Les Arcs 2015 : Le tour du cadran

Dernière journée de la 7ème édition du Festival de cinéma européen des Arcs. On y déjeune, on y profite du village, on assiste à la cérémonie de clôture, on découvre Moonwalkers et on festoie sans dormir jusqu’au TGV. Photos ci-dessus © Antoine Monié

Comme dans de nombreux festivals, il y a moins de films à découvrir le dernier jour des Arcs, bien que le Sommet propose encore 3 œuvres, et malgré l’ultime projection de Soleil de Plomb, passé par Un Certain Regard et couvert d’éloges quelques jours auparavant par Frédéric Mercier, chroniqueur à Transfuge et membre du jury court, je décide de rester au Village 1950. Il y a un certain plaisir à rester dans ce cadre enchanteur, ces manoirs regroupés comme si chacun s’offrait la main face aux monts les dominant. On pourrait rester assis des heures face au spectacle que le soleil façonne au fil de sa course, chaque demie-heure semblant offrir par sa lumière de nouveaux reliefs. Et puis, pour cette dernière journée, autant se donner le luxe d’avoir deux vrais repas, chose qui peut être délicate avec les trajets en navette le midi et les activités nocturnes débutant souvent dès le retour au village.

arc-1950

Je retrouve encore une fois la team Amaury et Quentin – vous avais-je dit qu’ils avaient réalisé une vidéo dans laquelle ils Deb’Arcs ? – pour déguster de copieux burgers au Wood Bear Café où courgettes et pesto accompagnent l’énorme steak. Le ventre bien calé, il est temps de dire au revoir à l’équipe HMC – Fabrice, Fiona et Delphie –, Amaury étant le seul de la bande à rester pour l’ultime fiesta. Petit pincement au cœur, déjà. On ne noie pas son chagrin dans l’alcool mais dans le fromage, Reblochon et Tomme de Savoie étant des éléments indispensables à posséder dans sa valise sur le chemin du retour – tout comme la bouteille de Chartreuse gagnée lors de la soirée Vodkaster et miraculeusement préservée.
On pourrait aussi profiter une dernière fois de la piscine, mais il faut penser à ranger un minimum, oublier l’appartement 5 étoiles où l’on ne manque de rien, où l’on pourrait étouffer par tant d’espace, où l’on pourrait succomber par la vue offerte par le balcon, donnant sur les pistes et la piscine extérieure de la résidence. Quarante-cinq minutes avant la cérémonie, une navette spéciale nous descend au Taillefer. L’envie de faire un petit somme s’évanouit lorsque je me retrouve entourée par Claire, Léa et Marie, qui toutes les trois, ont bûché dur pour faire de ce festival une réussite.

arcs-cloture-2015

Classique, la cérémonie de clôture, qui débute avec son léger retard indispensable, voit Claude Duty inviter sur scène toutes les personnes qui ont permis à cette 7ème édition d’exister, du directeur général au maire de Bourg-Saint-Maurice en passant par les bénévoles. On retiendra l’humour des différents présidents des jurys se succédant sur scène : Louis-Do de Lencquesaing déclare qu’ils ont vu de bons courts métrages, marque une pause, des films étranges, et quelques mauvais films ! Aux rires de la salle il ajoute qu’il a été très heureux d’être dans ce qui est pour lui le plus beau festival de cinéma d’Europe. Plus tard, Sylvie Pialat, présidente du jury suite à l’empêchement de Claire Denis, lance vers Louis-Do « Louis-Do ne voyage pas beaucoup, c’est le plus beau festival du monde ! Et nous aimerions conserver notre appartement à vie au village ! » Ce à quoi Claude Duty répond que cela va se compliquer au fil des années car chaque juré souhaite revenir. C’est vrai qu’en tant que festivalier « classique », du moins, muni d’un badge presse, nous sommes assez bichonnés par les équipes du festival et de Pierre & Vacances Premium, les VIP doivent être alors aux anges. Mais passons au palmarès, resserré sur deux films malgré la qualité de la compétition :

Rúnar Rúnarsson au milieu du jury, Flèche de Cristal en main.

