Critique : Propriété privée

Restauré en 4K par Cinelicious avec la collaboration de l’UCLA Film and Television Archive, le méconnu film noir Propriété privée, sorti en 1960, regagne les salles de cinéma. Un long métrage prenant où le voyeurisme et la manipulation conduisent doucement à la perte de contrôle.

Désir manipulateur

Premier long métrage réalisé par Leslie Stevens, qui quelques années plus tard, sera à l’origine de la série Au-delà du réel. Avant de tourner ce film, il fut un collaborateur d’Orson Welles : un de ses scénarios servi à la troupe du Mercury Theatre du réalisateur de Citizen Kane. Les deux hommes partagent une même passion pour la précision des cadrages, ainsi, il ne sera pas étonnant de retrouver des plans en contre-plongée particulièrement forts dans Propriété privée, œuvre qui fut entièrement storyboardée afin d’accélérer le processus de tournage – dix jours seulement ! Aux abords de Los Angeles, deux voyous, Duke (Corey Allen) et Boots (Warren Oates, à quelques pas de sa fulgurante gloire), repèrent une belle jeune femme dans une Corvette. Ils la suivent jusqu’à son domicile isolé sur les hauteurs de Los Angeles, dont le jardin est exposé à une demeure inhabitée, lieu investi par les deux hommes mal intentionnés. Afin que Boots ait une première expérience avec une femme, Duke lui garantit qu’il trouvera un moyen de la conduire à son ami sans user de la force. Débute alors un insidieux jeu entre voyeurisme et manipulation, Duke se présentant à plusieurs reprises à Ann (Kate Manx, alors l’épouse du réalisateur) comme jardinier désespéré pour travailler. Mais la manipulation passe par un jeu de séduction troublant les intentions initiales de Duke, d’autant plus qu’Ann se voit délaissée par son mari, malgré ces séquences diurnes du parfait couple américain, véritable rêve qui suscite l’envie des deux observateurs à la fenêtre dominant le jardin et la piscine du couple.

propriete-privee-allen-manx

Si Propriété privée s’ouvre sur une séquence qui conditionne parfaitement le spectateur dans l’atmosphère d’un film noir, Duke et Boots menaçant un pompiste avant de s’imposer dans la voiture d’un automobiliste huppé, le film se débarrasse au travers de la relation entre Ann et Duke de ses traits les plus sombres. D’emblée, la violence est écartée du plan, et l’approche devient presque ludique – ludique et vicieuse –, avec un clin d’oeil au grand maître Alfred Hitchcock. Le premier soir, il est question de s’introduire dans la Corvette, de s’imprégner du parfum de sa propriétaire. La manipulation est totale dans cette œuvre qui confronte les classes sociales, jouant avec la résistance des barrières les cloisonnant. Kate Manx rayonne dans chaque plan face au ténébreux Corey Allen, s’apitoyant intelligemment sur son sort tandis que Warren Oates, jouant un personnage plus simple d’esprit, bouillonne d’envie pour la femme au foyer. A l’aube de la révolution sexuelle, le film de Leslie Stevens contient quelques plans explicites pour tordre le cou aux mœurs de l’époque. Toutefois, la morale du film peut décevoir malgré un acte final tenu d’une main de maître, les rapports entre les personnages ayant atteint le dangereux point de rupture. Le caractère transgressif a ses limites, encore, et la femme a une place à tenir sans écart ! Mais cela ne gâche en rien le prenant déploiement de cette perfide rencontre, et ce, dans une version magnifiquement restaurée.

3.5 étoiles

 

propriete-privee-affiche

Propriété privée

Film américain
Réalisateur : Leslie Stevens
Avec : Kate Manx, Corey Allen, Warren Oates, Robert Ward, Jerome Cowan
Titre original : Private Property
Scénario de : Leslie Stevens
Durée : 79 min
Genre : Drame, Thriller
Date de reprise en France : 7 septembre 2016
Distributeur : Carlotta Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *