Cannes 2016 : Des fantômes

Cannes 2016 jour 8, jour des fantômes avec The Strangers (Goksung) de Na Hong-jin – en photo ci-dessus -, Personal Shopper d’Olivier Assayas, et enfin, un écart dans le genre avec La Fille inconnue des frères Dardenne. La nuit, c’était toujours et encore à la Villa Schweppes.

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Il y a des séances à l’accès compliqué, comme en feront l’expérience les badges presse jaune et bleu pour voir le nouveau Xavier Dolan dans la soirée, mais aussi des séances tristement désertées : à 11H30, c’est un Grand Théâtre Lumière rempli au trois-quart qui nous offrait pour sa première projection The Strangers (Goksung), réalisé par Na Hong-jin, auteur des thriller The Chaser et The Murderer. Dans un village en Corée niché dans une région vallonnée, un japonais s’installe dans la forêt : débute alors une étrange épidémie meurtrière qui dépasse d’emblée les forces de l’ordre. Ce qui débute comme un pur thriller comme Memories of murder évolue à la façon d’un mutant vers le film de fantômes et de possession. En perpétuelle évolution, The Strangers se montre tantôt drôle, tantôt repoussant par sa violence et sa propension à montrer le mal absolu régner. Pour Jong-gu, flic maladroit – force comique de la première partie du film –, l’affaire va le frapper directement puisque sa jeune fille montre des signes de possession similaire au précédent cas ayant conduit au massacre d’un couple. Entre rituels sataniques et intervention impressionnante d’un chaman, le nouveau long métrage de Na Hong-jin plonge tout un groupe de villageois face à des phénomènes surnaturels et violents. Plus complexe qu’il n’y paraît, The Strangers invite à questionner préjugés et apparences dans un torrent de violence rageuse. On ressort soufflé de ce film impressionnant.

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L’après-midi, rattrapage de Personal Shopper en étant aussi rattrapé par la somnolence hélas, d’autant plus que le film construit une atmosphère de film d’épouvante qui nécessite un repos disparu afin de s’en imprégner. Maureen (Kristen Stewart, dans un rôle compliqué de solitaire qu’elle saisit avec brio) vit à Paris d’un job particulier : elle fait les courses de luxe pour une star tout en étant poursuivi par l’esprit de son frère Lewis. L’approche du film de fantôme d’Assayas s’aligne aussi sur une menace indéterminée, au travers d’inquiétant SMS que reçoit l’héroïne. Entre les grincements de plancher et verres chutant sans raison, le cinéaste français reprend les codes du genre pour son portrait atypique auquel il manque quelques ingrédients pour saisir totalement – l’aspect policier se montre d’ailleurs peu convaincant. Quoi qu’il en soit, cette seconde collaboration Assayas/Stewart, suite à Sils Maria, montre que l’actrice révélée dans Twilight continue de grandir comme une comédienne de grand talent.

Agoria aux platines Photo Cédric Canezza

Agoria aux platines
Photo Cédric Canezza

« Tu vas à quelle soirée ? Tu peux pas me faire entrer ? » est ce qu’on entend le plus à partir de 19h : cette année, difficile de sortir en groupe tant les cartons d’invitation sont rares et les listings limités. Pour ma part, c’est au fief de l’année, l’un des rares survivants des années 2010 de la croisette, la Villa Schweppes que débute la soirée. Au programme sur scène et aux platines, Anja, Agoria avec Oxia et enfin MA/ JI. L’ambiance est toujours aussi festive mais pour ma part, l’énergie n’y est plus. A ce stade du festival, il faut faire attention à ne pas devenir un zombie ou un fantôme de la croisette, les différentes sélections nous réservant encore de beaux films.

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Notes sur la matinée : c’était La Fille inconnue des frères Dardenne qui ouvrait le bal des projections le matin. Un film fort décevant qui suit la logique de Deux jours, une nuit, chronique sociale dont la véracité ne tient pas pour deux raisons, une direction d’acteur parfois déplorable, et un scénario qui se déroule comme un programme sans accro ni détours. Adèle Haenel (qui manque étonnement souvent de justesse) est une médecin généraliste touchée par les remords et la culpabilité : un soir, après la fermeture de son service, elle a refusé d’ouvrir la porte à une jeune femme visiblement en détresse et qui fut retrouvée morte quelques heures après. Du porte à porte de Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit, les Dardenne glisse vers l’enquête menée par une femme consciencieuse et aimée par ses patients. Prévisible et peu touchant par son dispositif, La Fille inconnue déçoit fortement.

Article rédigé par Dom

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