Critique : Jodorowsky’s Dune

Le new-yorkais Frank Pavich réalise avec Jodorowsky’s Dune un documentaire fabuleux sur l’un des plus grands films de science-fiction jamais réalisé : Dune par Alejandro Jodorowsky. Plongeant au cœur du projet, le film dépasse l’exploration de ses reliques pour aboutir à un message sublime sur la création et la persévérance.

Je suis Dune

Alejandro Jodorowsky est un artiste majeur de notre époque : mime, metteur en scène, romancier, auteur de performances, le chilien est un touche-à-tout qui a marqué le cinéma en une poignée de films, dont le tout premier « midnight movie », El Topo, et qui réalisa trois ans plus tard, en 1973, le chef d’œuvre surréaliste et mystique La Montagne sacrée. Pour quiconque appréciant le cinéma de Jodorowsky et la science-fiction, c’est un crève-cœur que son projet n’ait jamais été réalisé car il aurait été probablement grandiose, ce que confirme ce documentaire hallucinant par l’ambition du cinéaste en personne, qui raconte cette folle aventure avec son producteur Michel Seydoux. Jodorowsky’s Dune suit le projet dès sa genèse, passionnant parcours où Jodorowsky rechercha ses « guerriers spirituels », les personnes qui, des deux côtés de la caméra, se montreraient à la hauteur du projet, pas seulement comme techniciens et artistes mais sur le plan spirituel. Ainsi, on apprend comment Jodorowsky s’est approché de Douglas Trumbull, qui a travaillé sur les effets spéciaux de 2001 : l’odyssée de l’espace pour finalement ne pas l’embaucher : l’homme était trop arrogant. Lui sera préféré Dan O’Bannon qui avait travaillé (seulement) sur le Dark Star de John Carpenter. Il est intéressant de voir que le parcours de Jodorowsky pour monter son équipe ressemble étrangement à celui de son personnage dans El Topo, voguant de lieu en lieu vers les maîtres du désert qu’il ne doit pas vaincre mais séduire.

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Grâce à la musique psychédélique de Kurt Stenzel, ce documentaire riche en dessins et pages de storyboard, dont une animation complète de la première scène du film, emporte le spectateur dans le spectre du film, permettant d’avoir une idée très précise de ce qu’aurait pu être ce Dune – car un Dune fut réalisé quelques années plus tard par David Lynch, malheureusement, la production plomba totalement le travail du cinéaste. En plus de s’être magnifiquement réapproprié l’histoire, Jodorowsky avait réuni un casting incroyable : David Carradine, Salvador Dali, Orson Welles, Amanda Lear, Mick Jagger et son fils Brontis devaient camper les personnages du roman de Frank Herbert. Pour chacun, Jodorowsky raconte avec nostalgie et humour comment se sont déroulées les rencontres et négociations, tandis que la composition de son équipe artistique fait aussi rêver, avec Moebius pour dessiner le storyboard complet du film et H.R. Giger en charge des décors. Pour la musique, pas moins que Pink Floyd et Magma ! Difficile de ne pas saliver face à tant de talents réunis, mais aussi de s’étonner face aux travaux de H.R. Giger qui préfigurent déjà Alien de Ridley Scott. Si le film de Jodorowsky n’aura pas été réalisé, un magnifique livre comprenant les dessins, peintures et le storyboard complet est passé de mains en mains dans les studios hollywoodiens – un livre que l’on aimerait voir édité un jour à partir des rares exemplaires existants ! Stupéfaction de voir des plans du storyboard se retrouver dans des films tels que Flash Gordon ou encore Star Wars mais surtout de voir la collaboration entre O’Bannon et Giger donner naissance à l’un des plus grands films de science-fiction existant, Alien.

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Dune par Jodorowsky n’est pas devenu un long métrage mais un fantôme nourricier pour de nombreuses œuvres, pas seulement au cinéma, le chilien s’étant alors tourné vers d’autres formes d’expressions artistiques, en compagnie de Moebius, notamment avec la bande dessinée L’Incal. Comme le dit Brontis, son fils qui devait jouer Paul, de nombreux films clament « Je suis Dune », portant l’héritage de cette œuvre spectrale dont nous parvenons à obtenir une image assez précise et merveilleuse grâce à ce documentaire qui, loin d’attrister sur le sort du film, transmet l’envie de créer, toujours et encore, sans jamais lâcher prise. Vision inespérée, Jodorowsky’s Dune est autant un voyage fabuleux pour tout cinéphile qu’une leçon de vie universelle. Nous devons tant à Alejandro Jodorowsky !

5 étoiles

 

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Jodorowsky’s Dune

Film américain
Réalisateur : Frank Pavich
Avec : Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger, Nicolas Winding Refn, Brontis Jodorowsky
Durée : 88 mn
Genre : Documentaire
Date de sortie en France : 16 mars 2016
Distributeur : Nour films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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