart étant Chez Luigi, mais l’ambiance est comme d’habitude électrique jusqu’à la fermeture sur les coups de 4h. Pour beaucoup, le samedi matin sera synonyme de départ, alors, pour ceux qui ne veulent rien lâcher à la nuit, la fête continue au 7ème étage du Manoir Savoie. Après quelques déconvenues pour lancer de la musique, le son envahit la pièce, alors recouverte par des cris de joie. On achève les dernières bouteilles sans penser aux dernière forces qu’il faudra donner pour s’asseoir dans un TGV au pied de la montagne, direction la vie normale, avant un prochain épisode de ce festival chaleureux, petit vecteur d’espoir d’une Europe vaillante, qui mettrait en lumière les injustices pour mieux les combattre, comme dans le magnifique film bulgare Glory, grand vainqueur de cette édition. Une oeuvre réalisée à deux, une femme, Kristina Grozeva, et un homme, Petar Valchanov, avec deux grands rôles principaux jouant aussi la parité avec Margita Gosheva et Stefan Denolyubov. Glory, presque un symbole pour cette édition s’étant penchée sur les réalisatrices.

Un grand merci aux équipes du festival, des bénévoles aux attachées de presse en passant par Anne du Sommet, Allociné et les équipes partenaires pour cette magnifique semaine sous le signe du cinéma et de la magie montagnarde.

Article rédigé par Dom

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