A l’honneur : Taxi Driver (Martin Scorsese)

Taxi Driver DVDTaxi Driver
Film américain
Réalisateur : Martin Scorsese
Avec : Robert De Niro, Cybill Shepherd, Jodie Foster, Harvey Keitel
Scénario de : Paul Schrader
Directeur de la photographie : Michael Chapman
Monteuse : Marcia Lucas
Durée : 113 mn
Genre : Drame, Thriller
Année : 1976
Interdit aux moins de 12 ans.

 

 

 

 

 

 

 

Le film :

Cet article dévoile des éléments clefs du film (sans révéler la fin).

Etranges sont les personnes qui, face à l’insomnie, prennent des pilules pour rester éveiller jusqu’à l’aube. Etrange est ce vétéran du Vietnam qui va occuper ses nuits à conduire un taxi dans les rues new-yorkaises ; toutes les rues sans exceptions, quartiers malfamés ou non, cela n’a pas d’importance pour Travis Bickle (Robert De Niro). Glauque et violent est le New York nocturne des années 70 dont témoigne Taxi Driver.
L’osmose entre le scénariste, le réalisateur, et les premiers rôles sont sans aucun doutes, la pierre angulaire d’un succès éventuel. Et effectivement, Paul Schrader, Martin Scorsese et Robert De Niro, forment un trio exceptionnel – ils se retrouveront d’ailleurs pour le non moins célèbre Raging Bull. Sans eux, difficile d’imaginer que le résultat final puisse avoir été aussi bon entre d’autres mains. Bien sûr, la photographie de Michael Chapman, la musique de Bernard Herrmann ainsi que les autres interprétations (avec notamment Cybill Shepherd, Jodie Foster et Harvey Keitel) ne peuvent en aucun cas être ignorés dans cette réussite totale.
De Niro - Travis Bickle
Le scénario élaboré par Paul Schrader nous plonge aux côtés d’un solitaire particulier, quelque peu paranoïaque, raciste latent, égaré dans le labyrinthe d’une métropole où prolifère la vermine une fois la nuit tombée. Lorsque Travis ne transporte pas la faune new-yorkaise, il se rend dans des cinémas pornos. Lorsqu’il n’est pas au cinéma, il tient son journal où il déverse tout son dégoût, toute son animosité pour le monde infect dans lequel il évolue. Autour de lui, à travers son regard, tout n’est que violence, menaces et racolages.
Quelle personne, même la plus saine qu’il soit, ne serait pas poussée aux portes de la psychose en baignant continuellement dans un tel univers, sans aucun réconfort humain ?
Travis Betsy
Un salut éventuel se présente par le biais d’une femme envoûtante, Betsy (Cybill Shepherd), militante dévouée pour le sénateur Palantine (Leonard Harris). C’est le coup de foudre pour notre antihéros, qui étonnamment, trouve la force pour l’aborder subtilement et décroche un premier rendez-vous. Inconsciemment ou non, Travis va lui montrer son côté obscur et marginal, détruisant toute possibilité de relation. Etape qui chasse alors toute possibilité de socialisation, Travis est condamné à descendre de plus en plus bas, jusqu’au point de non retour.
Robert De Niro, tout juste oscarisé pour son rôle dans The Godfathers Part II de Francis Ford Coppola, donne vie à ce chauffeur avec une justesse saisissante, presque naturelle, comme si lui aussi, était passé par les mêmes avenues névrotiques. On lui doit également, la fameuse scène improvisée « You talking to me ? », ancrée dans l’inconscient collectif. Martin Scorsese, qui met à nouveau en scène De Niro, Keitel et Foster, déploie une expression filmique inouïe de la part d’un jeune cinéaste, qui regorge de références – Alfred Hithcock, Jean-Luc Godard, Rainer W. Fassbinder, Francesco Rosi, Robert Bresson –, témoignant déjà de sa grande connaissance et maitrise du 7ème art.
De Niro Travis Bickle 2
Taxi Driver est plus qu’un film sur la solitude en milieu urbain, c’est une étude sur les dérives de notre société au travers d’un homme enclin à n’absorber que le mal, composé d’ambigüités et de contradictions – une contradiction ambulante comme le dit Betsy, s’appuyant sur une chanson de Kris Kristofferson. Alors qu’il bouillonne de colère, alors qu’il a commencé à se « reprendre en main », Travis croise la route d’une jeune prostituée, Iris (Jodie Foster, âgée de douze ans seulement), aux mains d’un maquereau interprété par Harvey Keitel.
Jodie Foster - Iris
Stop.
Ce monde infâme n’a-t-il aucune limite dans sa perversion ?
Un visage innocent et juvénile qui n’est pas à sa place, c’est l’horreur inacceptable en trop, la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Sa longue préparation physique et son équipement ont trouvé une cause à défendre, les actes vont prendre le pas sur les mots vomis dans son journal et Travis Bickle va se transformer une dernière fois ; le psychisme s’empare du physique pour créer cet être « punk », définitivement marginalisé de part sa crête iroquoise (ou crête de mohican) qui renvoie à son passé de militaire (dont il arbore toujours des vestes) : durant la guerre du Vietnam, certains soldats s’offraient cette coupe de cheveux avant de partir au combat. Mais ce rituel remonte aux parachutistes américains de la Seconde Guerre Mondiale, qui l’effectuaient en référence aux Mohicans, réputés pour ne pas connaître la peur du vide. La peur, Travis ne la côtoie pas alors qu’il se jette vers le précipice, bien armé mais sans parachute.
A quoi bon, lorsque l’on vise le vide absolu ?
De Niro Travis Bickle 3 Et pour accompagner cette démonstration de l’enfer d’une ville, de l’enfer d’une vie où la frontière entre justicier et psychopathe est indistinguable, Bernard Herrmann a composé de sublimes morceaux de jazz – qui furent ses dernières compositions, il mourut le dernier jour de l’enregistrement de la bande originale –, oscillant habilement entre romantisme et tourments, entrevues d’une route plus saine et fatalité. Mais les rouages sont trop bien graissés pour s’arrêter, tout nous conduit vers une sinistre apothéose qui laissera une trace indélébile dans l’histoire du cinéma et dont l’ultime scène, provoquera la naissance d’une flopée d’interprétations selon le ressenti de chacun.
De Niro Travis Bickle
Plus de trente ans après sa sortie, Taxi Driver n’a pas pris la moindre ride. Quant à Travis Bickle, on est en droit de penser qu’il y en a probablement ici et là, dans nos métropoles étouffantes où les nouvelles technologies en communication continuent à creuser les abimes de la solitude et de l’aliénation.

