Critique : The Walk – Rêver plus haut

Dans The Walk : rêver plus haut, Robert Zemeckis revient sur l’exploit de Philippe Petit, funambule qui, le matin du 7 août 1974, se balada entre les Twin Towers. Un film inégal, dont la force et l’émotion passent aussi par la reconstruction du World Trade Center.

Reconstruction

L’histoire a déjà été traitée au cinéma, l’exploit de Philippe Petit a même été couronné de l’Oscar du Meilleur documentaire avec Man on Wire de James Marsh. Une œuvre merveilleuse, qui revient sur les coulisses d’un geste artistique fou, celui de marcher sur un fil entre les deux tours du World Trade Center. Un projet qui prit l’allure de la préparation d’un braquage, car si Philippe défia le vide seul, ce fut grâce à l’aide de plusieurs acolytes, sans lesquels l’infiltration dans les tours avec le matériel nécessaire pour la traversée aurait été impossible. The Walk : rêver plus haut dépasse l’événement pour se dresser en biopic consacré à Philippe Petit, reconstruire le fil de son exploit mais surtout reconstruire le World Trade Center, peut-être ce qu’il y a de plus émouvant et troublant dans le film. Habitués aux images de destruction du 11 septembre 2001, nous voilà face à des tours sur le point d’être achevées, étincelantes, impressionnantes et comme indestructibles. Peut-être que ce film marque une étape dans le cinéma américain, le dépassement du traumatisme par l’hommage artistique, la résurrection numérique. Malgré la beauté de ce geste, le nouveau Zemeckis se montre mineur, notamment à cause de sa première partie contant la jeunesse de Philippe Petit dans une France vue surtout par le prisme du cliché, et dans laquelle il faut ajouter l’accent de l’acteur Joseph Gordon-Levitt, plongeant certains échanges dans le grotesque – bien que son français soit bon, il n’approche pas ce qu’on attend d’une langue maternelle ! Il y a aussi un triste choix de narration : Philippe Petit, au sommet de la Statue de la Liberté, s’adresse au spectateur face caméra. Voix-off et confidences directes donnent un aspect désuet à une œuvre visant à exploiter les dernières techniques en matière de cinéma numérique.

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Dans sa dernière ligne droite, le film illustre alors les événements abordés par Man on Wire pour nous conduire jusque sur le fil, chose alors inédite. La 3D contribue au vertige que provoque la caméra de Robert Zemeckis, flottant autour de l’intrépide funambule. Si les sensations sont garanties, la poésie de l’exploit se voit réduite par la voix-off, cette volonté de décrire ce que l’on voit, de transmettre les émotions par la parole et non l’image et le son. Une accumulation de déplorables détails limite la puissance de The Walk : rêver plus haut, qui, certes, tient un bon petit cocktail d’émotions, où l’humour et le suspense se côtoient, mais difficile de chasser le sentiment qu’il y avait un meilleur film possible avec une telle aventure. Même si Gordon-Levitt livre une belle performance physique sur le fil, l’acteur affublé de lentilles bleues qui lui siéent mal, reste dans sa zone de confort dans les séquences sur terre ferme. Le mentor incarné par Ben Kingsley décale automatiquement son personnage vers le stéréotype à la limite du ridicule. On trouve plus de naturel, de charme simple, avec le reste du casting (où l’on trouve Charlotte Le Bon, Clément Sibony, Steve Valentine). Si fondamentalement, ce film américain s’avère fort par son sujet et son cadre, son acte de reconstruction, on pourrait se contenter de Man on Wire pour revivre la vaillance extraordinaire de Philippe Petit et de sa bande de rêveurs.

3 étoiles

 

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The Walk : rêver plus haut

Film américain
Réalisateur : Robert Zemeckis
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Charlotte Le Bon, Ben Kingsley, Clément Sibony, Steve Valentine
Titre original : The Walk
Scénario de : , Christopher Browne, d’après « To Reach the clouds » de Philippe Petit
Durée : 123 min
Genre : Aventure, Biopic
Date de sortie en France : 28 octobre 2015
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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