[Critique] Enemy, réalisé par Denis Villeneuve

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La collaboration entre Jake Gyllenhaal et Denis Villeneuve continue quelques mois après Prisoners avec Enemy. D’abord intrigant grâce à son atmosphère, ce nouveau thriller intimiste implose par sa vanité.

Comme deux gouttes d’eau

La faiblesse fatale à Prisoners se trouvait dans son scénario, labyrinthe aberrant à la triste résolution. Si Enemy se montre plus fluide et accrocheur, il se conduira vers un dernier acte capable d’annihiler à lui seul toute l’œuvre entreprise. En matière de choix artistiques, on ne peut qu’admirer le travail de Denis Villeneuve, son problème actuel réside dans son engagement pour des scénarios fragiles, chancelant jusqu’à leur conclusion. Adapté du roman L’Autre comme moi de José Saramago, Enemy est l’histoire d’un professeur d’histoire qui, au hasard d’une conversation avec un collègue, va regarder un film dans lequel un figurant lui ressemble étrangement. Ce prof, Adam (Jake Gyllenhall), poursuivi par des visions cauchemardesques d’arachnides, mène une vie assez terne avec sa compagne Mary (Mélanie Laurent). Cette découverte surprenante le pousse à entrer en contact avec la personne qui pourrait être un jumeau dont il n’avait pas connaissance, mais le comédien, Anthony – toujours Jake Gyllenhaal –, bien qu’identique physiquement, montre un tempérament plus agressif que le sien. Débute alors une une confrontation sourde où le comédien, futur papa marié à une jolie blonde (Sarah Gadon), désire prendre la place d’Adam une journée afin de goûter à la chair de Mary.

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Habité par un véritable malaise dès l’énigmatique première scène où les femmes, le sexe et les araignées se retrouvent liées, Enemy intrigue avec ses vertigineux plans aériens en centre-ville, ses câbles de tramway qui s’apparentent aux fils tissés par de repoussantes créatures à huit pattes et sa photographie (et décors) ayant banni le rouge et le bleu au profit d’une dominance jaune blafarde. Il n’y aura d’ailleurs qu’un élément qui ramènera ces couleurs au cours de rares plans, éclatant à l’image comme au travers d’un insecte exotique, l’ennemi. La trame scénaristique, qui serait aussi efficace dans les registres comiques et dramatiques, se limite ici aux parois du thriller. Seulement, Enemy ne creuse qu’une seule chose : l’incident provoqué par la rencontre entre les deux hommes, sans remise en cause du passé – il n’y aura qu’un unique dialogue avec la mère d’Adam, jouée par Isabella Rossellini – ni même ouverture sur de nouvelles perspectives. En résulte une œuvre intimiste qui cultive son étrangeté jusqu’au point de rupture, là où le récit s’arrête pour se reposer sur sa poignée de scènes fantasmagoriques. Rythmé par une bande originale angoissante qui envenime l’élégance de la mise en scène de Denis Villeneuve, Enemy aurait pu plonger dans le trouble disruptif du couple – quelques excellentes scènes grâce au talent de Jake Gyllenhaal et Sarah Gadon – mais au lieu de cela – ou de toute autre exploration –, le film se brise dans une conclusion qui témoigne d’un manque de volonté regrettable. Une oeuvre étrange, où la beauté filmique s’accompagne d’une furieuse odeur de vacuité.

2.5 étoiles

 

Enemy

enemy-afficheFilm canadien, espagnol
Réalisateur : Denis Villeneuve
Avec : Jake Gyllenhaal, Sarah Gadon, Mélanie Laurent, Isabella Rossellini
Scénario de : d’après le roman « L’autre comme moi » de José Saramago
Durée : 90 min
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 27 août 2014
Distributeur : Version originale sous-titrée / Condor

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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