[Critique] Star Trek Into Darkness (J.J. Abrams)

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Après un reboot très réussi de la saga Star Trek en 2009, J.J. Abrams revient aux commandes de la suite, intitulée Star Trek Into Darkness. Un nouvel opus qui confirme ses talents de réalisateur en matière de grand spectacle spatial.

Sombres dilemmes

Les ténèbres évoquées par le titre du film proviennent du doute et des dilemmes moraux qui habiteront les moindres recoin de ce nouveau Star Trek. Comme avec le précédent épisode réalisé par J.J. Abrams, le spectateur est placé au cœur de l’action dès les premières secondes, à la seule différence qu’il est familier avec la nouvelle équipe de l’USS Enterprise. Sur une planète à la végétation écarlate, un volcan s’apprête à entrer en irruption, menaçant toute une civilisation primitive. Spock (Zachary Quinto), jeté dans la fournaise, décide d’accomplir sa mission dans le sacrifice, afin que l’Enterprise reste dissimulé aux habitants de cette planète, comme l’exige Starfleet pour toute opération de ce type. Kirk (Chris Pine) ne s’imagine pas abandonner son ami mi-homme, mi-vulcain et enfreint le règlement, dévoilant le majestueux vaisseau spatial, caché dans les fonds marins, afin de sauver la vie du commandant Spock. Une introduction dantesque, se permettant de présenter en parallèle à Londres un personnage aux intentions obscures. On ne change pas une équipe qui gagne, car en plus de retrouver J.J. Abrams à la réalisation, ce sont encore une fois Roberto Orci et Alex Kurtzman qui sont à l’origine du scénario de Star Trek Into Darkness, avec l’aide d’un autre proche d’Abrams, Damon Lindelof. Toujours avec Daniel Mindel à la photographie et Michael Giacchino en compositeur, le film s’inscrit dans la continuité artistique du reboot. Si l’exploration de planètes inconnues, là où nul homme n’est encore allé est le leitmotiv de la saga, les membres de l’Enterprise vont faire face à une nouvelle menace, portant en premier lieu les caractéristiques d’une attaque terroriste dans les archives de Starfleet à Londres. Derrière cet acte, un membre d’élite de Starfleet, un certain John Harrison (Benedict Cumberbatch), qui va s’attaquer au commandement de l’organisation avant de se terrer sur la planète Kronos, parmi les klingons.

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Contrairement au précédent Star Trek qui définissait clairement ses enjeux au début du film, le mal reposant dans les actes de destruction d’un vaisseau romulien, Star Trek Into Darkness conserve un suspense épatant au travers de la dualité de certains protagonistes et de l’impossibilité de définir une trajectoire solide pour cette nouvelle mission. Profondément stimulant, le film place le spectateur en état d’alerte permanent, car dans sa mécanique, tout peut arriver à chaque instant. Le destin de l’équipage de l’USS Enterprise est capable de basculer dans chaque scène, chaque confrontation et aussi chaque décision prise sous la pression et dans l’urgence. Tous les personnages se retrouvent bousculés, dans leur position ou bien dans leurs relations à un moment plus ou moins crucial de cette impressionnante aventure spatiale. Parfaitement rythmé, par son montage et sa mise en scène privilégiant un dynamisme efficace, jamais fatigant, on retrouve malheureusement dans ce long métrage des ressorts scénaristiques douteux, comme dans le premier opus. Un simple exemple, dans la première partie du film : comment justifier l’emplacement aberrant d’une salle de réunion qui devrait être confinée et protégée comme une « war room » sensible ? D’autres événements viendront heurter la logique, sans réelle gravité, mais il est regrettable de constater de telles bévues – ou un tel manque d’efforts – pour un scénario dont la copie finale repose sur le travail de trois personnes. Mais par son savant mélange d’action et d’échanges verbaux, le film noie rapidement chacun de ses légers accrocs.

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Autre nouveauté, l’exploitation de la 3D, qui aurait pu être très intéressante si seulement J.J. Abrams pouvait délaisser son tic visuel le plus caractéristique – et assez irritant –, le lens flare – effet éblouissant provoqué par des rayons lumineux sur le verre des objectifs, bien que certains soient ajoutés en post-production. Avec la 3D, les lens flares ont pour conséquence directe de créer un nouvel obstacle entre le spectateur et la toile, comme si une plaque de verre où viennent s’écraser les faisceaux lumineux s’érigeait dans la salle. C’est d’autant plus regrettable que le film bénéficie d’une poignée de scènes fascinantes avec ce procédé. Ce sont des plans larges, offrant au spectateur une vision étendue sur les décors ou l’espace, où les personnages, à bord de leur vaisseau, semblent si proches de nous, comme si, à la fenêtre d’un bureau, on observait l’activité dans le bâtiment de l’autre côté de la rue. Une époustouflante sortie spatiale parmi des débris de vaisseau éblouie également par son exploitation maitrisée et excitante du relief. Si les acteurs du premier film se montrent parfaitement à l’aise dans la reprise de leur costume, les nouveaux arrivants, comprenant en plus de Cumberbatch, Alice Eve et Peter Weller, intègrent parfaitement cet univers instable, conduisant à une critique de la politique américaine suite aux attentats du 11 Septembre. Difficile de définir la notion même du mal par l’ambiguïté des grandes figures de ce film, le mal au sens moral, en prise avec la notion de justice, quand chacun défend les siens, son peuple, son équipage, famille de substitution. Par le renforcement de la relation d’amitié entre Kirk et Spock malgré leurs tempérament et conduite opposés, Star Trek Into Darkness invite à un questionnement qui dépasse la morale et la loi pour embrasser ce qui est aussi de l’ordre émotionnel. En exploitant subtilement sa position de suite à un reboot qui redéfinissait le cours d’une aventure déjà tracée – au travers d’une série et de films -, ce long métrage se dresse comme un grand spectacle de science-fiction, à l’épreuve du temps en matière d’effets spéciaux et de décors, J.J. Abrams exploitant les fonds verts comme un complément et non une base pour construire ses scènes. Bien qu’une note décevante affecte le final, qui se détourne de certains points qui pourraient servir de base à un troisième épisode, ce Star Trek Into Darkness offre une aventure stimulante et passionnante comme on en rencontre rarement. Un blockbuster haut de gamme.

4 étoiles

 

Star Trek Into Darkness

star-trek-into-darkness-afficheFilm américain
Réalisateur : J.J. Abrams
Avec : Chris Pine, Zachary Quinto, Zoe Saldana, Karl Urban, Simon Pegg, John Cho, Benedict Cumberbatch, Anton Yelchin, Bruce Greenwood, Alice Eve, Peter Weller
Scénario de : Roberto Orci, Alex Kurtzman, Damon Lindelof
Durée : 132 min
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Date de sortie en France : 12 juin 2013
Distributeur : Paramount Pictures France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Je viens de voir ce Star trek, et bien sûr d’écrire un petit papier dessus. Dans l’ensemble, je suis assez d’accord avec toi, mais étant Fan de l’univers Star trek, inutile de te dire a quel point j ai trouvé la fin minable…. et le mot est faible.
    Je n’ai rien relevé sur la 3D parce que je l’ai vu en 2D.
    Pour les amateurs de Fantastique, ce film est une pépite, pour les Fan de Star trek, c’est une quasi trahison d’Abrams qui transforme la fin en nanar débile pour adolescente boutonneuse, et qui effectivement rejette tout idée de remake du troisième film original.
    Une vrai déception alors même que le film explose tout niveau FX et actions.
    Superzut, personne n’ira chercher la dépouille de Spoke.

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