[Deauville 2014] #04 McTiernan militant

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De Uncertain Terms aux Off de Trouville en passant par des rétrospectives et l’hommage à John McTiernan, découvrez le riche parcours de cette quatrième journée de festival. Ci-dessus, l’entrée du cinéma du casino.

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Il y a des films que l’on sent « bien » rien qu’à leur titre, sans même connaître le réalisateur. C’était le cas à mes yeux pour Uncertain Terms de Nathan Silver, long métrage en compétition présenté en séance de 11h00 au C.I.D., où Vincent Lindon continue de recevoir les applaudissements les plus fournis lors de son entrée dans la salle.
Chronique de grossesses précoces et de couples brisés, ce film se déroule dans un foyer pour adolescentes enceintes en difficulté. Au milieu de ces futures mères, un trentenaire, éloigné de sa femme qui l’a trompé : Robbie (David Dahlbom). Venant à l’aide de Carla, à la tête de ce refuge isolé dans la forêt, Robbie tombe sous le charme de Nina (Inda Menuez), toujours en couple malgré sa situation délicate. Pour compliquer l’affaire, Jean en pince pour Robbie qui n’a que faire de ses avances. Exploitant le cadre forestier de son film avec une caméra épaule exclusivement, Nathan Silver parvient à capter de jolies séquences avec ses jeunes comédiens. Pourtant, Uncertain Terms manque cruellement de profondeur pour séduire, ne plongeant jamais entièrement dans le destin de ces jeunes femmes enceintes ni dans celui des personnages sur lesquels il se concentre. En résulte donc un film tout à fait anecdotique, venant contredire l’intuition d’origine.

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En ce lundi après-midi, il était possible d’enchaîner deux rétrospectives, Mondwest de Michael Crichton, projeté au cinéma du casino, et A la poursuite d’Octobre Rouge de John McTiernan au Morny. Le premier est une petite pépite de science-fiction, entre Terminator et Jurassic Park – peu étonnant puisque Crichton est derrière le roman ayant servi de base au film de Steven Spielberg. L’action se déroule dans un parc d’attraction pour adulte, Delos, où trois univers – far west, moyen-âge et empire romain – permettent pour la somme de 1000 dollars par jour de vivre dans une autre époque et d’y assouvir tous ses désirs, même les pires. Ces mondes sont peuplés par des robots à l’apparence humaine ; seul détail trompeur, leurs mains. Il est possible de les abattre, de coucher avec de jeunes demoiselles, et ce, sans conséquences : les machines ne peuvent s’attaquer à l’homme et les armes ne peuvent pas blesser un humain. Seulement, les robots, réparés chaque nuit, vont développer leur intelligence et contourner les barrières imposées. Projeté dans le cadre de l’hommage au comédien Yul Brynner, campant un robot cowboy pugnace, véritable ancêtre du T-1000 de James Cameron, ce film séduit par sa mise en scène, son humour et ses séquences d’action. James Brolin et Richard Benjamin jouent aussi un excellent duo d’amis venus s’amuser dans ce cadre aussi ludique que dérangeant. Une œuvre à redécouvrir au plus vite puisqu’elle reviendra sur le petit écran sous forme d’une série TV. Seul regret, le film nous a été projeté sans nul doute à partir d’un DVD alors que Mathieu d’Onlike me glissa à l’extinction des lumières « J’espère qu’on aura une copie 35 mm ! ».
C’est par contre une copie 35 mm qui attendait les spectateurs venus replonger dans le quatrième long métrage de John McTiernan, A la poursuite d’Octobre Rouge, prodigieuse œuvre d’une intensité psychologique et tactique spectaculaire. Il n’y a probablement aucun film de sous-marin qui atteint un tel degré de perfection, que ce soit sur le plan formel que dans son récit palpitant signé Tom Clancy. Sean Connery campe le capitaine Ramius, à la tête d’un nouveau sous-marin russe capable de naviguer silencieusement, arme absolue pour s’attaquer aux Etats-Unis. Seulement, Ramius compte passer à l’Ouest, se retrouvant chassé par sa propre flotte tandis que les américains y voient une terrible menace à éliminer au plus vite. Seul un homme, Jack Ryan (Alec Baldwin), pense avoir compris le véritable geste de Ramius. Avec ces sublimes visages dans les abysses et son suspense redoutable, A la poursuite d’Octobre Rouge se dresse probablement comme l’oeuvre la plus monumentale de John McTiernan.

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John McTiernan recevait sont hommage au C.I.D. quelques minutes après cette projection. Sur scène, le cinéaste se montra militant, dénonçant les conditions d’emprisonnement aux Etats-Unis et soulignant la gravité de la situation culturelle de sa nation, capable selon lui de mener à une nouvelle guerre civile. Son besoin d’exprimer son inquiétude et son amertume dépassa toute envie de parler de son cinéma. Il espère d’ailleurs que les européens se montreront capable de sauver son pays ! Le réalisateur Peter Sattler, qui présentait son premier long métrage, Camp X-Ray, déclara être incapable de parler après un tel discours de la part de McT.

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Son film nous plonge dans une aile de Guantanamo aux côtés de nouvelles recrues, dont fait partie Amy Cole (Kristen Stewart). Avec son introduction percutante, la découverte des méthodes des militaires et des conditions de détention effrayantes, tout pouvait conduire Camp X-Ray à s’imposer comme un premier film immense. Mais la recherche d’humanité que creuse le cinéaste en créant une relation entre Cole et un détenu – Peymaan Moaadi – se trouve parfois plombée par un dialogue qui sonne faux à plusieurs reprises. La mise en scène, d’abord impressionnante, se noie dans une utilisation de longue focale qui décloisonne souvent le bloc pourtant si étroit. Porté par quelques scènes fortes, ce drame offre à Kristen Stewart un rôle qu’elle saisit brillamment, partagée entre autorité militaire et humanité féminine. Femme militaire qui doit autant faire face à la pression qu’exercent les détenus – le mot prisonnier est banni pour que la convention de Genève ne s’applique pas en ce lieu – qu’à l’attirance qu’elle provoque à l’un de ses supérieurs, Amy Cole est un personnage captivant, notamment grâce au regard du cinéaste sur sa condition face à une horreur institutionnalisée. Une œuvre intéressante malgré quelques erreurs de jeunesse dont Sattler devrait probablement se débarrasser par la suite.

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La journée s’achève aux Off Courts de Trouville où Les Passeuses, deux DJ (photo ci-dessus) pétillantes et à l’énergie communicative livraient un set rétro et dansant. En ce lieu convivial où la bière coule pour un tarif modeste, à force de discuter avec des producteurs, comédiennes et comédiens venus ici pour présenter leurs films, la décision de s’éloigner de Deauville jeudi après-midi a été prise afin de découvrir une série de courts métrages au sein du casino de Trouville. Affaire à suivre.

Article rédigé par Dom

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