[Critique] Fedora (Billy Wilder)

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Presque 30 ans après le chef d’œuvre Boulevard du crépuscule, Billy Wilder livre une nouvelle œuvre axée autour d’une actrice star. Fedora, en version restaurée, est à redécouvrir dans les cinémas depuis le 21 août.

Star éternelle

Une femme court dans la nuit. La scène se passe le long d’une voix ferrée où un train s’apprête à passer. Quelqu’un crie un prénom : Fedora. Un instant, la femme, affolée, marque un arrêt ; l’instant suivant, elle se jette face à la locomotive lancée à pleine vitesse. Fedora, tout un mystère autour d’une actrice de légende – fictive –, ayant collaboré et connu les plus grands de son temps. Alors, pourquoi cette fin tragique ? C’est en revenant deux semaines auparavant, en compagnie du producteur Barry Detweiler (William Holden) que l’on va découvrir le destin de Fedora (Marthe Keller). Dans sa jeunesse, Barry a eu une aventure d’un soir avec l’actrice hollywoodienne alors qu’il était second assistant réalisateur. Depuis un incident sur un tournage, Fedora a disparu du milieu du cinéma, pour vivre à l’abri des projecteurs, sur une île au large de Corfou. Barry est bien déterminé à la retrouver pour lui proposer une nouvelle adaptation d’Anna Karénine, mais il lui est impossible de lui transmettre le moindre message, que ce soit par courrier ou par téléphone. La première partie du film est dominée par le mystère qu’engendre cette femme à la jeunesse éternelle, accompagnée et suivie par le docteur Vando (José Ferrer). Autre marque d’étrangeté, son mode de vie dans la demeure qu’elle partage avec une comtesse semble tenir de la captivité pure. Des plus énigmatiques, ces premières minutes ne sont pas dispensées d’un humour prononcé, à chaque fois que Barry se retrouve en compagnie du réceptionniste de son modeste hôtel.

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Lorsque le producteur parvient enfin à rentrer en contact avec l’actrice, le trouble gagne un peu plus de terrain. Dès lors que le dialogue débute avec les proches de celle qui cache ses mains sous des gants, la seule partie de son corps où le docteur Vando ne peut faire mentir le poids des années, Fedora ouvre une multitude de pistes pour le spectateur. L’actrice est entourée d’une aura fascinante, d’autant plus que son destin a été scellé dès l’ouverture du film. Et c’est aux funérailles de la légende que l’on entre dans l’autre versant du film, captivant lui aussi mais accablé par une narration trop explicative. Il y a une volonté de ne laisser aucune zone d’ombre pour le spectateur qui est quelque peu regrettable, dénudant entièrement le mythe bâti auparavant. La navigation dans le passé de Fedora conduit le récit à ancrer le tragique dans les rouages de la machine hollywoodienne. Mais paradoxalement, et c’est là où réside une des forces majeures de cette œuvre, Fedora parvient autant à nous émerveiller qu’à nous épouvanter de ce microcosme si particulier. Dans la forme, les démarches pour parer une légende aux ravages du temps captivent, mais au fond, cette bataille gagnée en façade ne provoque qu’une ruine plus terrible. Malgré quelques travers, dont des scènes bien trop mélodramatiques, Billy Wilder signe là un film assez remarquable sur le glamour tant chéri et exposé par le cinéma. Sombre et séduisant.

3.5 étoiles

 

Fedora

fedora-affiche-2013Film français, allemand
Réalisateur : Billy Wilder
Avec : William Holden, Marthe Keller, Hildegard Knef, José Ferrer, Michael Yori, Henry Fonda
Scénario de : , I.A.L. Diamond, d’après une histoire de Tom Tryon
Durée : 116 min
Genre : Drame, Romance
Date de reprise en France : 21 août 2013 (sortie originale, 1978)
Distributeur : Carlotta Films


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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