[Critique] Les Seigneurs/Resident Evil : Retribution, ou l’enfer du dimanche

Parmi les moult sorties cinéma du 26 septembre 2012 se trouvent Savages d’Oliver Stone, Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais, Gebo et l’ombre de Manoel de Oliveira, Le Magasin des Suicides de Patrice Leconte, Les Seigneurs d’Olivier Dahan et Resident Evil : Retribution de Paul W.S. Anderson. Hier, en compagnie d’amis, nous nous sommes dirigés vers les deux films occupant le plus d’écrans en France parmi ces nouveautés. Quand quantité ne rime pas avec qualité, voici la chronique d’un enfer cinématographique.

Je n’avais jamais vu de film d’Olivier Dahan auparavant, même pas son célèbre et oscarisé La Môme, qui propulsa Marion Cotillard sous le feu des projecteurs américains. Avec une comédie du calibre des Seigneurs, difficile d’attendre plus qu’un bon divertissement porté par une jolie bande d’acteurs – Jean-Pierre Marielle, José Garcia, Franck Dubosc, Gad Elmaleh, JoeyStarr, Omar Sy, Ramzy Bedia – dont la réunion seule attire l’attention, quel que soit le sujet du film. Guère épais – sans vilain jeu de mot –, le sujet traite de stars du football déchues, avec à leur tête Oderba (José Garcia), condamné à redresser le FC Molène au poste d’entraîneur suite à son comportement scandaleux à la télévision. Dans le style, on lorgne du côté de Bienvenue chez les ch’tis, tournant à la dérision le caractère bucolique du lieu investi par les protagonistes ; seulement à côté du film de Dahan, celui de Dany Boon passerait pour la plus grande comédie de toute l’histoire du cinéma français. Rarement drôle, peu rythmé et terriblement mou, à l’image des matchs de l’équipe de France lors de l’Euro 2012, Les Seigneurs est un rassemblement désespérant d’individualités sans réelle alchimie. Chacun fait son petit numéro avec plus ou moins de réussite, et à ce compte, Gad Elmaleh décroche sans doute la médaille du protagoniste le plus amusant – ou bien du moins ennuyant, selon votre point de vue – tandis que le Comte de Bouderbala, pour sa première apparition dans un long-métrage, se montre aussi solide que sur scène.

Dahan avouant s’intéresser peu au football – ce qui explique probablement la ringardise des séquences sur le terrain –, aucun élément galvanisant n’attend le spectateur au cours de cette aventure des plus mielleuses. Clou du spectacle, le scénario, à l’origine de Marc et Philippe de Chauveron, sort la carte du terrible plan social, visant à fermer la conserverie locale et rendant l’affaire encore plus consternante qu’elle ne l’était sans ce triste reflet de la crise économique. Inepte et barbant, le navet français de l’été arrive avec une mi-temps de retard.
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Les Seigneurs, un film d’Olivier Dahan, en salle depuis le 26 septembre 2012.

 

Son nom évoque les pires cauchemars des cinéphiles, pire encore pour les amateurs de jeux vidéo, car ses adaptations d’oeuvres vidéoludiques sont d’intolérables insultes envers fans et créateurs originaux. Son nom, c’est Paul W.S. Anderson, et depuis 2002, en compagnie de Milla Jovovich (sa femme depuis quelques années), il massacre la licence culte des Resident Evil, ayant transformé un monument de survival-horror en une série de films d’action calamiteux. Deux ans après le quatrième épisode débarque Resident Evil : Retribution, et si comme moi, vous aviez abandonner après le second opus (voire le premier), pas d’inquiétude quant à ce film puisqu’à la façon d’une série TV, un résumé des principaux événements précédents vient guider le spectateur au cœur de ce nouveau nanar de luxe – mais qu’importe après tout, puisque le scénario signé par W.S. Anderson ici se limite à une chose : Alice (Milla Jovovich) doit s’évader des locaux d’Umbrella Corp, point final ! Pour pimenter l’évasion, W.S. Anderson crée un univers virtuel assimilable aux niveaux d’un jeu vidéo, qui obligera Alice à traverser banlieue américaine, Moscou, Tokyo, et bien d’autres lieux exploités par Umbrella afin de simuler des attaques de zombies et vendre leur virus aux plus grandes puissances mondiales.

Avec ses nombreux ralentis, parfois d’une longueur éprouvante, et son univers clinique et désincarné, Resident Evil : Retribution peine à démarrer malgré le concentré d’effets visuels, avec force explosions et zombies teigneux. Pourtant, un effet merveilleux se produit au fil de cette petite catastrophe, onéreuse série B – au budget avoisinant les 65 millions de dollars –, qui s’inscrit dans un niveau de nullité lui permettant de flirter avec un certain génie artisanal. Une telle ferveur se dégage du travail du réalisateur, pourtant médiocre, que cela force l’admiration. Rarement impressionnantes dans leur nature, ses scènes aux effets spéciaux peu aboutis, sauvées par l’exploitation en salle du film en 3D – une autre chose peu aboutie ! –, atténuant de nombreux défauts visuels, parviennent à apporter un plaisir dans leur déroulement bancal, parfois d’un ridicule sans nom. En Alice, Milla Jovovich, de loin la plus charismatique parmi la galerie de personnages caricaturaux, indignes d’un défilé de cosplay, n’est pas étrangère à cette curieuse réussite : d’un bout à l’autre, elle croit dur comme fer à l’héroïne chahutée depuis tant d’année par un cinéaste qui crache sans vergogne sur l’originalité de la saga Resident Evil, lui servant simplement à piocher dans son bestiaire répugnant afin de s’amuser avec ses personnages comme un gamin joue avec des figurines dans sa chambre. Involontairement drôle à de nombreuses reprises et souvent peu cohérent, on s’éprend des maladresses se relayant dans ce long-métrage quasiment surréaliste, affichant une volonté de poursuivre à tout jamais cette série qui impose le respect – et attise l’envie de voir jusqu’où Paul W.S. Anderson peut creuser avant d’atteindre les antipodes de Hollywood. Aussi navrant que fascinant, chapeau bas !
2.5 étoiles
Resident Evil : Retribution, un film de Paul W.S. Anderson, en salle depuis le 26 septembre 2012.

Article rédigé par Dom

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8 commentaires

  1. Il faut en avoir du courage pour aller s’enchaîner ces deux films là… Je crois que je vais passer mon tour pour ceux-là 😉

  2. @David T : aimer le cinéma, c’est faire preuve de courage parfois oui – mais on ne peut pas parler d’un film sans l’avoir vu !

  3. Ça c’est certain, et c’est bien pour cela que je suis bien content de ne pas vouloir écrire sur tous les films 😉

  4. Je vais juste donner mon avis sur les seigneurs : le casting était très très prometteur en voyant tous les acteurs et humoristes qui allaient tourner dans le film, on ne pouvait qu’être satisfait ! Or après avoir vu le film, j’avoue avoir été très déçu du petit humour, du jeu d’acteur un peu baclé… On aurait pu s’attendre à beaucoup plus.

