[Critique] Extrêmement fort et incroyablement près (Stephen Daldry)

Le premier roman de Jonathan Safran Foer, « Tout est illuminé », avait donné naissance à un long-métrage relativement médiocre signé Liev Schrieber. Pour l’adaptation de sa seconde oeuvre littéraire, « Extrêmement fort et incroyablement près », c’est Stephen Daldry (The Reader, Billy Elliot) qui se colle derrière la caméra pour mettre en image le roman adapté par Eric Roth (Forrest Gump, L’Etrange histoire de Benjamin Button). Un film qui tente d’ausculter le drame du 11 septembre 2001 au travers du parcours d’un enfant ayant perdu son père sans succès.

Tomber de haut

Pire qu’un thriller poussif sur la menace terroriste post-9/11, voici le drame directement soudé à l’effondrement des Twin Towers, sans aucun recul avec ground zero. L’impact est douloureux et assourdissant : Extrêmement fort et incroyablement près repousse les limites de l’insupportable en matière de deuil vu par le regard de l’enfant, ici, un garçon intelligent mais craintif du monde extérieur qui, s’accrochant à la mémoire de son père disparu – Tom Hanks, qui passe en coup de vent –, part à la quête de la personne qui pourrait l’aider à élucider le mystère d’une clé qu’il avait caché dans un vase. Seul indice pour le petit Oskar – Thomas Horn, incroyablement pénible lorsqu’il élève le ton –, un nom : Black. Dans les rues tentaculaires de New-York, Thomas déambule avec son tambourin à la main, objet dont la musicalité le préserve du bruit chaotique de la métropole, sonne aux portes et découvre des êtres pour le moins ordinaires.

Tandis que la figure maternelle jouée par Sandra Bullock – peu convaincante – se positionne en retrait, un père de substitution fait son apparition, le locataire de l’appartement de mamie, interprété par un Max Von Sydow mutique – l’un des rares personnages touchants, qui lui vaut une nomination aux Oscars. La quête se poursuit interminablement à deux, avec un terrible trouble dans la narration, dans les émotions recherchées. Le long-métrage dénonce le vacarme urbain tout en créant lui même un état de désordre, qui se compense seulement lors des échanges entre le petit et ce vieil homme qui ne parle plus, mais qui, malgré le caractère initiatique de la petite aventure, stagne au même point – la progression de l’enquête se fait d’ailleurs par la découverte d’indices d’une facilité lamentable. Dans ce récit étiré à l’extrême, tout ce qui est mis en oeuvre pour rapprocher le spectateur du jeune protagoniste l’éloigne en fait de cet enfant frappé par la cruauté incompréhensible de la perte, d’un monde qui continue de tourner malgré des drames qui, dans un sens, relient les vivants, les victimes collatérales. Extrêmement fort et incroyablement près annonce finalement la couleur dans son titre : bien trop près du drame et bien trop bruyant pour en tirer une histoire émouvante.

1

 

Extrêmement fort et incroyablement près

Film américain
Réalisateur : Stephen Daldry
Avec : Thomas Horn, Max Von Sydow, Tom Hanks, Sandra Bullock, Jeffrey Wright, Viola Davis, John Goodman
Titre original : Extremely Loud And Incredibly Close
Scénario de : Eric Roth, d’après l’oeuvre de Jonathan Safran Foer
Durée : 128 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 29 février 2012
Distributeur : Warner Bros. France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. ah tiens, je trouvais pourtant le titre amusant sur les affiches dans le métro… plus de 2h en plus ? on va laisser tomber… 😉

  2. Le titre est amusant, jusqu’à ce qu’on se retrouve devant le film ! Maintenant c’est un mauvais souvenir pour moi…

  3. Ah oui non mais c’est pas possible un film aussi lourd et indigeste… au secours.

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