Rúnar Rúnarsson au milieu du jury, Flèche de Cristal en main.

Palmarès complet des Arcs 2015

Flèche de Cristal
La Flèche de Cristal, en partenariat avec Digimage, a été remise au long-métrage islandais Sparrows de Rúnar Rúnarsson.

Grand Prix du Jury
Le Grand Prix du Jury a été attribué au film français Bang Gang (une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson.

Prix du Public
Le prix du Public, remis en partenariat avec France 4, a récompensé le film irlandais Room de Lenny Abrahamson.

Prix d’interprétation féminine
Le Prix d’interprétation féminine a été attribué à la comédienne Manal Issa pour son rôle dans Peur de rien de Danielle Arbid.

Prix d’interprétation masculine
Le prix d’interprétation masculine a récompensé le comédien Atli Óskar Fjalarsson pour son rôle dans Sparrows de Rúnar Rúnarsson.

Prix de la Meilleure musique originale
Le prix de la meilleure musique originale, doté par la SACEM, a été attribué à White Sea pour le film Bang Gang (une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson.

Prix de la Meilleure photographie
Le prix de la meilleure photographie a été décerné à Sophia Olsson pour le film Sparrows de Rúnar Rúnarsson.

Prix du Meilleur court-métrage
Le Prix du Meilleur court-métrage, en partenariat avec Transfuge a été attribué à Sali (Mardi) de Ziya Demirel et deux mentions ont été décernées à Le repas dominical de Céline Devaux et Vous voulez une histoire ? d’Antonin Peretjatko.

Prix du Jury Jeune
Les lycéens de Bourg Saint Maurice, Albertville et Chambéry ont remis le prix du Jury Jeune, en partenariat avec Engie, au film Bang Gang (une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson.

Prix Cineuropa
Le prix Cineuropa, attribué à un film produit ou co-produit par un pays participant au programme MEDIA ou membre du programme Eurimages, a été remis au film Bang Gang (une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson.

Prix Work-in-Progress
Le Prix Work-in-Progress, en partenariat avec Digimage a été remis à Son of Sofia, deuxième long métrage de la réalisatrice grecque Elina Psykou.

Prix Arte-Village des Coproductions
Le prix Arte-Village des Coproductions a été remis par Rémi Burah à Disco Boy, projet franco-italien de Giacomo Abbruzzese produit par Juliette Sol de Stromboli Films.

Avec respectivement quatre et trois prix, Bang Gang (une histoire d’amour moderne) et Sparrows sont les grands gagnants de cette compétition où il pouvait être attendu qu’un film comme Room rallie la majorité du public. Manal Issa, la révélation de Peur de rien, s’empare sans la moindre contestation possible du prix d’interprétation féminine. A noter que Sparrows, le grand gagnant que j’ai évidemment manqué, démontre toute l’importance de ce festival : au cours des précédentes éditions, le projet de Rúnar Rúnarsson s’est concrétisé grâce au Village des Coproductions avant de passer par la section Work-in-progress.

moonwalkers

La clôture nous conduit sur les routes d’un complot psychédélique avec le film Moonwalkers. Parmi les théories et légendes gravitant autour de Stanley Kubrick, il y a celle qui prétend que la vidéo sur la Lune de la mission Apollo 11 serait le fruit du réalisateur de 2001 : l’odyssée de l’espace. En effet, que la mission soit un succès ou non, il aurait fallu assurer la transmission d’une vidéo démontrant au monde et au bloc soviétique la suprématie des américains en matière de conquête spatiale ! Le premier long métrage d’Antoine Bardou-Jacquet va retracer cette histoire qui aurait pu être traitée sous l’angle du thriller mais c’est la comédie qui est adoptée aux heures de gloire des hippies, du rock et des substances illicites. Ron Perlman, absolument excellent, campe Kidman, un agent de la CIA traumatisé par le Vietnam, chargé de contacter Kubrick via son agent et de leur livrer une belle mallette de liquide afin de réaliser le fallacieux film sous sept jours. Seulement, Kidman va tomber sur l’agent d’un groupe de rock qui saisit l’opportunité, Jonny (Rupert Grint), et ce dernier déguise alors son ami et colocataire expert en drogues Leon (Robert Sheehan) en sosie lointain de Kubrick. Si les deux acolytes réussissent à subtiliser l’argent, elle leur échappe rapidement et Kidman les rattrape pour mener le film vers un tournage au sein d’une communauté hippie. Lourd au décollage par son hystérie et le surjeu de Rupert Grint, Moonwalkers trouve sa vitesse de croisière dans la demeure des hippies avec son entrée sous Jefferson Airplane. Dès lors, le stoner movie peut se déployer avec quelques séquences fabuleuses, dont un Ron Perlman sous acide ou encore l’hilarant alunissage en studio mené par un Robert Sheehan complètement perché. Fun et énergique, ce premier long métrage déploie aussi de sympathiques séquences d’action, bien qu’empruntant aux standards actuels du genre – on peut aller piocher chez Guy Ritchie ou bien dans Kingsman : Services secrets. Rien de tel qu’un film poilant pour quitter un festival.

