Critique : Invisible man

Suite à l’épatant film de science-fiction et d’action Upgrade, sorti en France en 2018, Leigh Whannell se réapproprie la figure de l’homme invisible de H.G. Wells dans un thriller horrifique particulièrement fort, plaçant le spectateur du côté de la victime, une architecte brillamment interprétée par Elisabeth Moss.

Enfer conjugal

Vous avez peut-être oublié, à raison, la volonté d’Universal de créer un Dark Universe, pour suivre la mode lancée par Marvel et suivie par Warner Bros, avec l’épouvantable La Momie avec Tom Cruise. Eh bien voici que le projet renaît de ses cendres, ici avec une co-production Blumhouse, pour laisser des auteurs talentueux exprimer leur vision de certains mythes monstrueux du catalogue Universal. C’est donc l’australien Leigh Whannell qui livre la première copie, en revisitant l’homme invisible sous l’angle des violences faites aux femmes. Le film se prive de toute contextualisation pour nous placer directement au cœur de sa situation conflictuelle : au cours de la nuit, Cécilia Kass (Elisabeth Moss), architecte, drogue Adrian (Oliver Jackson-Cohen), son mari, avant de fuir leur vaste demeure. Dans cette scène, on ressent déjà toute la détresse de cette femme, ce besoin vital de se soustraire à celui dont elle partage la vie, un génie de l’optique, qu’elle qualifie comme un pervers narcissique – peut-être un euphémisme. Hébergée par un ami policier, James (Aldis Hodge), Cécilia apprend deux semaines plus tard que son mari a été retrouvé mort. Le frère de ce dernier, avocat, la contacte pour lui signaler qu’elle touchera 100 000 dollars d’héritage chaque mois, pendant plusieurs années, si son casier judiciaire reste vierge. Un tableau qui pourrait paraître parfait, mais Cécilia a l’étrange sensation d’être toujours épié par Adrian, comme s’il était au plus près d’elle, invisible.

Invisible man resitue l’intrigue de l’homme invisible sur un mode assez réaliste, exploitant un terrible sujet de société. Avec son mari décédé, personne ne croit Cécilia lorsqu’elle se déclare toujours suivie, persécutée. Un enfer conjugal sans limite, dépourvu de preuves matérielles. Le spectateur assiste rapidement à ces phénomènes anormaux, surnaturels et terrifiants. Tout comme dans Upgrade, les effets spéciaux se montrent ici d’une efficacité redoutable, tout en restant simples : des traces de pas sur un drap, un couteau qui flotte dans les airs, et des séquences de confrontations physiques où Leigh Whannell rappelle alors un élément clé de son précédent long métrage. Anxiogène et tendu, Invisible man trouve quelques failles scénaristiques, une propension à tomber dans l’emphase musicale sur certaines scènes, et même en matière de sound design où les déplacements de cette présence invisible appelle d’incongrues sonorités reptiliennes. Mais le film ne perd jamais son cap, sa radicalité qui touche à l’horreur la plus pure, quand la victime devient coupable, et que la vie des êtres aimés se retrouve en péril. Dans ce rôle tragique et terriblement physique, Elisabeth Moss impressionne du premier au dernier plan de cette œuvre immorale, ou du moins, qui impose le débat. Quand un thriller conduit à la réflexion, on ne peut que se réjouir ! Leigh Whannell démontre qu’il est bel et bien un cinéaste à suivre, mais il est regrettable que son prochain projet soit un remake de New-York 1997 du grand John Carpenter, alors qu’on est certain qu’il a de beaux projets originaux à mener. Patience…

3.5 étoiles

 

Invisible Man

Film américain
Réalisateur : Leigh Whannell
Avec : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, Aldis Hodge, Storm Reid, Michale Dorman, Renee Lim
Scénario de : Leigh Whannell, d’après un roman de H.G. Wells
Durée : 124 min
Genre : Thriller, Horreur, Fantastique
Date de sortie en France : 26 février 2020
Distributeur : Universal Pictures International France

 

Article rédigé par Dom

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