Etrange Festival 2011 : fin, palmarès et bilan

La 17ème édition de l’Etrange Festival a touché à sa fin dimanche soir dernier. Un weekend de clôture riche en émotions avec des séances exceptionnelles. Résumé de ces deux dernières journées, palmarès et bilan de cet événement cinématographique de la rentrée.

Une apothéose absolue, ou presque. Quatre longs-métrages pour conclure : Bruegel, le moulin et la croix, Drive, The Divide et Don’t be Afraid of the dark, ce qui donne, dans l’ordre, un chef d’œuvre, un film excellent, un autre assez bon et, mouton noir de la sélection, une débâcle insensée. Mais je reviendrai sur ces quatre films ultérieurement dans des articles dédiés.

Samedi, l’acteur Rutger Hauer a honoré le festival par sa présence et notamment en présentant son nouveau film, Bruegel, le moulin et la croix (en salles le 28 décembre 2011). J’aurais aimé publier la vidéo complète de son intervention mais malheureusement, il y a des gens stupides qui réalisent que leur carte mémoire est pleine au moment critique… Voici alors une minute et trente secondes de son discours :



Complétons ce discours tronqué par une photo – floue, sinon, il n’y a pas de continuité :

Une formule forte, présente dans la vidéo, a été prononcée par Hauer : « Anybody can make a movie, there is no excuse to wait. Do it now. » Soit, en français : tout le monde est capable de réaliser un film, il n’y aucune excuse pour attendre. Faites-le maintenant. Il a ensuite expliqué qu’il ne participe que très rarement à des festivals pour la simple raison que son planning est chargé et qu’il préfère décliner une invitation plutôt que d’annuler sa venue au dernier moment. Pour lui, l’avenir du cinéma passe par le numérique, il nous a d’ailleurs expliqué que cette œuvre expérimentale qu’est Bruegel, le moulin et la croix a eu recours à des effets analogues à ceux de Sin City. Il aurait souhaité nous présenter un making-of du film mais il faudra patienter jusqu’à la distribution en DVD et Blu-ray.
Ayant longuement hésité entre Beyond the Black Rainbow – ensuite décrié par tous les blogueurs l’ayant vu –, The Oregonian – le mystère reste complet – et le nouveau long-métrage de Lech Majewski, je n’ai pas regretté mon choix ; c’est une véritable merveille qui compte parmi les meilleurs films de l’année 2011, mais je reviendrai dessus en détail dans quelques jours.

Suite à cette fabuleuse projection, direction la salle 500, bondée pour le nouveau film de Nicolas Winding Refn : Drive. J’avais déjà donné quelques impressions sur le film lors du Festival de Cannes, cependant, il m’a beaucoup plus marqué lors de ce nouveau visionnage. Le rythme effréné de Cannes n’est pas l’allier du 7ème art, surtout pour les films diffusés en fin de festivités – le magnifique et contemplatif Il était une fois en Anatolie aura été la plus grande victime de sa programmation tardive.
Refn, qui avait disposé d’une carte blanche à la précédente édition de l’Etrange Festival, ne pouvait être présent en cette soirée, mais les organisateurs ont eu l’initiative de le filmer lors de son passage éclair à Paris mardi dernier. Dans cette courte vidéo, Refn explique qu’il est en direction de Los Angeles en première classe – ah, la modestie du cher Nicolas ! – et avoue que le but recherché avec ce long-métrage est très simple : se divertir. Un objectif atteint avec brio.
La sublime scène d’introduction fut projetée deux fois à cause d’un problème technique au niveau du son, un incident qui, en fin de compte, s’est mué en leçon de cinéma sur l’importance du mixage sonore ! Malgré l’absence du cinéaste, Drive a reçu des salves d’applaudissements en début et fin de générique.

Dimanche, je ne devais découvrir que The Divide et Don’t Be Afraid of the Dark mais des blogueurs convaincants m’ont entraîné à une séance spéciale : Retour de flamme. Chaque année, Serge Bromberg anime une sélection de courts-métrages dont la diffusion est accompagnée au piano par ses soins. Cette année, Retour de flamme était consacré à un pionnier de l’animation aux Etats-Unis : Winsor McCay.
Bromberg a commencé par rappeler les problèmes de conservations des premières œuvres du cinéma, sur film nitrate, hautement inflammable – avec une impressionnante démonstration à l’appui – et que, bien entendu, les pères fondateurs de l’animation étaient confrontés à un travail titanesque : chaque image devait être entièrement dessinée à la main.
Une dizaine de courts-métrages animés furent présentés, dont l’incroyable Winsor McCay, the Famous Cartoonist of the N.Y. Herald and His Moving Comics, œuvre de 1911 alternant prises de vues réelles et animées dans une mise en abyme judicieuse, The Centaurs, The Sinking of the Lusitania, The Pet, …

C’est la première fois que j’assistais à une projection de films muets accompagnés par des musiciens, enfin, d’un musicien. L’effet est fantastique, proche du voyage temporel ; nous sommes propulsés cent ans en arrière par la magie de l’image d’antan et de la musique interprétée à l’orée de la toile. Ce merveilleux spectacle s’acheva sur une projection exceptionnelle du dessin animé Gertie le dinosaure : Serge Bromberg s’est placé devant l’écran pour « interagir » avec la bobine, comme devait le faire Winsor McCay à son époque. Un grand moment de cinéma !

