[Cannes 2014] #05 De grands espaces

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Dimanche 18 mai, le temps des grands espaces avec le western The Homesman de Tommy Lee Jones et le violent thriller The Rover de David Michôd. Photo ci-dessus, David Michôd à l’issue de la projection de The Rover.

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Séance de gala de 22h en compagnie d’Antoine Corte du Passeur critique. The Rover marque la première apparition sur le tapis rouge de Robert Pattinson de ce festival – prochains pas dès lundi pour Maps to the stars de David Cronenberg. Second long métrage de l’australien David Michôd, remarqué pour Animal Kingdom, ce thriller présenté hors compétition se déroule en Australie « dix ans après la chute. » Ce n’est pas un monde post-apocalyptique que l’on découvre mais un univers où l’aridité du pays se montre corrosive, où les lois n’ont plus de sens. L’intrigue, d’une grande simplicité, n’empêche pas le film de passionner par son atmosphère, ses cadres éblouissants et sa bande originale détraquée d’Antony Partos. Eric (Guy Pearce) voit sa voiture braquée par trois types ayant accidenté leur pick-up. Ce dernier part à leur poursuite, voulant à tout prix récupérer son véhicule. Il sera rattrapé par Rey (Robert Pattinson), frère cadet de Henry (Scoot McNairy), l’un des trois braqueurs de voiture. Sous la menace d’Eric, Rey va dévoiler la direction de son frère et tous deux formeront un improbable duo dans ce monde régit par les armes à feu. Alors que Guy Pearce se montre génial dans ce rôle de ravagé à l’allure ahurie, Robert Pattinson surprend en campant avec brio un simplet qui apprendra, par la violence, à s’affirmer. Malgré la simplicité des enjeux, le climat anxiogène ne cessera de garder le spectateur en état d’alerte, comme si chaque arrêt, chaque rencontre pourrait être la dernière. Odyssée violente qui recherche les cendres de l’humanité, The Rover est simple, brutal et puissant.

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En ce jour où la croisette fut prise d’assaut par le casting de The Expendables 3, n’ayant pas hésité à monter sur un véhicule blindé devant le Carlton pour saluer la foule, c’était Tommy Lee Jones et son équipe qui avaient investi le Grand Théâtre Lumière juste avant la projection nocturne de The Rover. Découvert pour ma part à sa séance de midi, The Homesman est un western féministe relativement atypique : il prend pour cadre l’infertilité de la conquête de l’Ouest. Dans un village de pionniers du Nebraska, trois femmes vont perdre la tête. Il sera décidé de les reconduire dans l’Iowa, à l’Est, au cours d’un voyage délicat et dangereux. Face à la lâcheté des hommes, c’est Mary Bee Cuddy (Hilary Swank) qui prendra la tête de l’expédition, non pas seule mais accompagnée par un homme qu’elle a sauvé de la pendaison, Georges Briggs (Tommy Lee Jones). Malgré la belle direction artistique – magnificence des décors naturels, photographie d’exception, qualité des costumes –, ce film fondamentalement intéressant sur l’Amérique et la place qu’y tient la femme souffre de nombreuses scènes pathétiques, de phases où le jeu de Tommy Lee Jones, notamment lorsqu’il libère la douce loufoquerie de son personnage, brise l’élan du film. Même le personnage de Hilary Swank, tiraillé entre force de caractère et fragilité – elle désire plus que tout trouver un mari avec qui fonder une famille et qui pourrait l’aider avec ses terres et son bétail –, réduit les ambitions du film au lieu de les nourrir. Tout, ou presque, y est trop calculé pour libérer la charge émotionnelle escomptée et c’est avant tout grâce à son final remarquable de perspicacité et d’amertume que The Homesman sauve son aventure du flop élégant.

Prochains événements de la compétition : Foxcatcher et Maps to the stars.

Article rédigé par Dom

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