Cannes 2016 : Palmarès et bilan

Le 69ème Festival de Cannes, présidé par George Miller, s’est achevé dimanche soir. Retrouvez ici le palmarès de la sélection officielle ainsi que mon bilan personnel de cette édition. Crédit photo ci-dessus Anne Christine Poujoulat / AFP.

Si vous aviez lu mes pronostics, vous avez pu constater que j’avais tout faux. Tout faux sur mes paris et chouchous, mais tout faux sur mon programme : l’impasse volontaire sur Moi, Daniel Blake de Ken Loach me coûte d’avoir manqué pour la première fois en six années la Palme d’Or. L’impasse sur Le Client, récupérant le prix d’interprétation masculine ainsi que celui du scénario – mais j’ai rattrapé mon erreur avec l’ultime séance du festival en salle Buñuel. Et puis il y a aussi ce Grand Prix, remis à Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, une œuvre qui m’a semblé inaboutie. Une récompense qui donne d’autant plus envie de revoir le film en dehors du tourbillon cannois. Un palmarès assez inattendu, loin des attentes de la presse qui voyait déjà le sacre de Toni Erdmann, finalement reparti bredouille. Comme l’a dit George Miller en conférence de presse, il y avait 21 films en compétition et le jury ne peut remettre que huit prix : le palmarès est le résultat de débats et de choix qu’il faut accepter.
Ce n’est ni la presse, ni les festivaliers qui remettent les prix, et bien que que Jeff Nichols passe à nouveau inaperçu au palmarès, tout comme Park Chan-wook qui pouvait décrocher la mise en scène, sinon le prix du meilleur scénario, le plus important reste l’existence même de ces œuvres que vous pourrez découvrir prochainement.

Ken Loach tient sa deuxième Palme d'Or Photo © Loïc Venance / AFP

Ken Loach tient sa deuxième Palme d’Or
Photo © Loïc Venance / AFP

Palmarès du 69ème Festival de Cannes :

LONGS MÉTRAGES

Palme d’or

I, DANIEL BLAKE (Moi, Daniel Blake) réalisé par Ken LOACH

Grand Prix

JUSTE LA FIN DU MONDE réalisé par Xavier DOLAN

Prix de la Mise en scène (ex æquo)

Cristian MUNGIU pour BACALAUREAT (Baccalauréat)
Olivier ASSAYAS pour PERSONAL SHOPPER

Prix du Scénario

Asghar FARHADI pour FORUSHANDE (Le Client)

Prix du Jury

AMERICAN HONEY réalisé par Andrea ARNOLD

Prix d’interprétation féminine

Jaclyn JOSE dans MA’ ROSA réalisé par Brillante MENDOZA

Prix d’interprétation masculine

Shahab HOSSEINI dans FORUSHANDE (Le Client) réalisé par Asghar FARHADI

Le jury de la CST a décidé de décerner le PRIX VULCAIN DE L’ARTISTE-TECHNICIEN à : SEONG-HIE RYU, pour sa direction artistique, d’une grande inspiration, du film MADEMOISELLE réalisé par PARK Chan-Wook.

COURTS MÉTRAGES

Palme d’or

TIMECODE réalisé par Juanjo GIMENEZ

Mention spéciale du Jury

A MOÇA QUE DANÇOU COM O DIABO (La Jeune fille qui dansait avec le diable) réalisé par João Paulo MIRANDA MARIA

CAMÉRA D’OR
DIVINES réalisé par Houda BENYAMINA, présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs

A découvrir aussi les Palmarès Un Certain Regard ; La Quinzaine des réalisateurs ; Semaine de la Critique.

Cannes 2016 : Bilan personnel 

Pour parler chiffres, mon Cannes 2016 aura été composé de :
29 longs métrages (20 Sélection officielle, 3 Un Certain regard, 4 Quinzaine des réalisateurs, 2 Semaine de la Critique)
5 courts métrages (Semaine de la Critique)
Dans le monde de la nuit, 4 soirées à la Villa Schweppes, 2 soirées de la Semaine de la Critique à la plage Nespresso, un passage sur un bateau et n’oublions pas en début de festival une Welcome Party parfaite pour se jeter à l’eau.
Et enfin, une journée de partenariat exceptionnelle avec Nespresso.



Cinéma infini…

Cannes 2016 aura été un grand festival de cinéma : nous ne savions pas où donner de la tête tant les séances alléchantes se chevauchaient dans toutes les sélections du festival. Bien entendu, il y a eu des déceptions, chose naturelle avec des cinéastes de renom dont on attend toujours d’être au sommet de leur art (Almodovar, Jarmusch, Penn). Mais ces déceptions sont contrebalancées par des grands qui resplendissent, comme Alejandro Jodorowsky, Park Chan-wook, Na Hong-jin ou encore Andrea Arnold (Prix du jury). D’un autre côté, aucun film ne m’a fourni une gifle équivalente à Mad Max Fury Road, Le Fils de Saul, Love ou encore The Lobster, films de l’édition précédente. Poésie sans fin de Jodorowsky est probablement le plus marquant, tout en restant très humble. Une œuvre autobiographique originale, terriblement drôle et touchante, intelligente et sage : quels réalisateurs peuvent se permettre de donner autant dans un si court laps de temps ?

"Poésie sans fin" d'Alejandro Jodorowsky

« Poésie sans fin » d’Alejandro Jodorowsky

Une flopée d’images ressurgissent déjà, une danse lumineuse et grisante de Soko dans La Danseuse, la perdition du personnage principal de Rester Vertical, la force du propos de Baccalauréat, la palette de jeu de Virginie Efira dans Victoria, l’humour de Jeff Bridges dans Comanchiera, la tendresse se dégageant de Joel Edgerton allongé sur les jambes de Ruth Negga dans Loving, la violence d’une enfant battue avec des boules de geisha dans Mademoiselle, le visage de Kristen Stewart saisi par l’effroi dans Personal Shopper, les inquiétants défilés de The Neon Demon, les virées en musique de American Honey, tant de scènes touchantes par leur émotion, leur originalité ou encore leur technique. Cannes 69 aura su conjuguer les plaisirs les plus simples aux réflexion les plus profonde dans une valse endiablée de sensualité, de tendresse, de vindicte et de violence.

Jessica Chastain ouvrit le bal Photo © Vincent Desailly

Jessica Chastain ouvrit le bal
Photo © Vincent Desailly

Rarement autant de célébrités ont foulé le tapis rouge dans une seule édition, et j’aurai eu la chance de croiser la route ou d’apercevoir Paolo Sorrentino, Willem Dafoe, Virginie Efira, Steven Spielberg, Kristen Stewart, Alice Isaaz, Robert De Niro ou encore Mel Gibson. Du côté des marches, ce n’est certainement pas la plus glamour que nous retiendrons, mais la plus cool et énergique, celle de American Honey en plein après-midi – quelle aurait été l’ambiance en soirée ? –, pour laquelle Kristen Stewart avait aussi fait le déplacement :

The Limiñanas électrisant la Villa Schweppes Photos © Cédric Canezza / Villa Schweppes

The Limiñanas électrisant la Villa Schweppes
Photos © Cédric Canezza / Villa Schweppes

