Cannes 2016 : L’Amerique

Cannes 2016, cinquième avec Ma vie de Courgette, American Honey et Paterson. On a aussi participé au lancement d’une nouvelle vodka : la Black G ! Ci-dessus, une image du film AMERICAN HONEY.

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La journée débute à la Quinzaine des réalisateurs pour un film d’animation, en pâte à modeler, de Claude Barras, Ma vie de Courgette. C’est Céline Sciamma qui a signé le scénario de cette tendre et touchante histoire d’un petit garçon surnommé Courgette, atterrissant à l’orphelinat suite au décès accidentel de sa mère alcoolique. D’emblée, ces personnages aux immenses têtes, oreilles et nez rouge, charment. Il y a un regard doux, des dialogues qui font mouche, que ce soit dans l’émotion ou dans l’humour. Dans l’orphelinat, où vit seulement un petit groupe de gamins, l’objectif est la reconstruction dans la solidarité, malgré une tête dure répondant au prénom de Simon, mais qui s’avère loin d’être mauvais. Pour Courgette, le sourire réapparaît lorsqu’une nouvelle arrive, Camille, dont il tombe amoureux. Ces enfants d’une dizaine d’année s’interrogent d’ailleurs drôlement sur la sexualité tout en portant en eux la nostalgie de la cellule familiale – belles scènes lors de la sortie en montagne. Avec une magnifique bande originale de Sophie Hunger, Ma vie de Courgette pose un regard émouvant sur des enfances brisées, mais qui peuvent toujours être sauvées à l’aide d’adultes bons. On quitte cette chronique sur une sublime reprise de Noir Désir, Le Vent nous portera, très vite noyée sous les applaudissements d’une salle conquise.

En blanc immaculé, Riley Keough

En blanc immaculé, Riley Keough

L’événement de l’après-midi, c’est American Honey en compétition officielle avec sa montée des marches. J’ai la chance de croiser Shia LaBeouf et la comédienne Riley Keough avant le début du tapis rouge. Un tapis rouge marquant : lorsque Shia LaBeouf rejoint l’équipe après avoir signé des autographes aux festivaliers et touristes présent face au tapis, tout en acceptant les selfies, c’est toute l’équipe qui a commencé à danser sur le morceau emblématique du film, Choices de E-40. Même Thierry Frémaux s’est prêté au jeu tandis que Kristen Stewart filmait la scène avec son téléphone portable ! Mémorable.

Un tapis rouge devenu dancefloor

Un tapis rouge devenu dancefloor

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Dans son nouveau long métrage, Andrea Arnold suit une jeunesse américain marginalisée mais communautaire, écumant les routes pour gagner sa croûte, ayant troqué la routine du métro-boulot-dodo pour du porte à porte sans avenir mais qui leur permet de survivre dans une Amérique marquée par les inégalités. C’est au travers de Star (Sasha Lane, géniale pour son premier rôle) que l’on est introduit dans le groupe d’adolescents et jeunes adultes mené par Krystal (Riley Keough, petite fille d’Elvis Presley), proposant de ville en ville des abonnements à des magazines. Mais c’est Jake qui a trouvé Star sur la route. Un hasard qui tourne à ce qui ressemble à un coup de foudre, mais toute relation sentimentale est proscrite dans cette aventure en mini-van. Pour Jake (Shia LaBeouf), chaque maison est l’opportunité de trouver un nouveau rôle, de nouveaux mensonges pour extirper quelques dollars. Star ne peut pas jouer à ce jeu, elle n’est qu’honnêteté et respect de la vie – tous ces insectes qu’elle va sauver au long du film comme une mère nature tatouée, à la belle chevelure de dreadlocks. Sur la route, la musique rap envoie son flow et ses basses alors que les paysages défilent. Des quartiers riches aux quartiers pauvres, le quotidien semble se répéter avec pour seul danger la méfiance de Krystal envers la nouvelle de l’équipe, mais plane aussi l’espoir d’une histoire d’amour sédentaire. Pour ce road-movie, Andrea Arnold choisit la caméra épaule, toujours proche de ses comédiens, mais aussi un format carré cloisonnant, limitant les espaces proposés par les Etats-unis. Que reste-t-il du rêve américain lorsque la liberté d’entreprendre n’a plus d’importance, seul les billets verts comptant dans ce voyage aux confins de la plus grande misère ? American Honey ne pointe personne du doigt, vibre d’une énergie propre à la jeunesse, avec en son centre une magnifique comédienne. Un certain goût de la liberté, et un prix qui n’est pas loin au palmarès.

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Puisqu’il n’est pas possible de découvrir Paterson de Jim Jarmusch à sa première projection presse, direction le Lady Jersey, un yacht où quelques festivaliers ont l’honneur de découvrir une nouvelle vodka, la Black G, qui a pour particularité de comporter du caviar dans sa composition. Une nouveauté française, cette vodka distillée cinq fois ayant été créée par Gaël Bonnel Sanchez. Difficile de détecter le caviar en dehors des shooters, les cocktails noyant sa subtile singularité, mais la Black G se savoure comme une vodka de luxe. Buffet, DJ set soutenu par un saxophoniste et la présence d’acteurs comme Eriq Ebouanney lance un début de soirée très réussie, mais qui s’arrêtera hélas à quai…

Adam Driver en bus driver

Adam Driver en bus driver

… car Paterson, vu de justesse en salle Bazin, se montre décevant. Retour aux Etats-Unis, à Paterson, New Jersey, pour suivre la semaine d’un chauffeur de bus passionnée de poésie, aussi prénommé Paterson (Adam Driver, qui continue aisément son ascension comme un acteur majeur de sa génération). De la poésie, Jim Jarmusch en manque fortement dans cette histoire de couple atone – la compagne est jouée par une Golshifteh Farahani peu convaincante – où les vers s’inscrivent à l’image au fil de la pensée de son auteur qui ne semble guère épanoui dans son mariage. Il y a une certaine profondeur philosophique dans cette œuvre, notamment grâce à une scène clé avec un touriste japonais en bout de film, mais tout est criblé par de futiles tics du réalisateur, des répétitions de motifs qui ne servent qu’un humour de l’incongrue. Un Jarmusch mineur, voire décevant.
Si la nuit aurait pu s’achever en apothéose, la cruelle loi du carton d’invitation comme pourrait dire Vincent Lindon fait parler sa dureté : impossible d’accéder à la Plage Magnum où la fête de la soirée American Honey bat son plein. Il y a des jours comme ça, à Cannes, mais lundi propose de nouvelles promesses de cinéma et de fêtes nocturnes.

Article rédigé par Dom

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