Critique : Amer (Hélène Cattet, Bruno Forzani)

Amer - Hélène Cattet - Bruno Forzani

Amer

Film belge, français
Réalisateurs : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Avec : Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud, Marie Bos
Scénario de : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Directeur de la photographie : Manu Dacosse
Monteur : Bernard Beets
Durée : 90 mn
Genre : Fantastique, Thriller, Expérimental
Date de sortie en France : 3 mars 2010
Disponible en DVD depuis le 26 octobre 2010

 

 

 

 

La trame :

La vie d’une certaine Ana, à trois moments clefs de son existence.

 

Bande Annonce :

 

Critique

D’après ses créateurs, Amer a pour but de rendre hommage aux giallos et au cinéma fantastique italien des années 70. Si de nombreux plans réussissent à recréer l’imagerie des métrages transalpins, les codes du genre sont abandonnés pour procurer une expérience proche de la mort cérébrale.

Amer - oeil

On devrait s’en douter dès le générique, avec ses très gros plans sur des yeux, que l’on retrouvera d’ailleurs tout au long du film ; Amer est un exercice purement visuel qui titille la rétine sans jamais bousculer l’activité synaptique. La découverte aux côtés de la petite Ana (Cassandra Forêt), d’une lugubre villa sur la Côte d’Azur alors que son grand-père vient de casser sa pipe, est une introduction intrigante. Mais voilà, passé l’étrange jeu de cache-cache entre la fillette et sa sorcière de grand-mère, soufflant comme Dark Vador, les réalisateurs d’Amer se complaisent à multiplier les plans stylisés pour illustrer le vent, dont le souffle est presque omniprésent.

Amer - strangulation

Parfois, une musique d’Ennio Morricone ou de Stelvio Cipriani provoque une bouffée salvatrice, donnant l’allure d’un clip musical à la séquence en cours. Et puis, on retombe dans la succession de scènes mutiques, dans l’exercice pur de macrophotographie – et parfois monochromatique, hommage oblige –, qui tente vainement d’être, tour à tour, effrayant et érotique. A tout exacerber, le film devient exaspérant, à l’image de la scène ouvrant la seconde partie du film, où Ana, désormais adolescente (jouée par Charlotte Eugène-Guibbaud), descend au centre ville avec sa mère. Les gros plans sur son entrejambe couverte par sa fine robe d’été se reproduisent plus rapidement que des lapins en chaleur, avec, comme à chaque instant, des effets sonores trop appuyés. La sexualité est au cœur du récit, ou plutôt, au cœur de l’image, mais Amer ne parvient jamais à éveiller des émotions, si ce n’est qu’il provoque une puissante torpeur.

Autiste et monomaniaque, le premier long-métrage de Hélène Cattet et de Bruno Forzani s’apparente à une collection d’essais de techniques cinématographiques, réalisée dans un cadre superbe offrant un réel potentiel au film de genre, sacrifié sur l’autel de l’esthétisme. Rien de plus insupportable que de partager le parcours d’un personnage dont on ne sait rien, puisqu’il ne dit rien et qui, de surcroît, semble attendre gentiment que la faucheuse vienne l’emporter. On pourrait parvenir à extraire de bons courts-métrages, comme la scène où Ana adulte (Marie Bos) retourne en taxi à la villa familiale mais, dans son ensemble, cet OVNI opaque et lent, souffre d’un scénario anémique.
Plus abscons qu’onirique, Amer se résume à une superbe affiche, un magnifique papier cadeau enveloppant une boite tristement vide.

Note : 2/10

Article rédigé par Dom

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4 commentaires

  1. En effet, la jaquette est sublime…

  2. Bah, j’ai vu ça comme un film expé. En général, le format est plus un court pour ce type d’essai. Là, c’est un long. Je crois qu’il faut être assez sensible aux travaux des réalisateurs qui font de l’expé pour apprécier ce film à sa juste valeur. Je l’ai d’ailleurs conseillé à une personne qui a bossé dans une asso promouvant les films expé pour qu’elle me dise ce qu’elle en pense.
    La photographie est chiadée au possible, les effets peuvent être intéressants mais dans l’ensemble, c’est plus un petit OFNI qu’un film avec une histoire, comme tu dis. Enfin, ça m’a donné cette impression. Mais je ne pourrais pas être aussi cinglant au niveau de la note, si je devais en mettre une.

  3. @Dex, ce que je trouve injuste c’est qu’il soit « vendu » comme un film hommage au giallo ; sur la forme, c’est vrai qu’il utilise les codes du genre, mais ça s’arrête à l’esthétique.
    Mais même en restant dans le cadre expérimental, Amer est trop fourre-tout ; d’où ma déception et ma sévérité.

  4. Ca, je suis totalement d’accord avec toi. Le terme Giallo revient souvent dans les critiques de ce film. Mais comme de toute façon, je ne sais que vaguement ce que c’est, étant donné que ce n’est pas vraiment « mon style », ça ne me pose finalement pas trop de problème. Après, je ne sais pas si j’en garderais un souvenir impérissable dans quelques temps, hormis pour certains plans, certaines images, certaines séquences puisque c’est un fourre-tout, comme tu dis.

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