…mais la fête est finie…

Depuis ma découverte de Cannes, en 2011, les nuits sont de moins en moins festives, enfin, surtout depuis l’année 2013, année de transition marquée par des départs, comme la Villa Inrocks, mais aussi l’arrivée de la Plage Magnum – devenue aujourd’hui totalement inaccessible, forteresse VIP aux attachés de presse méprisants. En 2015, on pouvait toujours compter sur La Chambre Noire pour lancer la soirée, lieu qui compte désormais parmi les disparus. Cette année, il nous restait alors la Villa Schweppes, toujours nichée au-dessus du Casino dans le club Les Marches. Entre soirées de films et concerts, de The Limiñanas à M, c’était bien le lieu pour que la nuit resplendisse tandis que le Silencio et le club de chez Albane restaient les valeurs sûres d’une élite privée aussi des plus grosses fiestas dans des villas à l’écart de la croisette. Côté plage, en rayant Magnum des listes du possible, il restait les soirées des films de la Semaine de la critique (Plage Nespresso) et des films de la Quinzaine des réalisateurs. Extinction des feux à deux heures précises, comme d’habitude.
Le faste et l’extravagance ont disparu, les soirées où l’on pouvait gratter une place pour un ou une amie sont un lointain souvenir aussi, même Le Petit Majestic, ce bar convivial qui réunissait les festivaliers par paquets de cinquante dans la rue avait perdu de son éclat : le rideau tombait à 2h30 alors que c’était l’endroit idéal pour retrouver sans aucune prise de tête les festivaliers jusqu’à une heure indécente avant de se lancer dans une nouvelle journée de projection. En cause, le bruit, et donc un voisinage incapable de supporter un peu plus de vie dans leur quartier l’espace d’une dizaine de jours. Mais je ne suis pas un spécialiste du passé festif de Cannes, pour aller plus loin, je vous propose cet intéressant article du Nouvel Obs – merci à Laetitia.

…et la réalité rejaillit.

Après la parenthèse enchantée que représente toujours le Festival de Cannes, le monde réel vous revient au visage comme une porte ouverte que l’on vous claquerait au nez sans crier gare. C’est douloureux mais on s’y habitue. Il faut faire ses heures d’intermittences, pousser à bout de bras ses projets, se rendre compte aussi que le pays n’a pas changé par magie, au contraire, on s’enfonce un peu plus chaque jour à l’aide d’un gouvernement lamentable et dédaigneux, complètement déconnecté du monde réel. Au fond, d’aucuns critiquent le tapis rouge cannois, ses paillettes et ses stars qui ne représentent même pas la réalité du métier : dans le cinéma, on se salit et on transpire, on se crève à la tâche sans compter les heures sur le plateau. Car c’est la passion qui nous anime, tous. Mais Cannes est un aboutissement, une récompense pour certaines œuvres et équipes, un moment d’exception, une déconnexion du réel pour un moment qui confine à l’onirisme. Ceux qui nous dirigent sont déconnectés du réel, et ce, tout au long de l’année. Dès lors, comment les pousser hors de leur tapis rouge pour qu’ils découvrent le quotidien de la foule, celle agglutinée derrière les barrières de sécurité ? C’est probablement une belle chose que d’avoir sacré de la Palme d’Or un film social, et peut-être que Moi, Daniel Blake deviendra le symbole d’une époque d’inégalités et d’indifférences qui devrait nous révolter chaque matin tant qu’elles feront partie de nos vies. Comme le dit le réalisateur en recevant la Palme, « Un autre monde est possible et nécessaire. »

Et pour ne pas terminer cet article par l’amertume d’un citoyen ordinaire, quelques remerciements aux personnes et sociétés qui m’ont accompagné et aidé durant le 69ème Festival de Cannes :
Mes colocataires Alexis, Robin et Jonathan, Nespresso et l’agence 14 Septembre (Joy, Thomas et Tiffany), Schweppes et David, Patrick, le maître des accès, et enfin Solène, Nico, Zoltan, Sandrine et Maxime – j’oublie probablement quelques personnes et m’en excuse déjà ! Sans oublier un grand merci aux équipes du festival, au service de presse, aux accès et la sécurité, qui pour la très grande majorité, se caractérisent par une gentillesse et une disponibilité remarquables.
Rendez-vous en mai 2017 !

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Je suis surpris que tu ais aimé love, que j’ai trouvé vulgaire pour ma part, mais d’accord avec toi pour le reste!

    Merci pour cet article et ces nouvelles idées de films.

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