Critique : Black Swan (Darren Aronofsky)

Black Swan

Black Swan

Film américain
Réalisateur : Darren Aronofsky
Avec : Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hershey, Winona Ryder
Scénario de : Andres Heinz, Mark Heyman, John J. McLaughlin
Directeur de la photographie : Matthew Libatique
Monteur : Andrew Weisblum
Durée : 108 mn
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 9 février 2011

 

 

 

 

 

 

La trame :

La rivalité de danseuses de la troupe du New York City Ballet pour jouer le rôle de la Reine des cygnes.

 

Bande Annonce (VOST) :

 

Critique

Après le faux-pas du maladroit The Fountain, Darren Aronofsky est revenu au centre du ring, avec l’aide mutuelle de Mickey Rourke pour The Wrestler. Black Swan marque un certain retour à la case départ, une sublime et sombre renaissance qui conduit le metteur en scène sur des terres inexploitées.

Black Swan

Du catch à la danse, il n’y a qu’un pas

Si Black Swan renoue avec l’extrême noirceur des premiers films de Darren Aronofsky – Pi et Requiem for a Dream –, il s’inscrit avant tout dans la lignée de The Wrestler, son précédent long-métrage, qui permit à Mickey Rourke de renaître de ses cendres. La fraternité des catcheurs cède place à la rivalité des danseuses de ballet. La souffrance, elle, reste la même. Cette fois-ci, le récit ne s’articule pas autour d’une star déchue – une figure toutefois retrouvée ici dans le personnage de Beth, interprétée par Winona Ryder – mais sur une étoile montante, Nina Sayers (Natalie Portman), qui consacre sa vie à la danse pour obtenir le rôle suprême convoitée par toutes : jouer la Reine des cygnes ; nécessitant un talent hors norme pour exprimer son dualisme. Sous les traits du cygne blanc doit naître le cygne noir. Deux styles opposés pour une unique danseuse.
La technique de Nina est irréprochable, parfaite pour interpréter le cygne blanc selon Thomas Leroy (Vincent Cassel), le metteur en scène de la troupe ; cependant, l’impossibilité pour Nina de laisser l’émotion la saisir, un paramètre indispensable pour prétendre au rôle ambivalent de la reine, l’éloigne de son désir le plus profond alors que Lily (Mila Kunis), une nouvelle recrue, présente absolument tous les traits lui faisant défaut. C’est la découverte d’un autre soi, en sommeil, qui primera sur la rigueur de l’entrainement.

Natalie Portman - Black Swan

La Reine Portman

Nina Sayers est le cœur du film, un protagoniste que la caméra ne quitte à aucun moment, attachée à elle en plan rapproché. On retrouve une approche cinématographique similaire à The Wrestler, poussée ici à son paroxysme pour aller au-delà des actes du personnage, jusqu’à partager l’ensemble de sa psyché. Natalie Portman trouve alors son plus grand rôle, exprimant toute la fragilité juvénile en quête d’un autre soi, de son double, aperçu à chaque instant par l’omniprésence des reflets, dans les vitres du métro, dans les miroirs de la salle de danse et de l’appartement qu’elle partage avec sa mère. Ce jeu permanent avec l’image réfléchie symbolise cette dualité inaccessible pour Nina, d’autant plus frustrante qu’une inquiétante ambivalence se dégage des rapports entretenus avec chaque personnage : une mère poule, ayant sacrifié sa carrière pour sa fille ; un maître de ballet perverti ; et une rivale directe, qui semble vouloir gagner son amitié.
La performance de Portman est également physique : l’entrainement ardu de la danseuse est partagée par son interprète. L’actrice israélo-américaine s’entraina huit heures par jour durant une année complète, en vue de ce rôle éprouvant dans un film dominé par les séquences de danse.
Mais pour l’élite des tutus, la vie est loin d’être rose.