Avant de vous présenter le palmarès et mon bilan, je dois revenir sur une anecdote géniale lors la présentation de The Divide par son réalisateur Xavier Gens. Tourné à Winnipeg au Canada, ce long-métrage n’existerait pas sans l’intervention d’un stagiaire régie ! Quelques jours avant le début du tournage, une compagnie d’assurance s’est retirée du projet, mettant alors un terme à l’aventure. Un stagiaire a alors signalé qu’il avait impérativement besoin de participer à ce tournage pour valider ses études. L’équipe, désolée pour son sort, lui a expliqué que sans fonds, le film ne pouvait être tourné. C’est alors que le jeune homme a téléphoné à ses parents qui ont – nous n’avons aucun détail – levé 2 500 000 dollars pour soutenir la production ! Un miracle qui n’est pas donné à tous.

Depuis deux ans, un long-métrage et deux courts sont récompensés ; les lauréats de cette 17ème édition de l’Etrange Festival sont les suivants :

PRIX NOUVEAU GENRE (compétition Long Métrage en partenariat avec Canal+Cinéma) : BULLHEAD de Michael R. ROSKAM – Belgique – 2010 – 2h00 – Drame.

GRAND PRIX CANAL+ (compétition Court Métrage) : ATTACK de Adam WHITE – Australie – 2010 – 12’22 – Fiction.

PRIX DU PUBLIC (compétition Court Métrage) : LA GRAN CARRERA de Kote CAMACHO – Espagne – 2010 – 6’24 – Fiction

Les deux courts-métrages primés précédèrent la projection de Don’t Be Afraid of the Dark, cette production de Guillermo Del Toro qui fut, pour moi, le plus mauvais film vu au cours de ce très bon festival. De la découverte d’Endhiran à celle de Bruegel, le moulin et la croix, la majorité des séances auxquelles j’ai assisté m’ont apporté un réel plaisir procédant autant de la qualité intrinsèque des œuvres que de leur diversité. Coup de coeur également pour le curieux et difficile Meat qui, malgré son déroulement et son montage proches d’un objet purement expérimental, laisse une profonde empreinte dans l’esprit.
J’ai également établi un classement des longs-métrages vus sur Vodkaster.

Et puisque la blogosphère est une grande famille et qu’un festival de cinéma est également une aventure humaine – enrichie par la sympathie du staff de l’Etrange Festival –, voici un tour d’horizon des films qui ont le plus touché mes collègues et amis :

Alexandre (Plan C) :
Pas mal de ratés cette année, aussi bien dans les choix de séances que sur les résultats des films. Les deux avants-premières de bombes cannoises (Drive, Take Shelter) ainsi que la magnifique séance Retour de Flamme ont un peu atténué l’engouement pour mon choix. Néanmoins, en compétition était présenté Skate Land. Un film d’horreur faussement classique mais sorte de miroir à La route de John Hillcoat. Vraiment bon.

Nicolas (Filmosphère) :
Alors meilleur film Bullhead. Maitrise absolue de la mise en scène, sujet hyper délicat, refus du spectaculaire et un choc incroyable. Surtout qu’il s’agit d’un premier film, énorme.
Meilleure séance, celle de Helldriver. Non seulement le film est complètement dingue, mais en plus le réalisateur est arrivé en slip avec un faux bébé qu’il faisait tourner en l’air, a improvisé un shifumi géant dans la salle et a fini la bite à l’air. Du génie pur.

Cyrille (Le Passeur Critique) :
1. Drive : orgasme ultime du rêve cinéphile, forme et fond réunis sous l’égide d’un bonheur altruiste.
2. Walk Away Renée : un documentaire construit comme une fiction où la compassion ultime d’un fils pour sa mère résonne douloureusement dans nos coeurs.
3. Take Shelter : la paranoïa élevée en prédiction dans une mise en scène habile qui offre un rôle d’anthologie à Michael Shannon.
4. 22nd of May : Faut-il être belge ou surréaliste pour apprécier la métapsychose de cet ange gardien de l’incendie de l’innovation.

Viggy Simmons :
En compétition nouveau genre : The Woman. Pour son irrésistible humour noir et son jusqu-au-boutisme dans ses idées.
Ma séance préférée est Portier de Nuit, pour sa description crue et saisissante d’une relation perverse liée aux horreurs du nazisme, un film génialement interprété par Bogarde et Rampling. Mais sinon j’aurais dit Requiem pour un Massacre que j’avais déjà vu et qui est le plus grand film de guerre de tous les temps.

