[Critique] Mamá (Andrés Muschietti)

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Produit par Guillermo Del Toro, Mamá est le premier long métrage d’Andrés Muschietti. Dans ce film d’épouvante, deux fillettes portées disparues durant 5 ans sont retrouvées vivantes, proches de l’état sauvage. Une survie qui tiendrait de la présence d’un fantôme…

Esprit maternel

A l’origine de ce projet, il y a un court métrage éponyme – visible sur youtube –, d’une durée de 3 minutes. Plutôt efficace dans sa course au frisson, ce petit Mama disposait du potentiel pour s’étaler sur un long métrage avec de véritables enjeux. Dans une déclaration faite à Gérardmer pour présenter le film, Muschietti a avoué – certes, avec un peu d’humour – que les 3 minutes intenses du court métrage avait tout simplement été multipliées par 35. Ce serait oublier que le cinéma n’est pas régit par d’aussi simples lois mathématiques, car si le film débute comme un véritable tour de force, présentant les personnages et lançant tous les enjeux dans une introduction puissante et fantasmagorique, Mamá va aligner qualités et bévues jusque dans sa dernière séquence. On retrouve le regard porté sur l’enfance et les repères familiaux propre au cinéma d’épouvante hispanique. Deux filles, aux parents divorcés, perdent, dans la foulée, leur mère et leur père – ce dernier dans des conditions étranges alors qu’il s’apprêtait à clore cette tragédie familiale dans le sang. Leur oncle Lucas (Nikolaj Coster-Waldau) les retrouve après cinq ans de recherches. Malgré Annabel (Jessica Chastain), sa compagne qui n’a aucun souhait de jouer à la maman, Lucas va se battre pour obtenir la garde des petites face à la grand mère maternelle. Une bataille pour la garde où intervient la fameuse mama, entité imaginaire des enfants qui s’avéreraient bien réelle.

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A l’instar des grands noms du cinéma d’épouvante, Muschietti déforme avec brio l’aspect rassurant d’un foyer. La maison dans laquelle emménage la famille recomposée devient un espace lugubre, où les murs, perméables, se confondent avec des portes ouvertes vers la terreur. Une terreur qui trouve sa source dans un drame conté dans une scène de cauchemar stylisée et assez ahurissante, témoignant de la créativité d’un cinéaste capable d’exploiter des codes classiques sans se refermer aux expérimentations. Toutefois, il semblerait qu’il n’ait pas assez confiance en la puissance horrifique du hors-champ – pourtant souvent efficace dans le film –, ou bien, inversement, affiche un excès de confiance dans les effets numériques de son équipe. La mama attise bien plus une curiosité mâtinée de peur lorsque sa présence est suggérée : génial plan fixe qui offre un point de vue sur la chambre des filles et le couloir où progresse Jessica Chastain, prouvant que la cadette joue avec ce mystérieux fantôme. Quand la suggestion laisse place à la frontalité, la modélisation numérique peu aboutie de cet esprit annihile l’atmosphère fantastique, l’horreur cède face aux piètres artifices. Autre problème, d’ordre purement scénaristique, la réflexion sur la maternité et la place des enfants est rapidement abandonnée dans la progression de ce conte surnaturel, accompagnée par une bande originale des plus fades.

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Partagé entre les facilités du jump scare et des subtilités vraiment effrayantes, Mamá repose sur la solidité de son casting, et plus particulièrement de ses actrices. Les très jeunes Isabelle Nelisse et Megan Charpentier supportent toute la crédibilité du film, aidées par la charismatique Jessica Chastain, mère malgré elle, devant renoncer à son groupe de rock pour épouser ses nouvelles responsabilités. Des interprètes parvenant à palier aux lacunes d’un premier long métrage qui flirte dangereusement avec la série B dans son acte final, bien qu’évitant l’accident fatal de fin de course. Récompensé du Grand prix et du prix du public à Gérardmer 2013, Mamá témoigne de la fragilité d’un genre qui souffre d’un certain manque d’assurance. Une production honnête pour les amateurs de récits fantastiques.

3 étoiles

 

Mamá

mama-afficheFilm espagnol, canadien
Réalisateur : Andrés Muschietti
Avec : Jessica Chastain, Isabelle Nelisse, Megan Charpentier, Nikolaj Coster-Waldau, Daniel Kash
Scénario de : Neil Cross, Andrés Muschietti, Barbara Muschietti
Durée : 100 min
Genre : Epouvante, Fantastique, Thriller
Date de sortie en France : 15 mai 2013
Distributeur : Universal Pictures International France


Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Je viens de voir le film hier soir, et on a pas tout a fait la même vision. Je vais en faire un article également parce que l’impression que cela m’a laissé est plutôt positive, et cela grace à ce trio de demoiselles incroyable. Une fois de plus, les hommes se font oubliés en cours de film…
    J’ai beaucoup aimé.

  2. « honnête » c’est tout à fait ça. Le vrai problème c’est que c’est cousu de fil blanc, heureusement les gamines sont épatantes et l’atmosphère bien rendu… 2/4

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