Black Swan

Cheminant entre deux David

Black Swan s’aventure aisément entre les genres ; le drame se revêt des parures du thriller alors que le cinéma fantastique, voire horrifique, n’est jamais loin.
Les blessures corporelles – peau écorchée, ongles fendus et autres joyeusetés – s’offrent des gros plans des plus répulsifs. Ce rapport particulier avec la chair meurtrie n’est pas sans rappeler La Mouche de David Cronenberg, d’autant plus que l’ombre de la métamorphose plane sur Nina. Sa recherche émotionnelle du cygne noir l’affecte dans tout son être ; sa douce peau, qu’elle semble mutiler inconsciemment, tend à devenir animale, changeant de texture.
L’autre David, c’est Lynch, celui qui, dans ses deux derniers longs-métrages, Mulholland Drive et INLAND EMPIRE, a exploré l’âme de femmes dans la tourmente, hantées par leur métier d’actrice les confinant aux portes de la psychose, lui-même dénoncé pour sa cruauté sans vergogne. Nina Sayers est une héroïne typiquement Lynchéenne : son ambition est aussi nocive que son milieu social ; son psychisme, au bord du gouffre, contemple l’abime.
Le parcours de Nina, abordant une sexualité parfois teintée de sadisme, permet de découvrir la face cachée du ballet. Derrière la magnificence du spectacle se cache le calvaire des interprètes, l’harmonie scénique dissimule la rivalité destructrice des danseuses.

Black Swan

Une tragédie anxiogène

Orchestrée comme un ballet, la quête du yin et du yang de Nina Sayers s’avère particulièrement malsaine, et ce, dès les premières minutes du métrage qui s’ouvre sur l’astre noir de la scène. D’aucuns seront rebutés par cette ambiance anxiogène qui traduit pourtant du talent d’Aronofsky à annihiler les barrières entre le spectateur et le protagoniste : notre ressenti procède directement de celui de Nina. La direction d’acteur est exemplaire et le réalisateur cristallise avec brio tous les composants du langage filmique dans un dernier acte à l’intensité déchirante. Black Swan se conclue dans un fracas d’une beauté saisissante, transcendé par les musiques de Clint Mansell, variations des compositions de Tchaïkovski, qui laisse pantois et admiratif.
Espérons toutefois qu’il ne s’agisse pas du chant du cygne de Darren Aronofsky : le cinéma réclame des metteurs en scène de sa trempe.

4.5 étoiles


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10 commentaires sur “Critique : Black Swan (Darren Aronofsky)”

  1. Marvelll dit :

    Je n’ai pas lu la critique et je ne la lirais pas (je ne veux rien spoiler ;-) ).

    Je viens juste poster un commentaire de rageux : « Quoi! Tu l’as déjà vu! $¤ù* !!! ».

    Lol, en tout cas belle note ! Ok, ok, j’ai lu un peu mais juste la note ^^.

  2. Dom dit :

    C’est certifié sans spoilers, comme d’hab ! Mais si tu ne veux rien découvrir de l’histoire, il est plus sage de ne pas lire effectivement.

    Et oui, déjà vu, vraiment par chance !

  3. Pitivier dit :

    Je viens enfin de lire ta critique. Je ne voulais rien lire avant d’avoir terminé la mienne.

    Bon, on est d’accord sur le principal. Natalie Portman est époustouflante. Son meilleur role et de loin. C’est une performance à statuette(s). La mise en scène de Aronofsky est divine. Comme toi j’ai noté une parenté avec le cinéma de Cronenberg. Par contre comme seconde influence, je vois plus Polanski (Repulsion et le locataire surtout) que Lynch. Bon en tout cas, vivement février que je puisse y retourner.

    Sinon, moi j’ai beaucoup aimé The Fountain. Des baisses de régime comme celle là, j’en redemande. ;)

  4. Dom dit :

    The Fountain, ma seule déception chez lui – justement je trouve qu’il y avait une part de Lynch dans celui-ci mais non maitrisée.

  5. Mat dit :

    Ce film est… comment dire… il pousse à l’apogée l’art cinématographique, en tout point, les mots me manque, Black Swan est… voluptueux.

    Monsieur Aronofsky, merci infiniment.

  6. Dom dit :

    @Mat, eh bien voilà, cet accord compense pour le désaccord sur The Green Hornet.

  7. Boris dit :

    Salut !

    Je pense aussi que les 20 dernières minutes sont hallu. Je pense aussi que Portman (dont je connais mal la filmographie) nous montre ici l’ampleur de son talent. Pour finir ce qu’elle dit à la fin moi aussi je l’ai ressenti.

    Bonne journée à tous

  8. Dom dit :

    @Boris, je ne suis pas non plus très familier avec sa filmographie. On m’a conseillé Garden State d’ailleurs. Et je suis parfaitement d’accord avec toi, le final, c’est du grand cinéma.

  9. La méthode dit :

    Violence,sexe. Que demande le peuple?

  10. Film magistral surtout la dernière demi-heure avec une Nathalie Portman au sommet. Quand la vie d’une artiste fait un avec la puissance de l’oeuvre. Blanc ou Noir le cygne est magnifique.

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