Alphabet du Cinéma

Il y a quelques jours, Samom s’est lancé dans cet exercice qui permet de dresser son autoportrait de cinéphile ; voici donc ma vision du cinéma avec les 26 lettres de notre alphabet.

Apocalypse Now. Plus qu’un film de guerre, un voyage « Au cœur des ténèbres » comme l’indique si bien le titre de la nouvelle sur lequel il s’appuie et que partage également le documentaire de Madame Coppola sur la genèse du métrage qui aurait pu faire perdre la raison (voire la vie) à son mari. Martin Sheen, Marlon Brando, Dennis Hopper, tous géniaux et possédés jusqu’au fin fond de leur être dans une jungle oppressante et hallucinante. Un chef d’œuvre.

Bridges, Jeff. Le Dude. Il est The Big Lebowski, il est la zen attitude et la personnification du White Russian (vodka + kahlúa + lait). Mais parler de Jeff Bridges uniquement pour ce magnifique rôle dans le film des frères Coen serait réducteur, c’est un acteur immense à la filmographie vertigineuse : Tron, The Fisher King, Cutter’s Way, Starman, K-Pax, Iron Man, (…) Il a enfin dégoté un Oscar pour Crazy Heart (pas vu, à cause de la ridicule distribution en salles).

Coen, les frangins. Une carrière excellente et surtout, très variée entre thriller et comédie. The Big Lebowski, comédie saugrenue intemporelle est un de mes films préférés avec Fargo et No Country for Old Men. J’adore leur capacité à toujours surprendre comme le prouve leur dernier film en date, l’iconoclaste A Serious Man.

De Niro, Robert. Bob pour les intimes. Mon acteur fétiche, c’est lui. Son jeu, c’est de l’art à l’état pur. Il forme une sacrée paire avec Scorsese (vivement leur prochaine collaboration), allez, comme ça, juste quelques noms : Mean Streets, Taxi Driver, Raging Bull, Casino et j’en passe, oui. A côté de ça, il crève l’écran dans The Godfathers Part II ou encore The Deer Hunter. Mais je ne préfère pas me lancer dans sa carrière, il y aurait tant à dire.

Empire strikes back, the. Le retour du père – oops, spoiler ! – Vador. Cité ici pour introduire Star Wars simplement car je mets la première trilogie à pied d’égalité qualitativement, et je considère ces trois films comme un tout indissociable. De la science-fiction épique qui donne du rêve aux gosses et qui vous suit pour toujours, je pense ! Dommage que Lucas prit des décisions radicales pour les films suivants mais ça, c’est un long débat. (Et vive John Williams, au passage.)

Fellini, Federico. De grands films, des connus, des méconnus et justement, mon « gravatar » est l’affiche de l’un de ses films un peu oublié : Le Notti de Cabiria. L’histoire d’une prostituée qui recherche le grand amour. Assurément moins poignant que La Strada et moins époustouflant que 8 ½, je pense qu’il s’agit d’une histoire incontournable pouvant servir de phare dans la vie…

Gondry, Michel. Un univers délirant, toujours proche de l’onirisme et profondément attaché à l’enfance/adolescence. Un magicien de l’image qui a débuté dans le domaine des clips qui lui servent de terrain d’expérimentation. Une collaboration fantastique avec le scénariste Charlie Kaufman a donné naissance à Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Hollywood, Los Angeles. Et ouais, des gros studios avec de gros méchants qui veulent des gros sous mais c’est une industrie qui symbolise toujours le cinéma, enfin, le cinéma américain au moins. Tout un mythe. Et puis, Hollywood, j’adore quand ça inspire les cinéastes pour nous pondre des films inoubliables, comme Sunset Boulevard de Billy Wilder ou Mulholland Drive de David Lynch, pour ne citer qu’eux.

Iñárritu, Alejandro González. Découvert avec 21 Grams, adoré aussitôt. Très bon directeur d’acteur, il possède un excellent sens du montage pour transcender l’émotion et l’essence des scénarios de ses films. Vivement la sortie de Biutiful.

