[Critique] The Proposition (John Hillcoat)

Alors que Des hommes sans loi, le nouveau film de John Hillcoat, gagnait les cinémas français mercredi dernier, Sony Pictures Home Entertainment édite en DVD The Proposition, le troisième long-métrage du réalisateur originaire de Queensland. Un western austral dont la beauté picturale n’a d’égale que la violence.

Brutalité importée

« Je civiliserai cette terre. »
Voilà ce que déclare le capitaine Stanley, interprété par Ray Winstone, au début de cette oeuvre qui dégage un parfum amer sur la colonisation de l’Australie. Le schéma est similaire à la conquête de l’Amérique, remplacez les indiens par des aborigènes. La grande différence réside dans la terre elle-même, ce continent désertique, aride, où s’aventurer loin des côtes ressemble à un flirt avec la mort. Si le capitaine Stanley est animé par un désir de civilisation à la dur, l’impulsion de ses actes est un souhait de justice mêlé de vengeance : les Hopkins, dont la femme était enceinte, ont été massacrés par les frères Burns, dont l’ainé, Arthur (énigmatique et sauvage Danny Huston) est parti se terrer là où les colons ne rôdent pas, trop frileux face aux lances des aborigènes. La notion de justice de Stanley est quelque peu biaisée : après avoir capturé Mike Burns, le cadet, et Charlie Burns (Guy Pearce, excellent), il décide de relâcher ce dernier pour qu’il retrouve Arthur et l’abatte, avant Noël, date à laquelle Mike sera alors pendu si la tâche n’est pas accomplie. Alors que le doute plane sur les agissements de Mike dans le massacre des Hopkins, Charlie se lance à cheval à la recherche de son frère, une route qui le mènera à croiser chasseurs de primes et aborigènes hostiles.

Le moteur de ce long-métrage écrit par Nick Cave, qui signe également la superbe bande originale, à la fois douce et âpre, tourne à la violence vengeresse. Chaque massacre fait écho au précédent, à toute les échelles. Si les aborigènes attaquent les colons, c’est au nom d’une liberté en péril. Les colons répondent à nouveau par les armes. Les coups de fouets infligés à Mike Burns répondent à la mort des Hopkins. La capture de Mike ne peut que transformer Arthur en bête sanguinaire.
Si Charlie est un personnage fascinant, c’est qu’il possède toute les clés de cette sordide affaire, et qu’il se trouve dans une position inextricable – peut-il abattre son frère ainé pour sauver son frère cadet ? S’oppose à la violence toujours frontale et hyper-réaliste la magnificence des terres australiennes, une splendeur qui happe les personnages, comme Arthur, fasciné par les couchers de Soleil. Il se dégage de The Proposition un besoin de spiritualité – superbe scène où Samuel chante tandis que Mike, à quelques kilomètre de là, est fouetté devant un public qui semble se réjouir des cris de douleur –, un besoin de respect, de compréhension entre deux peuples – illustré par toute les séquences impliquant blancs et noirs. Et que penser du capitaine Stanley et de sa femme qui vivent au loin de la ville, retirés dans une demeure dont le jardin entretenu avec soin ne peut en aucun cas atténuer l’aridité naturelle et dominante de l’Australie ? Une situation paradoxale qui ne peut qu’attiser la violence.

Captivant western, brutal et rondement mis en scène, à la photographie remarquable de Benoît Delhomme, The Proposition est aussi séduisant sur sa trame principale que sur son sous-texte désabusé sur le colonialisme. Une oeuvre à (re)découvrir au plus vite.

4 étoiles


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The Proposition

Film britannique, australien
Réalisateur : John Hillcoat
Avec : Guy Pearce, Ray Winstone, John Hurt, Danny Huston, Emily Watson
Scénario de : Nick Cave
Durée : 104 min
Genre : Western, Drame
Date de sortie en France : 16 décembre 2009
Disponible en DVD depuis le 12 septembre 2012
Distributeur : Sony Pictures Home Entertainment

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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