Clermont-Ferrand 2020 : magma de courts

Samedi 8 février 2020 s’est achevée la 42ème édition du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, au terme de huit jours de projections, de rencontres professionnelles, d’ateliers et de concerts. On ressort de ce magnifique coffre à cinéma quelques films primés ou adorés, parfois les deux, pour une aventure qui aura débuté quelques jours avant le lancement officiel pour ma part, ayant eu l’honneur d’être membre du jury pour le Grand Prix France Télévisions.

« Olla » d’Ariane Labed

Des Grands Prix manqués

Malgré mon assiduité dans les nombreuses salles projetant des courts métrages à Clermont-Ferrand – au nombre de 11, et qui verront deux salles supplémentaires dès la prochaine édition, ce qui est une bonne nouvelle quand on sait qu’il y a eu 170 000 entrées cette année, avec de très longues files pour accéder aux séances –, je n’ai vu aucun des trois Grand prix de l’édition 2020. En compétition internationale, c’est Da Yie (Bonne nuit) d’Anthony Nti qui est récompensé, pour la section Labo, Günst ul vándrafoo (Rafales de vie sauvage) de Jorge Cantos, tandis que pour la compétition nationale, c’est le premier film réalisé par Ariane Labed qui est sacré, Olla. Une œuvre aussi célébrée grâce au Prix SACD de la Meilleure première œuvre de fiction ainsi que du Prix étudiant. Trois œuvres à surveiller pour leurs prochains passages en festivals ou à la télévision. Je vous invite à consulter le palmarès complet dans ce PDF.

« Girl in the hallway » de Valerie Barnhart

Des courts de cœur

Comme cela arrive souvent, mes coups de cœur personnels n’ont pas trouvé leur place au palmarès – j’espère ne pas porter malchance à ces films ! – bien que certains films soient alors récompensés par des Prix France Télévisions – sur lesquels je reviendrai plus bas. Mon choc de l’année est sans nul doute un film d’animation canadien, Girl in the hallway de Valerie Barnhart. Il y a dans un premier temps un style texturé et syncopé saisissant, une voix-off pénétrante et révoltée qui prend aux tripes, avec un flow, tel un slam, et une histoire sordide qui tourne au pur cauchemar : le couperet tombe lorsque l’on apprend que cette œuvre trouve pour source une histoire vraie. Ou comment parler de misère humaine sans misérabilisme mais avec une rage et une amertume salvatrices ! Sur le sujet délicat et encore méconnu de l’endométriose, la britannique Alice Seabright choisit le genre de la comédie pour sensibiliser et placer aussi les hommes au plus près de cette maladie terrible dans End-O – hasardeusement traduit en français par Requiemétriose. Alors que les comédies sans grande profondeur étaient nombreuses pour boucler certains programmes, celle-ci pouvait se targuer de rentrer dans le vif d’un sujet avec une énergie galvanisante, sans perdre contact avec la gravité de la situation.

« Cultes » signé (La) Horde

Au Labo, Cultes du collectif (La) Horde nous plonge dans la foule d’un festival de musique pour une expérience ambivalente, allant du bad trip à l’euphorie éthérée. Il y a d’abord quelque chose de sale, à voir les détritus dans la boue, ces corps abandonnés à la déferlante de la veille, et puis revient la nuit, la musique, l’ivresse, ces mouvements comme des raz-de-marée, filmés au ralenti, en plans aériens, pour un résultat hypnotique. En section Nationale, Noé Débré a présenté sa nouvelle comédie dramatique, Une Fille moderne, un enterrement de vie de garçon à Israël qui prend un étrange tournant lorsque la strip-teaseuse invite le futur marié à lui toucher les seins. Jamais vulgaire et à contre-pied de toute facilité, Debré marie des univers et humeurs opposés avec brio. Parmi les documentaires, Amour(s) de Mathilde Chavanne invite des enfants à parler de ruptures sentimentales : c’est à la fois terriblement touchant et drôle, d’autant plus lorsqu’ils sont invités à mettre en scène des situations de séparation en les jouant avec candeur. Le film reste assez fragile notamment à cause du son, mais il se montre irrésistible – c’est le lauréat du Prix égalité et diversité. En animation francophone, c’est le très court et inspiré A l’ouest de Jérémie Cousin qui m’a profondément marqué. En quatre minutes, une virée en bateau d’un père avec ses deux fils tourne à la joyeuse catastrophe : et il y a tout de même une morale derrière tout ça !

« Blaké » de Vincent Fontano

Juré, première

Quelques jours avant le festival, j’ai été convié par France Télévisions – je remercie d’ailleurs les équipes du pôle court métrage – à intégrer le jury qui devait remettre le Grand Prix France Télévisions du court métrage 2020, jury présidé cette année par le fort sympathique comédien Damien Bonnard. Au cours d’une journée, nous avons vu quatorze courts métrages sélectionnés parmi des préachats de France 2 et France 3, avec des participants à la compétition du Festival de Clermont-Ferrand – pur hasard, nos quatre prix étaient tous présents ici !
A l’issue des délibérations, nous avons convenus de remettre le Grand Prix à Blaké de Vincent Fontano, un film d’une noirceur hypnotique suivant les déambulations et pensées d’un gardien de parking. Une œuvre en créole habitée, qui vous poursuit comme un songe. Une Mention spéciale a été décernée au film d’animation Genius Loci d’Adrien Merigeau, une proposition formelle singulière notamment grâce aux différents styles des dessinateurs impliqués, dont Céline Devaux – le film recevra aussi une Mention du jury lors de la cérémonie du festival. Enfin, en partenariat avec Unifrance, nous avons pu remettre deux prix d’interprétations. Pour le Prix d’interprétation féminine, la récompense est revenue à Masa Zaher pour son rôle poignant d’immigrée dans Je serai parmi les amandiers de Marine Le Floc’h. Il y est question de terre d’accueil, en toute légalité, mais par le prisme exclusif de la famille. Un drame dont l’assurance et le regard ne sont pas sans rappeler le cinéma d’Asghar Farhadi. Le Prix d’interprétation masculine a été attribué à Théo Van de Voorte pour son rôle aux multiples facettes dans Mars Colony de Noël Fuzellier, un film jouant avec les genres : drame adolescent, film fantastique, comédie, le tout sous fond d’écologie puisqu’il est question de conquérir un nouveau monde – pour le foutre en l’air à son tour aussi, pourquoi changerions nous ailleurs ? Quatre films que je vous recommande, au-delà des prix qui leur ont été attribués, car ce ne sont pas là leurs seules qualités – pourrait-on remettre un prix d’interprétation à quelqu’un qui aurait évolué dans un mauvais film ? Vous avez deux heures !
En tout cas, cette expérience de juré, qui fut une première, a été fortement enrichissante, et je suis prêt à endosser à nouveau ce rôle terriblement délicat – on se situe dans un espace qui n’est plus celui de la critique et je connais parfaitement les difficultés et enjeux d’un tournage – dans d’autres contextes, contrées, festivals, … Plus d’informations sur ces films et prix ici.

N’oubliez pas que les courts métrages, c’est du cinéma, souvent très grand, et qu’en dehors des festivals, vous pouvez en découvrir grâce à diverses émissions hebdomadaires, comme Libre court, Histoires courtes ou encore Top of the shorts, mais aussi le site d’Arte, Unifrance, Vimeo, … Ils sont partout !
En toute logique, le prochain rendez-vous festivalier sur le site sera la couverture du prochain Festival de Cannes, présidé par Spike Lee.

Article rédigé par Dom

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