Critique : Jauja

Jauja, terre mythologique d’un bonheur jamais trouvé, réuni Lisandro Alonso et Viggo Mortensen pour une œuvre atypique. Classé dans la catégorie western, le nouveau film du réalisateur argentin tient tout autant du film d’aventure que du voyage métaphysique. Singulier et fort.

Voyage éthéré

De part son format d’image, un 1.33 aux contours arrondis comme une vignette, et sa photographie se détournant d’une approche naturaliste, Jauja ressemble dès ses premiers plans à un souvenir. Le souvenir d’un film d’aventure. Pas du film d’aventure riche en rebondissements et scènes d’action, mais le film d’aventure porté purement par l’exploration d’une terre mystérieuse – la Patagonie –, où se diffuse déjà le parfum de personnages légendaires – un certain Zuluaga qui se serait détourné de l’armée. Au cœur de cette exploration, le capitaine Dinesen (Viggo Mortensen), accompagnée par sa fille Ingeborg (Viilbjørk Malling Agger), dont les charmes ne laissent pas insensibles les soldats. D’ailleurs, elle s’échappe rapidement avec l’un d’entre eux au beau milieu de la nuit. Pour Dinesen, une seule chose compte alors : retrouver son enfant au milieu de ce désert à la fois aride et luxuriant, terre sauvage où la civilisation ne semble aucunement conviée. Débute alors une longue chevauchée solitaire et contemplative.

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Avec la seconde trajectoire du film où Viggo Mortensen, fabuleux, se retrouve seul avec sa monture, le temps s’étire pour amplifier la résonance du moindre événement : un soldat blessé – qui mène à l’échange typé du western –, l’apparition d’un chien, qui provoque en plus un étrange écho à un souhait d’Ingeborg, prononcé avant sa disparition. Dans la déroute, l’approche de la perte d’un être, Jauja parvient à basculer en deux étapes le film dans une dimension absolument inattendue. Un dialogue dans une grotte conduit sur un sentier à la lisière du mysticisme et de la métaphysique. La place occupée successivement par l’exploration et la recherche invite non pas à une forme de réflexion mais de méditation sur la vie. Alors qu’on pourrait quitter l’explorateur par une nuit étoilée où résonne la guitare mélancolique de Buckethead, Jauja rompt à nouveau avec les conventions pour un épilogue aussi simple que merveilleux. Merveilleux car toutes les certitudes s’évanouissent en l’espace de quelques plans, offrant alors tout le plaisir du mystère et des chimères. Et l’ésotérisme relatif du film ne procède en aucun cas d’une posture arrogante de Lisandro Alosonso, c’est le produit d’une singularisation conjointe de la matière du récit et du montage. D’aucuns pourraient être rebutés par le rythme inhabituel de Jauja, œuvre qu’il serait regrettable de bouder tant ses qualités s’avèrent si rares dans un paysage cinématographique frileux en expérimentations. On quitte ce voyage troublé car les mots manquent pour qualifier l’expérience vécue, autant réelle qu’irréelle, liaison sublime entre passé et présent, être perdu et être retrouvé.

3.5 étoiles

 

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Jauja

Film argentin, danois, français, mexicain, américain, allemand, néerlandais, brésilien
Réalisateur : Lisandro Alonso
Avec : Viggo Mortensen, Viilbjørk Malling Agger, Esteban Bigliardi, Ghita Nørby
Scénario de : , Fabian Casas
Durée : 109 min
Genre : Drame, Western
Date de sortie en France : 22 avril 2015
Distributeur : Le Pacte

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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