Bang Gang : rencontre avec Finnegan Oldfield, Daisy Broom et Marilyn Lima

Le 14 décembre 2015, au Festival de cinéma européen des Arcs, j’ai la chance de m’entretenir plusieurs minutes avec Finnegan Oldfield, Daisy Broom et Marilyn Lima, tous les trois à l’affiche de Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson. La veille, nous avons déjà fait connaissance dans l’ambiance électrique d’O’Chaud, le bar festif du Village des Arcs 1950. Autant dire qu’il n’y a donc pas besoin de briser la glace après une nuit si courte pour évoquer leurs carrières, les scènes de nu, la problématique du Sida et Facebook.

Les visages portent les marques d’une fatigue de festivalier mais on sent encore de l’énergie chez les trois comédiens, probablement l’optique de descendre une dernière fois les pistes alpines après cet entretien. Dans le hall du Prince des Cîmes, Finnegan Oldfield et Daisy Broom prennent place dans un confortable canapé en cuir tandis que leur camarade Marilyn Lima s’excuse en prenant un appel un peu plus loin. Finnegan Oldfield et Daisy Broom sont tous deux au casting de la série Engrenages, mais sur des saisons différentes, ils se sont donc rencontrés sur le film d’Eva Husson. Lorsque je leur demande qu’est-ce qui les a conduit vers le métier d’acteur, c’est Finnegan, penché vers moi, qui prend la parole le premier : « J’ai eu la chance de tomber sur un casting dans un conservatoire aux amandiers en allant chercher ma petite sœur, il y avait une affiche qui recherchait un garçon de 13 ans pour un court métrage et ma mère m’a dit d’essayer, que ça serait marrant. Effectivement le casting et le tournage ont été marrants, comme une colo, et ensuite trois ans après on m’a rappelé pour un autre casting où je n’ai pas été pris mais la directrice de casting m’a conseillé une agent artistique, avec laquelle je suis resté dix ans. J’ai commencé à faire des petits trucs, des rôles dans des séries et le gros déclic a été mon premier rôle dans un téléfilm pour Arte, « Lîle Atlantique » de Gérard Mordillat et là j’ai capté que c’était ce que je voulais faire de ma vie. »
Daisy a un autre parcours, qui tient d’abord du hasard : « J’ai été repéré dans la rue quand j’avais 13 ans, et j’ai fait un premier long métrage, ensuite j’ai eu des petits rôles et est venu Bang Gang. J’ai vraiment décidé que je voulais faire ça à 18 ans. Avant je m’en foutais mais, non, non, j’ai pas envie de dire ça. Finnegan lui dis sur le ton de la rigolade « Allez vas-y c’est bon ! Prends pas la tête, raconte ! ». Elle reprend un peu gênée, « Non mais avant je travaillais pas, j’allais à mes castings sans connaître le texte, j’étais vraiment l’ado un peu attardée qui se rend pas compte de la chance qu’elle a… » Daisy rit un peu et continue, « Et du coup à 18 ans je me suis rendue compte que je devais bosser et que ce n’est pas aussi facile. Vu que j’avais été prise pour un film à 13 ans et qu’ensuite j’ai eu un autre rôle à 15 ans, je me prenais pas la tête alors qu’il faut bosser. Ensuite j’ai bossé et je suis arrivé sur Bang Gang. »
Marilyn s’installe dans un fauteuil à côté de moi, s’excuse à nouveau et rattrape la question. Pour elle, c’est son premier rôle, elle n’avait pas du tout prévu de passer devant une caméra et s’estime extrêmement chanceuse d’avoir été appelé par Eva. D’ailleurs, elle est arrivée sur le projet grâce à des photos publiées sur Tumblr tandis que les deux autres sont passées par une phase plus traditionnelle de casting.