Johansson, Scarlett. Si vous venez voir ce blog de temps en temps vous devez savoir que cette actrice tient une place prépondérante dans mon cœur et ce, depuis que je suis tombé sur son minois au début de Lost in Translation. (Enfin, techniquement, c’est sa culotte qui ouvre le film mais c’est un détail insignifiant, non ?)

Kusturica, Emir. Des films fabuleux, véritables prouesses émotionnelles qui oscillent en permanence entre le drame pur et dur et la comédie burlesque, tout ça en musique et avec une sacrée ménagerie. Underground est probablement mon préféré et Chat Noir, Chat blanc celui où je me fends le plus la poire. Ah, aussi, il a prouvé récemment dans L’Affaire Farewell qu’il a du talent à revendre face aux caméras !

Lynch, David. Mon réalisateur préféré et je pense qu’il est indétrônable. La plupart de ses films développent une ambiance unique où l’angoisse se mêle à la sensualité, où l’amour subit les assauts de la névrose, où réalité, phantasmes, songes et craintes abandonnent leurs frontières. Lost Highway, Elephant Man, Mulholland Drive, Blue Velvet, Inland Empire, (…) – des monuments cinématographiques !

Mendes, Sam. Des films à l’esthétisme classique et soigné, des thèmes forts et émouvants, une direction d’acteur exemplaire. Bref, Sam Mendes, j’adore son boulot et j’ai vraiment les boules qu’il ne puisse pas s’occuper immédiatement de redresser la carrière de l’agent 007 à cause du porte-monnaie troué de la MGM. Y a pas d’appels aux dons qui tournent à Beverly Hills ? On a tout de même American Beauty qui débarque en blu-ray cette année, ça fait plaisir.

Nolan, Christopher. Grand scénariste, réalisateur au talent qui croît de film en film, un gars qui restera dans l’histoire du cinéma à coup sûr. Avant tout, au regard de sa carrière, il réussit là où de nombreux gus se plantent : parvenir à faire de grands films sans aucun moyen et parvenir à faire de grands films avec des budgets faramineux. Y en a beaucoup qui se plantent lorsqu’ils ont le feu vert d’un gros studio (feu vert et billets verts). Qui aurait pu penser il y a une dizaine d’années que le réal du petit mais excellent Following changerait la conception des blockbusters de super héros en revisitant Batman ? D’ailleurs, avec les succès qu’il enchaine, dont le récent Inception, il doit se faire quelques cheveux blancs pour clore en beauté la trilogie de la chauve-souris de Gotham.

Old boy. Pièce centrale du triptyque sur la vengeance de Park Chan-wook, Old boy est un film frappant par son originalité, sa mise en scène, ses interprètes et la violence, aussi bien physique que morale, qui l’anime.

Penn, Sean. Impressionnant comédien, même à l’âge de 22 ans dans la comédie Fast Times at Ridgemont High où il ne joue pas mais incarne littéralement son personnage. Sean Penn n’est pas non plus un manchot derrière les caméras et je considère Into the Wild comme un film d’exception.

Quentin Tarantino. Le “Q” de son prénom est bien arrangeant ! Un mec qui puise dans sa culture cinématographique allant des plus grands chefs d’œuvre aux plus dispensables séries B pour revisiter les genres à sa propre sauce. Le résultat final est l’image des dialogues : désinvolte et savoureux. J’adore aussi sa culture musicale, reflétée par la B.O. de ses films.

Rogen, Seth. Un type bien marrant. Excellent en premier rôle dans Knocked Up de Judd Apatow, j’adore ses petits rôles et apparitions éphémères dans les comédies de cet acabit. J’aimerais être son pote et trainer avec lui, et Michael Cera, et Jonah Hill, et Emma Stone, et Jason Segel, et Anna Faris, et les autres jeunots rigolos ricains. Rogen sera le Frelon Vert dans le prochain Gondry, un projet assez étrange pour l’un et l’autre, je pense.

Scorsese, Martin. Un type bien doué. Il parait que c’est une encyclopédie du cinéma et à en voir (ou entrevoir ?) les références dans ses films, on ne cherchera pas à démonter cette assertion. Ses films de gangsters sont exceptionnels, de part leur nervosité, leurs personnages hauts en couleur, leurs dialogues percutants et leur violence. Pour moi, ses trois plus grands films sont Taxi Driver, Casino et Raging Bull. Shutter Island m’a énormément déçu mais on pardonne tout à un tel monstre du cinéma !

There Will Be Blood. En sortant du ciné, mes potes et moi étions incapables de nous prononcer sur le film. Mais c’était simple et je l’ai compris en le revoyant : il déborde tant de qualités que la première fois est vécue comme une violente agression artistique. Daniel Day-Lewis, sublime et effrayant à en oublier le sens du mot « acteur ». La musique de Greenwood, oppressante, lancinante, mélancolique et atypique, colle parfaitement au caractère de Daniel Plainview, ambitieux personnage rongé par sa soif de pétrole. La photographie de Robert Elswit confère à chaque scène les traits de tableaux de maitre. Paul Thomas Anderson, s’appuyant sur un roman d’Upton Sinclair, écrit un scénario d’une noirceur désespérante avec une rigueur remarquable et son talent de metteur en scène semble au zénith. Outre l’aspect passionnant que représente l’exploitation pétrolière au début du XIXème siècle, There Will Be Blood frappe par la figure sur laquelle il s’articule, ce salopard de Plainview qui symbolise le mal de notre société, un capitalisme immonde qui détruit les êtres un à un, sans amertume ni amour propre. Un film grandiose du premier au dernier plan.

Up (Là-haut). J’ai toujours préféré les dessins-animés classiques à ceux en 3D. Mais là, ce Pixar m’a réconcilié avec les personnages constitués de polygones générés par ordinateur. C’est beau, émouvant, amusant, et puis ça parle à toutes les générations. La musique de Michael Giacchoni est sublime ; l’Oscar qu’il a reçu est bien mérité !

Vol au-dessus d’un nid de coucou (One flew over the Cuckoo’s Nest). Quels acteurs ! La bande de foufous est fantastique et cette immersion dans un asile est pleine d’ambigüité : sont-ils vraiment malades ? Sont-ils vraiment soignés ? Faut-il rire ou pleurer ? Aucune réponse n’est totalement juste ou totalement fausse. Le duel Jack Nicholson – peut-être mon acteur favori derrière De Niro – / Louise Fletcher est un captivant combat psychologique invitant à réfléchir sur la condition des internés en institut psychiatrique. Milos Forman signe un drame exceptionnel.

Watts, Naomi. J’ai un faible pour les blondes aux yeux bleus. Alors impossible de résister aux blondes aux yeux bleus talentueuses, ce qui est le cas de Naomi Watts. Epatante dans Mulholland Drive et 21 grams, elle fournit toujours des interprétations convaincantes même lorsque le film est mineur, faisant de sa présence au casting d’un long-métrage quelconque une raison d’y jeter un coup d’oeil.

X-files, the. Mulder et Scully, David Duchovny et Gillian Anderson, le couple d’enquêteurs culte du petit écran. Une série incontournable pour les amateurs de surnaturel et de petits hommes verts. La captivante mythologie s’est développée au fils des saisons sans pour autant rendre la série hermétique aux spectateurs occasionnels grâce à de nombreux épisodes « indépendants », appelés « loners », se concentrant sur une histoire à boucler en 45 minutes. The X-files, ce sont de longues nuits de terreurs qui précédaient des conversations sans fin dans les cours de récréation… Que de bons souvenirs !