 

L’édition à posséder :
La sortie en blu-ray fut souvent évoquée mais toujours repoussée jusqu’à disparaitre de tout planning de la part de Sony. Cependant, une magnifique édition remastérisée est sortie en DVD en 2007.
La version zone 1 (visuel utilisé plus haut) est à privilégiée pour éviter le soucis du pal speed up, néanmoins, malgré qu’elle possède une piste audio et des sous-titres français pour le film, les bonus (identiques entre la version zone 1 & 2) eux, en sont dépourvus.
Le film a été remastérisé. L’image est un peu plus claire, tout en conservant la noirceur originale du film mais en affichant des couleurs aux saturations plus naturelles. Du côté du son, on trouve du très bon Dolby Digital 5.1.
Le film est accompagné de deux commentaires audio – malheureusement, on ne retrouve pas le commentaire de Martin Scorsese présent sur le laser disc de Criterion –, un du professeur Robert Kolker et un du scénariste Paul Schrader – qui contrairement au premier, s’avère assez décousu. On trouve également le scénario original.
Un second disque contient trois heures de bonus, dont un making of ainsi que de nouvelles interviews de 2006 :
Martin Scorsese revient sur l’importance du storyboard (4mn).
Comparaison du Storyboard avec le film (8mn).
Martin Scorsese à propos du film (17mn).
La production de Taxi Driver (10 mn).
Comparatif des lieux 1975 / 2006 (3mn30).
Making Of (1H10).
Influence et Reconnaissance, interviews d’Oliver Stone, Robert De Niro, (…) à propos du film et de Scorsese (18mn).
« God’s Lonely Man », étude du scénario avec Paul Schrader (22 mn).
Histoires de « taxi drivers », interviews de véritables chauffeurs new yorkais (22 mn).
Le New York de Travis (6 mn).
Galerie Photo, avec la musique de Bernard Herrmann (9mn).

MAJ 2011 : Taxi Driver arrive en blu-ray !

Schrader Scorsese De Niro

Paul Schrader, Martin Scorsese et Robert De Niro

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Avec Raging Bull, deux films qui ont lancé la carrière de De Niro de la meilleure des manières possibles !
    Je suis réellement fan.

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