Marilyn Lima, Finnegan Oldfield, Daisy Broom. #BangGang #LesArcsFilmFest

Une photo publiée par Dom (@sushi_overdose) le

« Si t’as pas de désir, t’es niqué. »

Lorsque je les interroge sur les faits réels qui ont inspiré Eva Husson pour réaliser ce film, les comédiens sont un peu plus vagues. Finnegan dit qu’Eva ne leur a pas trop donné d’infos dessus, si ce n’est que ça s’est déroulé en Allemagne. Daisy l’interrompt, c’est aux Etats-Unis que ça s’est déroulé. Marilyn ajoute que cela s’est produit à plusieurs endroits. L’action du film, qui se déroule à Biarritz lors de l’été de la canicule, tient purement du travail d’écriture de la cinéaste. Pour rentrer dans le cœur du film, je leur demande comment se préparent-ils sur le plateau pour les scènes de nudité, et c’est Marilyn qui lance « On va être rodés pour cette question ! ». Finnegan Oldfield enchaine, « Et ouais ! C’est toujours un peu délicat de faire ce genre de scènes et de films et on se demande tous comment est-ce que l’on fait pour faire ce genre de choses, et c’est bien de tomber entre les mains de quelqu’un qui est bien intentionné, qui ne soit pas pervers, c’est le travail qu’on a fait en amont avec Eva. On a parlé avec elle, sa vision du scénario, elle nous a montré des clips où elle filmait des adolescents à moitié nus et on pouvait constater que c’est assez beau, une belle manière de traiter la chose. On s’est ensuite tous rencontrés, on répétait ces scènes de nudité habillés, comme une chorégraphie, pour être à l’aise sur le moment parce que ce genre de scène c’est pas « Allez va dans lit, pécho-la ! » Sinon c’est cafouillis, il m’est déjà arrivé de faire un tournage comme ça et c’était juste l’enfer, on te dit qu’un coup « Vas-y » et si t’as pas de désir, t’es niqué. » Marilyn n’a rien a ajouter, ce que confirme Daisy, « Il a tout dit ! »
Je continue alors en leur demandant si les scènes de nu sont les plus compliquées à jouer, une réponse croisée me vient alors de Finnegan Oldfield et Daisy Broom :
F.O. : Chacun a ses facilités et ses problèmes…
D.B. : Après les scènes de nu ou de sexe sont assez mécaniques, il n’y a pas besoin d’une émotion incroyable.
F.O. : Exactement.
D.B. : Alors que se mettre à pleurer en hurlant…
Marilyn Lima hoche de la tête.
D.B. : ou s’énerver contre quelqu’un…
F.O. : Ou simplement rire ou sourire, un franc sourire peut être compliqué.
D.B. : Oui, oui, oui !
F.O. : Ensuite même si on fait des chorégraphies, il faut quand même une énergie pour embrasser quelqu’un, y croire, le répéter plusieurs fois pour que ça semble réel. C’est pas non plus une partie de plaisir parce qu’être les uns sur les autres à moitié à poil au bout d’un moment ça devient éprouvant mentalement, à plein de niveaux. C’est une question d’énergie, être généreux dans ce que tu fais pour l’autre.
ML : Et puis c’est comme dans tous les taf, il y a des matins où tu te réveilles sans avoir envie d’aller bosser.

Finnegan Oldfield dans "Bang Gang"

Finnegan Oldfield dans « Bang Gang »

« Le film témoigne de notre génération. »

Lorsque l’on aborde le cas du visa d’exploitation de La Vie d’Adèle récemment retiré, les trois acteurs ne se montrent pas inquiets pour Gang Bang (Une histoire d’amour moderne). « Comme dit si bien Eva ce n’est pas frontal. C’est délicat et subtil. » me dit de sa voix réservée Marliyn.
Un moment dans le film, le personnage de Nikita (Fred Hotier) dit à Laetitia (Daisy Broom), « Maintenant le Sida, on en meurt plus. » Je les interroge alors sur l’insouciance des personnages par rapport aux IST, Finnegan prend la parole : « On l’impression d’être une génération post-Sida alors que ça existe toujours, avec les traitements et compagnie les gens font moins attention. On l’a impression qu’il n’y a personne d’affecté dans notre entourage. Il m’est arrivé de dire à mon médecin « C’est dingue on parle du Sida mais je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’il est infecté ou qu’il connaît quelqu’un qui le soit. » Il m’a répondu, « Détrompe-toi car dans toutes tes connaissances, il y a forcément quelqu’un qui l’a et ne va pas le crier sur tous les toits. » On a ce côté très insouciant et j’ai des amis qui font n’importe quoi et s’en sortent plus ou moins bien. Voilà, le film témoigne de notre génération. Marilyn et Daisy acquiescent. Mais y a-t-il une solution à ce problème ? « C’est compliqué ça… » dit Finnegan avant que Daisy lance d’une voix enfantine « Il faut mettre des capotes ! ». Un problème de sensibilisation alors ? La comédienne n’est pas certaine, « On a pas ce truc comme dit Finnegan de voir des amis à nous mourir du Sida. » et Marilyn ajoute « Maintenant on sait qu’on peut vivre avec en prenant juste une pilule par jour. ». Daisy conclut en disant que le problème semble appartenir aux années 1980.

