Critique : Split

The Visit annonçait déjà un retour pour M. Night Shyamalan, un retour passant par une logique de production plus modeste. Avec Split, le cinéaste indien retrouve tout de sa superbe dans un thriller tendu et captivant. James McAvoy y trouve son plus grand rôle.

La Belle et la Bête

Split s’ouvre sur une scène d’enlèvement aussi simple que saisissante. Sur le retour d’une fête d’anniversaire, trois adolescentes sont kidnappées sur un parking. Kevin (James McAvoy) gaze le père de l’une d’elle pour s’emparer du véhicule avec une facilité déconcertante. C’est une scène clé : en l’espace de quelques secondes, James McAvoy insuffle un sentiment de terreur par sa froideur, les manifestations des toc de Dennis, l’une de ses personnalités, et à ses côtés, la jeune Anya Taylor-Joy, révélée dans The Witch, qui joue Casey, pleure face à cet individu qui semble l’ignorer. Il y a dans le visage de cette comédienne une rare alliance de grâce, de fragilité et de vigueur. La voir dans cette situation, c’est s’y projeter, c’est devenir sa main qui tente d’ouvrir la portière dans un geste imperceptible afin de s’échapper de l’habitacle. Mais la technologie la trahit, Kevin remet son masque et l’endort aussi. Les trois adolescentes se réveillent alors enfermées dans une salle souterraine. Ainsi débute leur cauchemar.

Avec son scénario riche et savamment construit, Split saisit non seulement par l’horreur de sa situation, trois filles face à un homme menaçant qui présente plusieurs identités procédant d’un trouble dissociatif, mais il passionne aussi par sa dimension psychologique, double. Contrairement à ses copines, Casey se positionne d’emblée dans une logique de survie qui passe par la compréhension de son interlocuteur. Quand Kevin est Hedwig, un enfant de neuf ans, elle cherche à l’amadouer et à obtenir des informations sur Dennis et Miss Patricia, les deux entités malveillantes à l’origine du kidnapping. En parallèle, la docteure Karen Fletcher (Betty Buckley, merveilleuse de douceur), psychiatre de Kevin qui connaît parfaitement toutes les identités de son patient, traité avec une approche d’une tendresse presque maternelle, semble être l’unique secours possible pour les prisonnières. M. Night Shyamalan part d’un principe malin avec son personnage psychotique : si chaque identité est indépendante, chacune peut influencer le corps de façon radicale. Ainsi, une des personnalités se montre diabétique, mais surtout, Kevin parle d’une 24ème personnalité, « La Bête », qui pourrait déployer une force et une agilité surhumaines. Pour Casey, Claire (Haley Lu Richardson) et Marcia (Jessica Sula), il faudra s’échapper avant que cette dernière entre dans la lumière, c’est à dire qu’elle prenne le contrôle du corps de Kevin.

Si James McAvoy ne montre pas une vingtaine de personnalités différentes dans le film mais huit, l’acteur impressionne comme jamais auparavant, et ce, sans excès, sans donner ce sentiment d’être dans la recherche de la performance. Par ses tenues, sa gestuelle, son accent, le comédien écossais se transforme d’une scène à la suivante avec l’aisance d’un caméléon. Un rôle d’une grande complexité qui dépasse la figure du kidnappeur : Kevin mène à une véritable réflexion sur l’être, sur le pouvoir du mental sur le corps. C’est une lutte intérieure, entre des identités positives appelant à l’aide – comme Barry – et d’autres comme Dennis au sombre dessein avec Miss Patricia, composant à eux deux « la horde. » Ce terme, ramenant au monde animal, est loin d’être anodin. Déjà, le spectateur plonge dans des flashbacks de l’enfance de Casey, où elle allait à la chasse avec son père et son oncle, des séquences perturbantes qui donnent de l’ampleur à cette héroïne intelligente, brillamment interprétée Anya Taylor-Joy. D’ailleurs, mêmes ses camarades prisonnières font preuve d’intelligence pour tenter d’échapper à Kevin, allant à l’encontre des clichés des victimes écervelées propre à certains films d’horreur. Car c’est vers ce genre que glisse, peu à peu, Split, au fil de l’avènement de la 24ème personnalité bestiale de Kevin.

Captivant, tendu et parcouru d’accès de violence effroyables, le nouveau film de M. Night Shyamalan évite même des écueils que l’on aurait pu craindre pour nous conduire vers un acte final troublant. Ce concentré de suspense est autant l’histoire de cet homme souffrant d’un trouble dissociatif de l’identité que de cette adolescente solitaire, deux êtres fondamentalement touchants pour des raisons différentes mais trouvant des racines similaires. Brillant thriller, à lisière du film fantastique et d’horreur, Split redonne foi dans le cinéma du réalisateur du Sixième sens et d’Incassable comme nous ne l’aurions jamais espéré !

4.5 étoiles

 

Split

Film américain
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Avec : James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley, Haley Lu Richardson, Jessica Sula
Scénario de : M. Night Shyamalan
Durée : 117 min
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie en France : 22 février 2017
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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