[Deauville 2014] #08 Brown sugar

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L’événement majeur de la journée était la venue de Mick Jagger, co-producteur du biopic sur James Brown, Get on up. Découvrez mon avis sur le film ainsi que sur It Follows et Pasolini. Photo ci-dessus, la Villa Cartier.

Sur les coups de 11h00, c’est un réalisateur timide qui vient présenter It Follows, David Robert Mitchell. La pudeur et le calme des adolescents de son premier film, The American Myth of Sleepover viennent probablement de lui ! Sur scène, ils nous indique simplement qu’il a tenté de réaliser un film d’horreur dérangeant mais beau esthétiquement, avec plusieurs niveaux de lecture, en espérant que l’un d’entre eux parviennent à nous parler.

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Comme l’indique sans fioriture le titre du film, il est question d’une chose qui suit des adolescents – pour les tuer violemment. Une chose indéfinissable, prenant l’apparence de proches des personnes traquées ou de parfaits inconnus, marchant sereinement jusqu’à leur proie. De ce fait, la fuite est souvent envisageable pour les personnages, mais il est délicat pour leurs amis de leur venir en aide puisque seule la personne poursuivie est capable de voir la chose. Jay – Maika Monroe, la belle découverte du film aperçue dans Last days of summer et The Bling Ring – se retrouve traquée après avoir couché avec un jeune homme qui, ainsi, s’est débarrassé de son mystérieux et récurrent assaillant surnaturel. A la fois moderne et classique, It follows apporte une bouffée de fraîcheur au film d’horreur américain dominé actuellement par les films d’exorcisme. La mise en scène, favorisant la courte focale et jouant avec la profondeur de champ en observant le danger dans le dos des personnages, place le spectateur au milieu de cette angoissante chronique, clairsemée de quelques effets jump scare efficaces. Portée par une musique oppressante, composée essentiellement de synthétiseurs épais et rétro, le film se déroule comme un survival purement adolescent, déconnecté du monde des adultes. A l’inverse du premier long métrage de David Robert Mitchell où les personnages ne parvenaient pas ou abandonnaient l’idée d’avoir un rapport sexuel, ces jeunes semblent condamnés à coucher pour transmettre cette malédiction provisoirement à une autre personne. Un séduisant film d’épouvante, qui plongea le C.I.D. dans un état d’anxiété palpable à chaque instant.

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Avec la conférence de presse de Pierce Brosnan et la venue de Mick Jagger, le dispositif de sécurité du festival s’est renforcé au point de faire de l’accès au C.I.D. un véritable labyrinthe. Mais en attendant le leader des Rolling Stones sur le tapis rouge, Abel Ferrara montre son Pasolini en fin d’après-midi. Sur scène, le réalisateur de Bad Lieutenant nous imite James Brown et n’hésite pas à prendre le pas sur Génie, présentatrice et traductrice, pour demander au public si nous avons des questions ! Quelqu’un lui lance alors un « How are you ? » auquel il répond qu’il va très bien avant de nous présenter sa compagne, comédienne qui apparaît dans le film. « Je ne resterai pas pour la séance mais le cœur y est » déclare Ferrara avant de quitter la scène.

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Pasolini se penche sur les derniers jours de la vie du réalisateur et écrivain – entre autres – Pier Paolo Pasolini, campé par un superbe Willem Dafoe. S’ouvrant sur une interview autour du film Salo ou les 120 journées de Sodome, le film esquisse d’emblée le portrait d’un artiste affirmé. Outre le quotidien de Pasolini, familial de jour et sulfureux de nuit, Ferrara met en image l’un des derniers écrits du cinéaste italien ainsi que l’un de ses derniers scénarios. Ne tranchant jamais entre la langue italienne et l’anglais, Pasolini s’avère une curieuse entreprise qui ne dépasse rarement la simple illustration.

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Le soir, le producteur Brian Grazer, le réalisateur Tate Taylor, le comédien Chadwick Boseman et la rock star Mick Jagger étaient attendus sur le tapis rouge pour l’hommage à Brian Grazer et la projection de Get on up, biopic consacré à James Brown. Dispositif de sécurité spécial avec barrière anti-émeute en plus des barrières classiques, et la présence d’un policier tous les trois mètres. Malgré cela, Mick Jagger signe toutefois de nombreux autographes avant de rejoindre le C.I.D. avec le reste de l’équipe sous un tonnerre d’applaudissements. Suite à l’hommage rendu à Brian Grazer, le leader des Rolling Stones s’exprime dans un français parfait, heureux de présenter le film pour la première fois en Europe. Ci-dessus, l’équipe du film.

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Comment réaliser un biopic sur une légende de la musique ? Tout d’abord en dégotant un acteur à la hauteur du mythe, capable de s’approprier une personnalité et une gestuelle sans les singer. C’est le méconnu Chadwick Boseman qui se glisse dans les costumes rutilants de James Brown et ce, avec brio. Son charisme, sa présence, et sa voix nous emportent sans mal. Seulement, Get on up, naviguant initialement entre l’enfance dans la misère du futur parrain de la soul et ses sommets, manque d’un réalisateur avec une vision. On le constatait déjà avec La couleur des sentiments : la mise en scène de Tate Taylor est lisse, sans éclat. Ici, chaque scène de concert est filmée avec un dispositif similaire, quel que soit le stade de la carrière du chanteur. De plus, la photographie de Stephen Goldblatt, renforçant la brillance sur les acteurs et certains éléments des décors, crée un sentiment d’artificialité. Un phénomène comparable à ce qu’avait produit Tom Stern pour Jersey Boys de Clint Eastwood. Le film partage aussi avec l’oeuvre d’Eastwood le dialogue direct avec le spectateur, en regard caméra. Long et sans véritable point de vue, le film manque cruellement de soul et de groove, un comble pour un biopic consacré à un homme au chant aussi légendaire que ses pas de danse. On traverse la vie de James Brown comme l’on parcourrait une mauvaise revue, en s’arrêtant ça et là sur d’intéressants articles vite noyés dans la masse.

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La nuit continue à la Villa Cartier – merci à M. qui se reconnaîtra –, à nouveau ouverte pour deux nuits, où il était possible de savourer des mojitos en compagnie de Mick Jagger sur la piste de danse. J’en profite surtout pour m’entretenir avec Damien Chazelle et son producteur à propos de Whiplash, film dominant toute la compétition. J’apprends qu’un court métrage a été tourné à l’origine pour monter le projet, correspondant à la séquence – tournée à nouveau pour le film – où Fletcher envoie une chaise sur Andrew, mécontent de son jeu. Un court métrage qui a donc permis de mener au long et qui sera à retrouver sur le DVD et le Blu-ray du film, mais sa carrière en France n’en est pas encore là – pour rappel, le film sera en salle le 24 décembre 2014. Bref, cette huitième journée de festival s’achève magnifiquement au milieu de membres du jury et de nombreux membres d’équipes de films en compétition venus festoyer avant la dernière ligne droite.

Article rédigé par Dom

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