Yakuza Horror Theater : Gozu. C’est le titre américain du film Gozu de Takashi Miike. Un trip farfelu à l’atmosphère parfaitement lynchienne où un Yakuza recherche désespérément sa cible, un collègue et ami, dans un Nagoya où les plus inimaginables bizarreries s’enchainent !

Ztanley Kubrick. Je zozote et alors ? Un touche à tout qui avait du génie puisqu’il a réussi dans tous les genres qu’il a abordé. Méticuleux et patient, Stanley Kubrick ne comptait pas le nombre de prises pour obtenir des acteurs ce qu’il recherchait. Mes films préférés du Monsieur sont 2001, A Clockwork Orange et Full Metal Jacket.

Pour certaines lettres, le choix fut difficile. J’ai donc réuni les personnes concernées et voici un résumé de ce qui s’est déroulé en amont de cet article :

F : David Fincher et Federico Fellini ont fait une course à pied ; Marcello Mastroianni qui passait dans le coin en scooter a pris Federico avec lui qui remporta donc (en trichant) haut la main.
K : Akira Kurosawa, malgré ses armées de samouraïs, n’a pas pu lutter contre la horde de poules, oies et chiens d’Emir Kusturica et a battu en retraite.
M : John Malkovich et Sam Mendes se sont battus sur leur érudition shakespearienne, Sammy l’a emporté de justesse.
W : Orson Welles, en parfait gentleman, a cédé la place à Naomi Watts sans hésiter.

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

14 commentaires

  1. Idée excellente qui pourrait bien m’inspirer. J’ai apprécié le zozotement final et le ton ironique, comme toujours. Par contre, concernant Sam Mendès, quelle déception de le voir accepter le tournage d’un James Bond ! J’ai tout de même hâte de voir le résultat car le genre me parait aux antipodes du réalisateur.

    PS: J’ai lu le premier chapitre de ton roman, très intriguant. Bonne chance pour ta recherche d’éditeur.

  2. Eh bien lance-toi, c’est un exercice assez intéressant.

    A l’heure actuelle, il n’est plus question de James Bond de tte façon avec les déboires de la MGM, mais je suis certain que Mendes pourra/pourrait nous livrer un film passionnant.

    Merci pour tes compliments et encouragements.

  3. plein de jolies références : j’aurais dû penser à old bloy, there will be blood ou encore x-files (la série culte de mon adolescence !) quand j’ai fait le mien, que tu peux lire ici, si le coeur t’en dit Mon cinémABC ( http://cinematheque.over-blog.net/article-mon-cinemabc-54567782.html )

  4. Une très bonne idée d’article, ça risque de m’inspirer dans les jours prochains 🙂

    Sinon c’est aussi agréable de découvrir en détail les goûts cinématographiques de celui qu’on lis et j’ai adoré le ton et les notes d’humour de l’article 😉

  5. Merci chers camarades 😉

  6. salut

    avec un peu de retard
    bravo et merci pour la dédicace

    ta liste me plait énormément

    surtout A-D-Q-V

  7. Merci à toi pour l’idée !

  8. Super idée, avec de sacrées difficultés dans les choix !

  9. moi je ne veux pas le faire même si c’est intéressant. Je me triture vite l’esprit à ce genre de chose sans jamais être satisfait…

  10. salut

    faut juste se lancer et ça vient
    passer une lettre quand on sèche etc….

    🙂

  11. Oui, comme je disais sur le blog de Phil Siné, un petit calepin sur toi et hop, dans les transports en commun, pendant les B.A. des salles de ciné, tu dresses ta liste. Je pense aussi qu’il ne faut pas s’attarder pour éviter un maximum de dilemmes !

  12. Blog cinéma super intéressant.
    Bon idée en tout cas.

  13. Merci l’ami 😉

  14. L’Oscar de Meilleur Acteur de Sean Penn pour Mystic River est une Blague. Mais bon le jeu était faible pour les 5 nommés cette année. Par contre Clive Owen dans Closer est remarquable. Un très bon lui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *