Cannes 2016 : le démon de la nuit

Cannes 2016, jour 10, à l’aube de la fin : Dog Eat Dog, The Last Face et la séance de gala de The Neon Demon – en photo ci-dessus.

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La journée débute à la Quinzaine des réalisateur avec le film de clôture de Paul Schrader, Dog Eat Dog. Au cœur de ce thriller sous acide, trois acteurs qui s’en donnent à cœur joie dans leurs personnages violents et détraqués : Willem Dafoe, Nicolas Cage et Christopher Matthew Cook. Un trio de malfrats, tous passés par la case prison, et qui, à nouveau réunis, veulent tenter un grand coup dont le plan ne se passera pas tout à fait comme prévu. Si le scénario du film est loin de le faire briller, ce sont ses acteurs et la réalisation délirante de Paul Schrader qui apportent un immense plaisir face à cette violence délirante et incontrôlée. La scène d’ouverture avec Willem Dafoe est à elle seule un petit bijou. Dog Eat Dog, un thriller qui flirte avec le (bad) trip, que l’on aurait préféré découvrir en soirée, d’autant plus qu’à la fin de séance, seuls Paul Schrader et Willem Dafoe étaient présents, Nicolas Cage arrivant dans la matinée.

A droite Paul Schrader et Willem Dafoe

A droite Paul Schrader et Willem Dafoe

On abandonne la salle presse du palais pour écrire face à la mer, les pieds dans le sable à la Plage Nespresso. L’endroit parfait pour retrouver de la discipline dans le travail dans un espace de détente où la caféine ne manque jamais.

Javier Bardem

Javier Bardem

Retour au palais pour découvrir The Last Face mais avant de gagner la salle, il était possible de voir l’équipe au complet sortir de la conférence de presse. Pas de bousculade mais un festivalier, Bible en main, ne cessait de crier « Jesus loves you ! I don’t want an autograph, just to say that Jesus loves you ! » Si certains ont pris ça avec le sourire, Adèle Exarchopoulos s’est montrée quelque peu effrayée par ce message pourtant venu du coeur, enfin, il faut croire.

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The Last Face se dresse sans mal comme le film le plus mauvais de la compétition. Sean Penn est animé par des motivations louables mais autant sa mise en scène que son récit mènent à une petite catastrophe au casting phénoménal (Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos, Jean Reno, Jared Harris). Se penchant sur les conflits en Afrique, The Last Face suit le difficile quotidiens de médecins humanitaires, risquant leur vie pour sauver celle d’innocents massacrés dans la plus grande ignorance. Avec son style brouillon, ses variations improbables dans les cadrages, le nouveau long métrage de Sean Penn ressemble à une œuvre dans une version non finalisée. Au milieu de ces conflits, une histoire d’amour impossible, dans laquelle Javier Bardem s’avère presque ridicule. Seule Charlize Theron garde la tête haute ici, mais sa pugnacité ne suffit pas pour tenir la barre.

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Evénement de fin de festival, The Neon Demon du danois Nicolas Winding Refn clôturait la journée de projection. En séance de gala, Kirsten Dunst et Mads Mikkelsen, membres du jury, sont arrivés quelques minutes avant le cinéaste danois, sa compagne et son actrice principale, Elle Fanning. Sur le tapis rouge, la pose du combattant de Only God Forgives est toujours de mise avant leur entrée dans une salle des plus enthousiastes.

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Jesse (Elle Fanning) débarque seule à Los Angeles pour se lancer dans le mannequinat. Sa beauté, fascinant les hommes autant qu’elle rend jalouse les femmes sera au cœur de cette œuvre sensorielle. Néons fluorescents et teintes monochromes constituent le style de la photographie de ce film doucement angoissant et contemplatif, langueur extatique dans un monde superficiel qui n’a que la beauté extérieure comme culte quotidien. Elle Fanning est comme une poupée fragile dans ce cauchemar qui détruit la notion du temps et des espaces – les scènes de défilés semblent des projections mentales. Accompagnée d’une musique électronique de Cliff Martinez, l’intrigue du film ne gagne jamais en épaisseur, et c’est peut-être sur ce point que le nouveau Winding Refn laisse un peu sur sa faim. Son sens de l’image est toujours aussi fort, mais son intérêt pour la narration recule, plongeant un peu plus loin dans le mutisme et les silences pesants sans véritable matière à réflexion. Une variation sur le cinéma horrifique, devenu un espace éthéré où la violence et l’étrangeté surgissent comme les flashs d’un appareil photo. Une œuvre singulière, qui s’adressera avant tout aux fanatiques de l’iconoclaste cinéaste danois.

La soirée devait se prolonger à la Villa Schweppes pour la fête du film de Nicolas Winding Refn mais face à l’affluence extraordinaire de festivaliers munis d’un carton, le listing des invités est resté dans les placards. Parmi la foule, beaucoup de clubbers qui ne comprennent pas qu’ils n’entreront jamais, attirés par les DJ Martin Solveig et Busy P. Las, nous abandonnons pour terminer dans une atmosphère plus détendue dans un appartement. Le démon de la nuit nous lâche déjà à deux jours de la fin des fins.

Article rédigé par Dom

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