Marc (CloneWeb) :

Dans ceux que j’ai vu, le meilleur est évidemment Drive. Je trouve l’histoire déjà vue, l’écriture assez lambda, mais c’est tellement bien joué et (surtout) bien mis en scène que ça en fait sans hésiter l’un des meilleurs films de l’année.
Mais la meilleure séance n’est pas celle de Drive (public bruyant, problème de son au début). La meilleure, c’était le très beau spectacle Retour de Flamme qui m’a permis de découvrir des dessins animés de +/- 1910 par Windsor McCay. Ca m’a tout simplement passionné.

Fred (MyScreens) :
Mon film préféré de l’Etrange Festival en compétition c’était Take Shelter. Le plus maitrisé, avec les émotions les plus intenses, un jeu impeccable, une montée en puissance prenante et des images magnifiques. Rien à dire de plus.
Un autre film qui m’aura marqué : 22nd of May. Jamais je n’ai vu un film durer aussi longtemps alors qu’il faisait moins d’1h30 ! Ennui total.
Ma séance préférée ? Drive car malgré le capotage du début de séance, le film était bien à la hauteur de l’attente, énorme et je n’arrive toujours pas à le sortir de ma tête.

Sinon je retiendrai aussi
– la soirée d’ouverture : excitation pour ce début de festival
– la nuit Grindhouse : bon délire sur Tucker & Dale
Endhiran : complètement délirant
– la clôture avec une belle rangée de blogueurs 🙂

Mon top sur ce festival :
1- Drive
2- Take Shelter
3- Tucker & Dale
4- The Divide
5- Endhiran

Mylène (Galathys) :
1) Drive : Un très grand film, à l’atmosphère et aux images léchés. Drive nous enveloppe pour ne plus nous lâcher, ce grâce à une BO envoûtante et à un Ryan Gosling qui n’a besoin que d’un regard pour nous scotcher.

2) Take Shelter : Take Shelter est une invitation à sombrer dans la psychose, mais comme c’est Michael Shannon qui nous entraîne on s’y laisse emporter sans peine. Take Shelter devrait marquer les esprits pour longtemps.

Phil Siné (La cinémathèque de Phil Siné) :

Stake land est une merveilleuse histoire d’amour sur fond de monde post-apocalyptique peuplé de vampires et d’humains encore pire qu’eux. Pétri de nobles influences, de Romero à La route, le film réussit à surprendre et à dérouter…

Jean Victor (CloneWeb) :
Drive : la manière qu’à Winding Refn de prendre une pure série B à l’ancienne et de la transcender par une écriture d’une grande subtilité et des éclats de mise en scène inoubliables est absolument prodigieuse.
La preuve qu’on peut compter sur lui à l’avenir, et qu’il saura se faire une place dans l’histoire du cinéma contemporain
The Woman : sous ses allures de brulôt provoc à deux balles, Lucky McKee révèle un film explosant littéralement son concept par une galerie de personnages hauts en couleur et rappelle que si les femmes ont déjà bien amorcer leur émancipation, elles doivent malheureusement encore se battre pour être à égalité dans de nombreuses institutions.

Lucie (CineHeroes) :
Film préféré « nouveau genre »: The Divide, parce que c’est un film ambitieux qui malgré ses défauts arrive à créer une ambiance et une esthétique propre à l’univers du réalisateur.

Séance préférée: Retour de flamme « Winsor McCay l’animateur » parce que Serge Bromberg donne vie et musique à des mini chef d’oeuvres qu’on ne découvrirait pas autrement. Juste pour le spectacle, et la découverte, sans aucun doute ma séance préférée pour ce cinéma vivant et interactif.

Des avis très diversifiés qui concourent tous à saluer les grands films présentés en avant-première ainsi que des inédits en salles, comme Stake land.
Retrouvez également mes précédentes chroniques de l’Etrange Festival : Un dimanche épicé, Vive la viande !, Tous aux abris ! ; ainsi que les critiques :
Endhiran, robot movie
22nd of May
Viva la Muerte
Meat
Stake Land
Take Shelter
Bruegel, le moulin et la croix
Drive
The Divide
Don’t be afraid of the dark (à venir)

Silence Action va retrouver un rythme de publication moins éreintant mais des tests blu-ray vont bientôt arriver – ils se font rares, oui !
En attendant la prochaine édition de pied ferme, refermons ce dossier sur l’Etrange Festival 2011 avec le teaser de The Divide (aucune date de sortie communiquée) :



Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. cool le bilan… et la citation, ça fait toujours plaisir ! 🙂
    belle couverture de ce beau festival sur ton blog !

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