Marilyn Lima et Daisy Broom dans "Bang Gang"

Marilyn Lima et Daisy Broom dans « Bang Gang »

« L’image de soi, la course aux like. »

Dans le film, les adolescents publient sur internet des vidéos où ils couchent ensemble. Une conversation naît entre les trois acteurs lorsque je leur demande comment voient-ils ce monde où nous sommes connectés en permanence, capables de partager tout et n’importe quoi à tout instant.
M.L. : Il y a un côté dangereux, des personnes se sont suicidées pour des conneries.
F.O. : Ce dont parle le film et Eva c’est ce rapport qu’ont les jeunes dans le fait de se représenter en permanence, de l’image de soi, la course aux like.
M.L. : Mais il y a un côté inconscient quand même.
F.O. : Oui, inconscient et je pense un peu néfaste, c’est une sorte de miroir que l’on a en permanence, ensuite les gens le gèrent plus ou moins bien mais on avance avec cela et on ne peut pas faire autrement.
M.L. : On commence aussi de plus en plus jeune.
D.M.L. : Vous êtes très présents sur internet, les réseaux sociaux?
F.O. : Hélas je suis addict à Facebook depuis pas mal de temps, je suis obligé de me connecter une fois par jour. Je sais que c’est une connerie mais des fois c’est bien.
M.L. : Oui mais tu t’en sers d’une bonne manière, tu fais pas que de la merde tu mets des trucs intéressants.
F.O. : Je sais mais pas toujours, et je suis sûr que s’il y avait un calcul pour savoir le nombre d’heures passées sur Facebook, je me tirerais une bastos… Parce que j’aurais pu lire des bouquins. Bon, c’est vraiment un discours au ras des pâquerettes mais je pense que c’est une perte de temps considérable et c’est ça qui est dangereux.
D.B. : Je suis pas du tout d’accord parce que sur Facebook j’ai découvert plein d’artistes, je tombe sur des articles super intéressants, ce n’est pas que néfaste non plus.
F.O. : Non, bien sûr.
D.B. : Après il y a des gens qui s’en servent très mal, ils se représentent bêtement, qui mettent des photos dont on se fiche mais ça peut être intéressant et une source de découvertes.
M.L. : Instagram c’est cool.

Matthew McConaughey dans "Mud"

Matthew McConaughey dans « Mud »

« Matthew McConaughey, il joue que dans des bons films. »

Alors qu’on m’annonce que l’entretien touche à sa fin, je les interroge sur les acteurs qui les inspirent. Finnegan invite Marilyn à prendre la parole la première, mais la jeune comédienne est triste d’avouer que « Malheureusement je ne suis pas cinéphile et je suis donc en train de rattraper tout ce siècle de cinéma. Je te dirai ça une prochaine fois. » Finnegan est plus direct : « J’adore les anglais. Gary Oldman, Tim Roth, ils m’ont toujours fait kiffer. D’ailleurs là on a croisé au festival l’acteur de Oslo, 31 août, Anders Danielsen Lie, il est ouf ! Il y a aussi Malcolm McDowell. J’ai grandi avec Robert de Niro et les Scorsese, ce sont aussi de grandes inspirations, car il n’y a pas que les acteurs, il y a aussi les metteurs en scène. »
Nonchalamment mais avec conviction, Daisy déclare « Moi j’adore Matthew McConaughey, il joue que dans des bons films. » Ce à quoi Finnegan ajoute « Il tabasse! » avant de lancer un nom qui semble lui revenir à l’esprit : « Patrick Dewaere était super aussi. »
Daisy a le dernier mot de cet entretien : « Matthew je le suis vraiment, du moment qu’il joue dans un film, je vais le voir. »

Entretien réalisé le 14 décembre 2015 lors du 7ème Festival de cinéma européen des Arcs. Merci à Cartel et Allociné.
Finnegan Oldfield, Daisy Broom et Marilyn Lima sont à l’affiche de Bang Gang (Une histoire d’amour moderne), un film d’Eva Husson, en salle depuis le 13 janvier 2016.

Article rédigé par Dom

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