[Critique] La Couleur des sentiments (Tate Taylor)

L’apparition d’une production Disney qui s’intéresse au racisme aux Etats-Unis dans les années 60 a de quoi laisser songeur. Contre toute attente, La Couleur des sentiments est une réussite malgré certaines bévues qui auraient pu être évitées sans mal.

Braver lois et interdits

D’aucuns décrieront le nouveau film de Tate Taylor pour son sentimentalisme, son thème central qui, à première vue, peut paraître suranné, vu et revu dans des films à l’approche plus subtile. Ces personnes auraient tort, déjà car le titre donne le ton, La Couleur des sentiments, mais surtout parce que cette belle aventure humaine dépasse la dénonciation de la ségrégation.
Cette histoire nous ramène à une époque difficile pour les gens de couleurs, dans les années 60, où les lois en vigueur dans le Mississippi allaient à l’encontre de la morale : une domestique noire n’avait pas le privilège d’utiliser les toilettes de ses propriétaires – il y avait en effet cette notion de possession, comme d’un simple objet interchangeable à souhait –, ne pouvait s’entretenir avec des personnes de couleur blanche en dehors du cadre de leur emploi et subissait au quotidien un racisme tristement banalisé et autorisé. L’audace de Skeeter (Emma Stone) – et par extension, du film –, jeune femme qui aspire au poste de chroniqueuse dans la presse, est de défier les lois et moeurs en vigueur, jugées, à juste titre, intolérables. La remise en cause d’une société est la dynamique du film.
Adapté du best-seller éponyme de Kathryn Stockett, La Couleur des sentiments révèle, à partir du quotidien de bonnes, les travers d’une société qui se complaît dans son propre déraillement, dans ce rêve américain bancal qui sacrifie des valeurs essentielles, comme la relation entre une mère et son enfant : les bonnes étaient des mères de substitution qui développaient avec l’enfant un lien bien plus fort que la mère biologique. Pourtant, à de rares exceptions près, ces bonnes ne recevaient aucune considération, même de la part des enfants qui, une fois adulte, devenaient leur nouveau patron insensible.

Il y a ici une direction artistique qui charme par sa belle sobriété. La photographie de Stephen Goldblatt témoigne de la singularité de la lumière du sud des Etats-Unis, magnifiant la reconstitution historique accomplie. La bande originale est signée de la main du compositeur Thomas Newman, dont les morceaux n’atteignent pas la beauté de ce qu’il a pu réaliser pour Sam Mendes, sur American Beauty ou Les Noces rebelles, mais qui portent son sceau particulier, cette mélancolie douce, rêveuse et entêtante. Quant aux actrices, elles se montrent toutes remarquables, à l’exception de Bryce Dallas Howard, au style horripilant pour son rôle de ménagère détestable, incarnation du racisme absolu qui confère des accents manichéens au film, fortement attentatoire aux dernières séquences.
Les mésaventures de Minny (Octavia Spencer) et Aibileen (Viola Davis), les deux bonnes au cœur de ce long-métrage, s’écoulent avec une réelle émotion, partagée entre les cruelles brimades, un délicieux humour, et la collaboration avec Skeeter, formidable Emma Stone enlaidie de tiffes frisés. Sans oublier la méconnaissable Jessica Chastain, stéréotype de la blonde mais terriblement attachante par son respect des autres et sa volonté de devenir une femme – et une mère – modèle.

Film familial aux thématiques fortes, La Couleur des sentiments possède une bonhomie irrésistible qui est seulement entachée par une grossière erreur de casting en la personne de Bryce Dallas Howard et d’un manichéisme évitable. Le grand film est manqué de peu.

3.5 étoiles

 

La Couleur des sentiments

Film américain, indien, émirati
Réalisateur : Tate Taylor
Avec : Emma Stone, Octavia Spencer, Viola Davis, Jessica Chastain, Bryce Dallas Howard, Sissy Spacek, Chris Lowell
Titre original : The Help
Scénario de : Tate Taylor d’après l’œuvre de Kathryn Stockett
Durée : 146 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 26 octobre 2011
Distributeur : The Walt Disney Company France


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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4 commentaires

  1. J’ai été moins convaincu. Des clichés, une réalisation plate et un casting blanc décevant m’ont vraiment gâché le spectacle. Bon après j’ai lu le livre donc forcément faut prendre ça en compte aussi, mais je pense que l’entreprise était un peu trop imposante pour les épaules de Tate Taylor. Seulement 5/10 pour moi (et puis j’ai vu la blinde de films du genre vu que c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, du coup ça a encore plus enfoncé mon avis mitigé).

  2. A part Bryce Dallas Howard, j’ai vraiment apprécié l’ensemble du casting. Mais je dois t’avouer que j’ai eu besoin d’une demie-heure pour rentrer dans le film – l’épisode des WC extérieurs en pleine tempête. Quant au livre, je ne l’ai pas lu, mais il est certain que cela modifie la perception d’un film – impossible pour moi d’apprécier Lovely Bones de Peter Jackson en ayant gardé de très bons souvenirs du roman.
    Quand tu parles du « sujet », tu parles du racisme ? A ce propos, j’ai trouvé certaines scènes très intéressantes, comme celle du bus, alors que la route est barrée à cause d’un homicide.

  3. Hormis Spacek et Steenburgen j’ai trouvé l’ensemble insipide.

    Oui évidemment je parle du racisme. Ouais c’était une des rares à ne pas glisser vers le mélo, car le film a la fâcheuse habitude de ne tendre à proposer qu’un seul sentiment, la peine, alors que les autres sont largement mis de côté.

    Et quand je dis que je suis passionné c’est aussi parce que je suis engagé. Je fais partie d’une asso de San Diego où nous organisons des ventes aux enchères et des collectes de fonds pour venir en aide aux populations africaines et aussi offrir des micro-crédits aux femmes afro-américaines qui cherchent à monter des entreprises. Tiens c’est par ici si tu veux jeter un oeil ^^ http://www.designers4africa.org/

  4. Ah oui sur le racisme il y a des films plus fins, plus incisifs, au pif : The Young One de Bunuel (qui traite de la pédophilie dans le même élan !)
    Eh bien ton engagement est à saluer 🙂

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