  5. Sur Résident Evil, la saga:
    Je vais trancher avec ton avis, Dom.
    J’ai travaillé 25 ans dans le jeu vidéo, et je suis absolument interloqué par ta vision des Résident Evil. La saga serai sublime??
    Absolument pas, c’est le même effet que pour Evil dead le remake. C’est une époque révolu que les plus jeunes ne veulent pas connaitre pour le moment.
    Quoi qu’il en soit le 1er était une merveille, ainsi que le 2. Le 3ème était déjà du super réchauffé, et le 4ème aussi encensé soit-il prenait déjà un virage action. Ensuite c’est de la pure saucisse pour débile de la gâchette.
    La série de film est une série B, même si il y a beaucoup de pognon. Moi j’accroche, mais je ne crie pas au génie. Par contre je ne vois pas en quoi elle ne respecte pas le jeu. Elle prend des libertés parce que si il avait fallu respecter le jeu à la ligne….. Ce qui fonctionne dans un jeu vidéo n’est pas fait pour fonctionner dans un film.
    Je t’accorde que la série n’innove pas du tout, que le réalisateur est juste quelconque, mais le but du jeu étant d’aller d’un point A à un point B en évitant de se faire bouffer, et si possible avec l’aide de quelques personnages secondaires, je dis que le contrat est rempli et que la série est divertissante (en tout cas en HD à la maison).
    Milla est de plus en plus sublime, les films se suivent vraiment avec leurs différents acteurs, et sur ce point là, c’est assez fidèle aux jeux.
    Pour moi, c’est une vrai série B agréable, pleine de rebondissements ultra attendu (!!), mais c’est exactement ce que je demande en terme de divertissement léger.
    Pour comparer avec une autre série B encore plus cher, The Avengers !! Voilà une splendide daube géante sans intérêt, ridicule, mal joué, avec des FX ignobles. Au final ce n’est plus une série B, car je rappel qu’une bonne série B doit contenir de l’aventure, de l’action, des fausses surprises, du sexy, et de l’humour. (accessoirement de bons acteurs).
    Il y a même de temps en temps du très bon dans les Résident Evil. La scène de baston dans ce grand couloir blanc dans le dernier épisode est tout simplement excellent. Il y a aussi deux animations que j’ai tout autant apprécié.
    Voilà, le plaisir est là, et pour moi c’est la seule façon de juger une série B.
    A++ Aaaargghhhh!!!

  6. @domdom2006 : peut-être pas sublime, mais culte ; je pense qu’il y avait bien mieux à faire en suivant les scénarios presque à la lettre. Il me semble que Romero devait s’occuper d’une adaptation du premier « Resident Evil » il y a pas loin de 15 ans, avec un scénario très proche du jeu mais le projet a été malheureusement abandonné. Au niveau des jeux, je me suis arrêté au 4 – que j’ai beaucoup apprécié car il apportait un nouveau souffle à la saga, bien que cela passe par l’action. Le 5, j’ai abandonné un peu plus loin qu’à mi-chemin, ayant la mauvaise impression de jouer à un jeu d’aventure qui n’a plus grand chose de l’esprit RE.

    Sinon à mes yeux, une série B, c’est avant tout une histoire de budget, et hormis le premier épisode qui tourne autour des 30 millions de dollars – ce qui n’est pas rien non plus. Tous les autres épisodes ont un budget autour des 50 millions. Divertir avec des défauts pour pas cher, ok, mais quand on entre dans ces catégories, on se rapproche du foutage de gueule.
    Je ne l’ai pas précisé ici mais je n’ai pas vu les épisodes III et IV, mais un jour, avec un peu de courage, je (re)verrai l’intégralité des films.

    The Avengers serait un autre débat – là on est vraiment dans le blockbuster au budget faramineux – mais pour moi c’est probablement l’un des meilleurs films produits par Marvel (et si tu veux en savoir plus sur mon avis, c’est dans la critique : http://www.silence-action.com/2012/04/critique-avengers-joss-whedon/ )

    Merci pour ton message 😉

  7. Mais je t’ai lu, et je respecte ton point de vu. Moi je ne peux plus avec ces franchises américaines qui n’en finissent pas. J’adore en générale, mais là, ça fait dix ans en boucle avec les super-héros. Et franchement les effets spéciaux était pas à la hauteur du budget et sans imagination. Moins bon que Transformers, que j’adore, parce que ça se prend pas au sérieux, et surtout extremement moins bon que Firefly (série absolument divine et attachante). Bref, heureusement que nous avons tous des goûts différents, et j’avoue que je suis assez seul avec les Resident Evil, mais vu mon caractère, ça me conforte…
    Et si je viens régulièrement sur ton site Dom, c’est justement que nous avons des points de vu différents, ce qui me permet de découvrir des films que je n’aurais pas vu.
    Donc, merci pour tes « posts ».

  8. Toujours pas eu l’occasion de découvrir « Firefly », il faudrait que je me jette à l’eau un jour !
    Effectivement, nous ne pouvons pas être d’accord sur tout, le contraire serait inquiétant d’ailleurs. Merci.

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