kwamie-liv-luigi

La dernière des dernières, ça débute chez Luigi, autour d’un buffet composé de spécialités savoyardes, dont le fantastique gratin de crozets. Je retrouve des membres du staff, fais connaissance avec les dernières personnes croisées si peu auparavant et retrouve Frédéric Mercier pour parler à nouveau cinéma, et plus particulièrement polars français. Dans nos bouches, Adjani dans Mortelle randonnée et L’été meurtrier, le Trou de Becker, Panique de Duvivier, … Dans la cave, le concert de Kwamie Liv a débuté, et si sa pop rêveuse est assez enchanteresse, il me faut plus d’énergie pour pénétrer dans la nuit. Je ressors après un happening où se retrouvèrent sur scènes certains festivaliers dont Anders Danielsen-Lie et Claude Duty et tombe sur Diego, qui se révèle en véritable encyclopédie du cinéma érotique et porno des années 1970. Je glisse d’un groupe à l’autre, tombe sur Lola Créton qui est en compagnie de l’acteur norvégien Anders Baasmo Christiansen, vu dans Refroidis le premier jour du festival. Je révise un peu mon norvégien fort rouillé avant de rebasculer vers l’anglais. L’acteur a passé une excellente semaine malgré une mauvaise chute en ski dans l’après-midi, il a pu aussi se baigner dans la culture musicale française. Sur son portable dont la batterie s’apprête à l’abandonner, il nous fait écouter « Bob Morane » et « Le Sud ». Je lui recommande d’écouter l’album Melody Nelson de Gainsbourg mais il n’a pas le temps d’en prendre note. Il me garantit qu’il retiendra le conseil et nous venons à évoquer le problème des films de super héros, en surnombre, et nous partons sur le délire de réaliser un « Hat man ». Anders nous dit que le personnage aurait les capacités sociales du type de chapeau porté, lui permettant de réaliser des prouesses diplomatiques, mais sans cela, il serait d’une grande timidité. J’ajoute alors qu’à un moment crucial du film, il a rendez-vous dans un restaurant… Comment va-t-il s’en sortir alors ? On décide aussi que Lola jouera le personnage principal, il n’y a pas assez de femmes au premier plan dans les films de super héros.

luigi

Nous redescendons pour le DJ set où Murielle et Ip stick se relaient derrière les platines. L’ambiance est plus électronique, plus festive. Il faut éliminer ses tickets boissons, d’autant plus que Clara m’informe que d’ici 2h du matin, ils ne seront plus acceptés. C’est donc ma tournée, ayant économisé bêtement des tickets en milieu de semaine. Sur la piste, s’il y a bien une personne qui dégage une énergie incroyable et communicatrice, c’est bien Lola Créton, qui aime s’amuser et se dépenser sans relâche. Juste derrière, Jules Sitruk a aussi du niveau, et c’est un grand plaisir que de partager un bout de piste avec ces deux compères. La chaleur extrême du lieu oblige à faire des breaks à l’extérieur, que l’on soit fumeur ou non. Avec Lola c’est l’occasion de parler un peu cinéma, elle me recommande Head-on de Fatih Akin tandis que je lui avoue mon amour pour Jessica Chastain ; elle, son grand amour, c’est Javier Bardem. Foxcatcher et ses performances incroyables vient aussi dans la conversation. Paul Hamy vient nous chercher et nous invite à redescendre. On constate alors que de nombreux festivaliers ont déjà quitté le navire définitivement, c’est qui est dommage car cela aura pour conséquence de précipiter la fin du show. Peu avant 4h, Lola décroche, on ressort en parlant de la chance que nous avons d’avoir chacun découvert ce que nous voulions faire de nos vies, ce qui n’est pas donné à tout le monde. En bas, le bar ferme et Murielle est poussée à interrompre son set en envoyant un slow sans avertissement. Beaucoup y voient l’appel du lit, les autres se regroupent pour chercher un after. Ce sera chez une festivalière dont j’ai oublié le prénom, eh oui… Robert Sheehan sort des entrailles de Luigi avec deux bouteilles de Vodka en main, je passe chercher les bières survivantes à la semaine dans mon antre et la nuit continue…

Robert Sheehan au cocktail de la cérémonie de clôture.

Robert Sheehan au cocktail de la cérémonie de clôture.

Nous sommes une belle vingtaine dans une chambre des Jardins de la cascade. Equipé en son et en boisson, l’after se lance dans la bonne humeur. J’atterris sur le balcon où se trouve Robert Sheehan. Nous parlons un peu de Rupert Grint qui n’a pas fait le déplacement aux Arcs et de Moonwalkers. Son personnage, souvent défoncé, peine à s’exprimer, broyant avec difficulté l’ordre des mots lorsqu’il ne bougonne pas dans sa barbe. Il me raconte qu’un jour, sa mère était sur le plateau et déclara après une prise où son personnage s’emmêle les pinceaux, « Je suis désolé, mais en temps normal Robert connaît parfaitement son texte. » Robert me raconte également que lors du passage du film à South by Southwest au Texas, il avait rencontré avec le réalisateur le milliardaire Mark Cuban, qui avait aimé le film. Avec ses comparses, Robert appelait le fortuné Mark Cuba et lui demanda de libérer les prisonniers de la baie de Guantánamo. Peu réceptif et face à l’insistance des artistes, Mark Cuban les abandonna en lâchant un « Vous êtes ennuyeux. » On sort alors des anecdotes sur Kubrick, Tom Cruise et Ryan Gosling avant de regagner le salon. Paul Hamy est toujours d’attaque, tout comme Victoria Bedos. Lorsque la dernière bouteille livre son ultime goutte, la plupart des convives de la nuit quitte les lieux. Sur les coups de 7h, je file pour terminer ma valise, ranger, et prendre le dernier petit-déjeuner au Manoir Savoie avant de descendre pour le TGV de 10h11. Je retrouve Frédéric Mercier, Marie Amachoukeli et Louis-Do de Lencquesaing. Les œufs brouillés semblent plus fades qu’en temps normal, ils portent la saveur de la fin. Tous, nous allons rejoindre notre quotidien, nos projets, et peut-être que nous nous retrouverons ici ou dans un tout autre festival, sur un plateau de tournage ou au hasard de la rue. La descente vers la gare de Bourg-Saint-Maurice dans un van Cool bus est toujours l’occasion de parler cinéma, ce qui est préférable à un sommeil mouvementé avec les virages secouant des estomacs rudement mis à l’épreuve. Dans le TGV, qui n’est pas tout jeune, difficile de trouver le sommeil par le confort réduit de ses sièges. Somnolence infinie. Arrivés à Gare de Lyon, sur le quai, j’ai la chance de pouvoir dire au revoir à Lola Créton, toujours aussi souriante – je n’aurais pas aimé voir ma mine décomposée à cet instant. Vite, il faut rentrer, faire le tour du cadran pour recharger ses batteries et rêver encore quelques heures de cette belle semaine de cinéma et de festivités qui est passée comme une flèche – de cristal, bien entendu !

Merci infiniment à AlloCiné et Cartel.

Article rédigé par Dom

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