Critique : Un homme idéal

Deuxième long métrage de Yann Gozlan, Un homme idéal place pour la première fois Pierre Niney, récemment césarisé pour son interprétation d’Yves Saint Laurent, au cœur d’un thriller. Bien ficelé et bien mené, la pointe de déception émerge dans le dernier acte. Instant critique.

C’est le type de thriller qui porte avec lui une sensation de déjà-vu : œuvre volée, usurpation d’identité, bâtir son destin sur le mensonge. On pense au récent The Words, avec Bradley Cooper, à Plein Soleil de René Clément, influence revendiquée par Yann Gozlan, tout comme La Piscine, aussi une influence esthétique sur ce film. De là à comparer Alain Delon à Pierre Niney, il n’y a plus qu’un petit pas. Le jeune comédien qui s’est distingué récemment en recevant le César du Meilleur acteur pour avoir joué Yves Saint Laurent montre ici qu’il fait partie de cette élite d’acteurs capable d’apporter, par leur charisme et au travers du jeu, une richesse supplémentaire à leur personnage, et par conséquent, au récit. Il manquait cette noirceur propre au polar pour que Pierre Niney confirme pleinement son statut de jeune prodige dans le paysage des acteurs français. Dans Un homme idéal, il campe Mathieu Vasseur, écrivain en-devenir, employé d’une entreprise de déménagement. Un jeune homme passionné par la littérature, logeant dans un immeuble banal d’une cité anonyme. Alors que le manuscrit de son premier roman est refusé, il découvre lors de son travail le journal d’un homme ayant servi durant la guerre d’Algérie. Impressionné à sa lecture, Mathieu décide d’envoyer le manuscrit sous son nom à un éditeur qui mord immédiatement à l’hameçon. Ce premier succès lui ouvre les portes d’une nouvelle vie délicate à préserver.

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Il y a dans Un homme idéal un soucis de fluidité narrative rare dans le thriller français contemporain : le film se permet une judicieuse ellipse de plusieurs années pour retrouver Mathieu acculé par ses dettes et la pression de son éditeur en attente du second roman, et cela, lors d’un séjour estival dans la villa provençale des beaux-parents. Le spectateur est privé des moments de bonheur du faux prodige pour assister à sa vicieuse descente en enfer. Face à sa compagne Alice Fursac (Ana Girardot, parfaite femme amoureuse et attentionnée) et sa belle famille, Mathieu ment jusqu’à s’enfoncer dans de sombres desseins pour ne pas être démasqué. Outre les tourments propres à son train de vie, une connaissance du défunt dont il a volé l’œuvre réclame de l’argent pour garder le silence. Une spirale emporte alors peu à peu notre jeune usurpateur vers les abîmes, et c’est là où le talent de Niney s’impose, en suscitant des émotions contraires chez le spectateur. Quelque part, nous voudrions aussi qu’il continue à mener la belle vie, s’efforce à devenir un véritable écrivain, trouve sa place et fonde à son tour une famille. Mais aussi, sa malhonnêteté qui le mène à d’ignobles manèges appelle au châtiment. Avec sa mise en scène tirant pleinement profit du cadre offert par la Côte d’Azur et la sublime demeure des Fursac, Un homme idéal s’avère habile pour ménager le suspense jusqu’à un acte final à l’exécution regrettable, notamment en matière de crédibilité. Mais peu importe, le cinéma français a acquis l’assurance de beaux personnages pour l’avenir grâce à l’acteur idéal qu’est devenu Pierre Niney.

3 étoiles

 

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Un homme idéal

Film français
Réalisateur : Yann Gozlan
Avec : Pierre Niney, Ana Girardot, André Marcon, Valeria Cavalli, Thibault Vinçon, Marc Barbé
Scénario de :
Durée : 97 min
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 18 mars 2015
Distributeur : Mars Distribution

Bande Annonce :

Article rédigé par Dom

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